Divertissement

Ma belle-fille a arraché la perruque de ma femme en plein mariage — puis j’ai ouvert l’enveloppe que j’avais préparée six mois plus tôt

Élodie resta immobile.

Même son père ne la regardait plus.

Lucas, lui, avait les yeux fixés sur elle comme s’il attendait qu’elle rie, qu’elle dise qu’il s’agissait d’une erreur, d’une confusion administrative, de n’importe quoi qui puisse remettre le monde à sa place.

Mais Élodie ne disait rien.

« Tu étais là ? » demanda-t-il enfin.

Sa voix s’était brisée.

Elle avala difficilement sa salive.

« Oui. »

Marie détourna le regard.

Lucas ferma les yeux.


« Tu as apporté ces documents toi-même ? »

« Oui. »

« Avec la signature de ma mère ? »

Élodie regarda son père.

Ce simple mouvement suffit à faire comprendre à toute la salle que la réponse n’était pas simple.

« Papa m’avait dit que tout avait été préparé légalement. »

Marc se retourna enfin vers elle.

« Fais attention à ce que tu racontes. »

Élodie secoua la tête.

« Non. C’est fini. »


Son père se raidit.

« Tu ne sais pas ce que tu dis. »

« Si. »

Sa voix monta.

« Tu m’avais dit que Marie avait signé avant son traitement et que les documents étaient simplement complétés après coup. »

Lucas la fixa.

« Et tu l’as cru ? »

Elle ne répondit pas.

Alors il répéta, plus fort :

« Tu l’as cru ? »


Élodie inspira profondément.

« Je voulais le croire. »

Cette phrase sembla dégoûter Lucas davantage qu’un mensonge.

« Tu voulais le croire parce que ça t’arrangeait. »

Elle baissa les yeux.

Personne ne la défendit.

Même sa mère était restée assise, les deux mains agrippées au bord de la table.

Maître Bernard était toujours au téléphone.

« Monsieur, il faudrait maintenant interrompre toute discussion sur ces pièces et conserver les téléphones. Je vais transmettre les informations nécessaires. »

Je répondis simplement :


« Faites-le. »

Marc fit un pas vers moi.

« Vous transformez une affaire commerciale en spectacle. »

Marie releva la tête.

« Non. »

Tout le monde se tourna vers elle.

Elle retira doucement ma veste de sa tête, mais la garda autour de ses épaules.

Ses quelques cheveux fins apparurent de nouveau sous les lumières.

Cette fois, personne ne rit.

« Le spectacle », dit-elle, « c’était quand votre fille a arraché ma perruque. »


Élodie baissa les yeux.

Marie continua.

« Ceci, c’est ce qui arrive quand des gens pensent qu’une femme malade est déjà trop faible pour comprendre ce qu’on lui fait. »

Je regardai mon épouse.

Sa voix tremblait.

Mais elle n’avait jamais semblé aussi forte.

Lucas fit un pas vers elle.

« Maman… »

Elle leva la main.

« Laisse-moi finir. »


Il s’arrêta.

« Je me suis demandé pendant des mois pourquoi Élodie s’intéressait soudain autant à mes traitements. »

Élodie releva les yeux.

« Marie… »

« Tu m’appelais après chaque rendez-vous. Tu demandais quels médicaments on m’avait donnés. Combien de temps je resterais fatiguée. Si je pouvais encore conduire. Si j’étais seule à la maison. »

Un silence glacé tomba sur la salle.

Je tournai lentement la tête vers Élodie.

Marie poursuivit.

« Je pensais que tu t’inquiétais pour moi. »

Elle sourit tristement.


« J’étais même touchée. »

Lucas semblait incapable de parler.

« Puis tu as commencé à me demander où je rangeais mes papiers. Mes contrats. Mes relevés. »

Élodie secoua la tête.

« Ce n’était pas comme ça. »

« Si. »

Marie ne haussa pas la voix.

« C’était exactement comme ça. »

Marc se dirigea vers la sortie.

Deux hommes en costume, qui se trouvaient près des portes depuis le début de la réception, s’écartèrent instinctivement.


