Je suis restée immobile après les derniers mots de ma mère. « Elle n’aurait jamais dû pouvoir t’écrire. » Ce n’était pas une phrase prononcée par une femme surprise. C’était une phrase prononcée par quelqu’un qui savait exactement ce qui venait de se passer. J’ai regardé une nouvelle fois l’écran de mon téléphone. Le message de Claire était toujours là. Chambre 417. Viens seule. À cet instant, une seule question occupait mon esprit : comment ma mère pouvait-elle savoir que Claire ne devait plus être capable de me contacter ?
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Sylvie a secoué la tête.
« Rien. »
« Tu viens de dire qu’elle n’aurait jamais dû pouvoir m’écrire. Pourquoi ? »
« Aurélie, tu ne comprends pas. »
« Alors explique-moi. »
Elle a regardé les trois hommes présents dans la pièce avant de murmurer :
« Claire a disparu il y a dix-huit ans. »
Cette révélation m’a coupé le souffle.
« Disparu ? »
« Après la signature de la procuration. »
« Et vous m’avez laissé croire qu’elle vivait loin ? »
« Ton grand-père voulait que tu continues ta vie normalement. »
« Arrête avec ça ! »
Ma voix a claqué contre les murs de la vieille maison.
« Tout le monde utilise mon grand-père pour justifier ses mensonges. Mais il est mort depuis des années. Vous, vous êtes toujours là. Vous avez eu tout le temps de me dire la vérité. »
Mathieu s’est avancé vers moi.
« Aurélie, laisse-moi venir avec toi à l’hôpital. »
J’ai secoué la tête.
« Le message disait seule. »
« Justement, c’est dangereux. »
« Je sais. »
L’homme en costume a posé une main sur la table.
« Je ne vous conseille pas d’y aller seule, mais nous pouvons rester à distance. »
J’ai regardé ma mère.
« Et toi, tu viens ? »
Elle a pâli.
« Non. »
« Pourquoi ? »
Elle a baissé les yeux.
« Parce que Claire ne voudra jamais me voir. »
Cette réponse a suffi à confirmer ce que je soupçonnais déjà.
Il existait entre ces deux femmes une histoire dont je ne connaissais absolument rien.
Une heure plus tard, je me trouvais dans le parking de l’hôpital. Je n’avais prévenu personne de mon arrivée. Les trois hommes étaient restés dans un véhicule garé plus loin, conformément à ce que nous avions décidé. Mathieu avait insisté pour m’accompagner jusqu’à l’entrée, mais je lui avais demandé de rester dehors.
Je suis montée au quatrième étage.
Le couloir était presque désert. Une infirmière m’a indiqué la chambre 417.
La porte était entrouverte.
J’ai frappé doucement.
« Entrez. »
La voix était faible.
J’ai poussé la porte.
La femme assise dans le lit avait les cheveux entièrement blancs. Son visage était plus mince que celui des photographies que j’avais vues, mais ses yeux étaient immédiatement reconnaissables. Les mêmes yeux que les miens.
Claire Vasseur m’a regardée pendant plusieurs secondes.
Puis elle s’est mise à pleurer.
« Tu lui ressembles tellement. »
Je suis restée près de la porte.
« À qui ? »
Elle a essuyé ses joues.
« À ton père. »
Mon cœur s’est serré.
« Alors vous savez qui il est. »
Claire a hoché la tête.
« Oui. »
« Ma mère aussi ? »
« Elle sait. »
Je me suis approchée du lit.
« Pourquoi m’a-t-elle menti toute ma vie ? »
Claire a pris une profonde inspiration.
« Parce qu’elle croyait que ton père était mort. »
« Il ne l’est pas ? »
Elle a détourné les yeux.
« Je ne sais pas. »
Je suis restée silencieuse.
« Comment pouvez-vous ne pas savoir ? »
« Parce que la dernière fois que je l’ai vu, il était vivant. »
La pièce semblait soudain trop petite.
« Quand ? »
« Il y a vingt-huit ans. »
« Qui était-il ? »
Claire a fermé les yeux.
« Un homme que ton grand-père détestait. »
Je me suis assise sur la chaise près du lit.
« Je veux son nom. »
Elle a hésité.
Puis elle a murmuré :
« Henri Delorme. »
Tout mon corps s’est tendu.
« Henri ? »
« Oui. »
L’homme de la photographie.
L’homme qui avait envoyé trois cent vingt mille euros à Mathieu.
L’homme que mon grand-père avait présenté comme quelqu’un dont il fallait se méfier.
« Henri Delorme serait mon père ? »
Claire n’a pas répondu directement.
« Ton grand-père savait que ta mère était enceinte. Il savait qui était le père. Mais il a décidé de faire disparaître cette information. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’Henri avait découvert quelque chose. »
« Quoi ? »
Claire s’est redressée avec difficulté.
« Il avait découvert que ton grand-père avait utilisé une partie de l’argent familial pour acheter des terres et les placer secrètement dans une structure destinée à ton avenir. »
« Et ça, c’est illégal ? »
« Pas nécessairement. Mais ce qu’il avait fait ensuite l’était peut-être. »
Elle s’est interrompue.
« Il avait falsifié une signature. »
J’ai senti un frisson me parcourir.
« Celle de qui ? »
Claire m’a regardée droit dans les yeux.
« La mienne. »
Tout est devenu silencieux.
« C’est pour ça que tu as signé la procuration ? »
« Non. Je l’ai signée parce que ton grand-père m’a demandé de protéger tes intérêts. Il savait qu’un jour quelqu’un chercherait à récupérer la maison et les biens qui y étaient cachés. »
« Mais pourquoi as-tu disparu ? »
Les mains de Claire se sont mises à trembler.
« Parce que j’ai découvert qui avait réellement falsifié ma signature. »
Je me suis penchée vers elle.
« Qui ? »
Elle a regardé la porte.
Puis elle a murmuré :
« Ce n’était pas ton grand-père. »
Un bruit de pas a résonné dans le couloir.
Claire s’est brusquement tue.
La poignée de la porte a commencé à tourner.
J’ai regardé vers l’entrée.
La porte s’est ouverte.
Et Henri Delorme est apparu.
Il m’a regardée sans surprise.
Comme s’il savait exactement que je serais là.
« Claire », a-t-il dit calmement. « Tu n’aurais jamais dû lui raconter cette partie de l’histoire. »
Puis il a posé les yeux sur moi.
« Parce que maintenant, Aurélie, tu vas devoir savoir ce que ta mère a fait le soir de ta naissance. »

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