Je ne savais pas s’il s’agissait de membres du personnel ou de la sécurité.

Mais avant que Marc n’atteigne la porte, Lucas parla.

« Ne partez pas. »

Marc s’arrêta.

« Tu n’as rien à m’ordonner. »

« Peut-être. »

Lucas regarda le téléphone d’Élodie.

« Mais vous devriez entendre la suite. »

Il venait de retrouver une autre conversation.

Cette fois, entre Élodie et son père.


Plus ancienne.

Bien plus ancienne.

« Élodie… »

Marc comprit immédiatement.

Lucas lut.

« “Lucas ne posera pas de questions. Il signe tout ce qu’elle lui demande.” »

Il releva les yeux.

Puis continua.

« “Tant que le père ne se mêle pas des comptes, nous avons une fenêtre.” »

Je sentis une colère glaciale me traverser.


Marie posa sa main sur mon bras.

Lucas fit défiler encore.

Puis il s’arrêta brutalement.

« Non… »

Sa respiration changea.

« Quoi ? » demandai-je.

Il ne répondit pas tout de suite.

Son visage venait de se décomposer.

Il tendit le téléphone vers moi.

Je lus le message.

Il datait de cinq mois plus tôt.

Marc avait écrit :

« Si le premier dossier échoue, il faudra convaincre Lucas que sa mère n’est plus capable de décider seule. »

Plus bas, Élodie avait répondu :

« Il ne voudra jamais lui faire ça. »

Puis Marc :

« Alors fais-lui peur. Parle-lui des dettes, de l’appartement, de ce qu’il perdra si son père reprend tout. »

Lucas recula d’un pas.

Puis d’un autre.

Comme si les murs s’étaient rapprochés autour de lui.

« Tu m’as dit que papa voulait tout reprendre parce qu’il ne me faisait plus confiance. »

Élodie pleurait maintenant.

« Je sais. »

« Tu m’as dit que si maman mourait, je pouvais me retrouver sans rien. »

« Je sais. »

« Tu m’as poussé à te donner les documents. »

Elle baissa la tête.

« Oui. »

Lucas eut un rire bref, presque sans son.

« Et pendant que tu faisais ça… »

Il regarda l’estrade.

La perruque de Marie se trouvait toujours sur le sol, là où elle avait fini par tomber.

« …je vous ai laissé l’humilier devant tout le monde. »

Aucun de nous ne répondit.

Parce qu’il n’existait rien qui puisse alléger cette vérité.

Lucas se tourna vers sa mère.

« Maman, regarde-moi. »

Marie resta silencieuse.

« S’il te plaît. »

Elle leva enfin les yeux.

Lucas avait les larmes aux joues.

« Je n’ai aucune excuse. »

Marie le regarda longtemps.

Puis elle répondit :

« Non. Tu n’en as pas. »

Il encaissa les mots sans bouger.

« Mais si tu veux commencer à réparer quelque chose, commence par dire toute la vérité. »

Lucas fronça les sourcils.

« Quelle vérité ? »

Marie le fixa.

« Pourquoi tu étais si terrifié à l’idée que ton père modifie les comptes ? »

Lucas pâlit.

Je tournai lentement la tête vers lui.

Et là, je compris que Marie venait de mettre le doigt sur quelque chose que je n’avais pas encore vu.

Lucas baissa les yeux.

« Parce que… »

Il s’arrêta.

Élodie ferma brusquement les yeux.

Marc, près de la porte, ne bougea plus.

« Parce que quoi ? » demandai-je.

Lucas releva enfin la tête.

« Parce qu’il y a trois mois, j’ai signé quelque chose. »

Mon sang se glaça.

« Quoi ? »

Il regarda l’enveloppe noire.

Puis moi.

« Un prêt. »

Je sentis Marie se raidir.

« Quel prêt ? »

Lucas murmura :

« Un prêt au nom d’une société que je croyais appartenir à Élodie et moi. »

Marc Delcourt ferma les yeux.

Et je compris immédiatement que ce prêt était la pièce que nous n’avions pas encore trouvée.

**À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.**

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