Divertissement

Ma Demi-Sœur A Caché Ma Prothèse Devant Des Généraux Pour M’Humilier — Puis Mon Mari Est Arrivé Avec Une Lame Militaire Et A Révélé Qui J’Étais Vraiment

— On me les a données.

La phrase resta suspendue dans l’air.

Je regardai Nathalie sans bouger.

Quelques minutes plus tôt, elle riait dans un micro en me traitant de marchandise endommagée. Maintenant, elle avait les épaules raides et les mains serrées contre sa robe comme si le simple fait de les laisser libres risquait de la trahir.

— Qui ? demandai-je.

Elle hésita.

— Une consultante.

Le général Delmas fronça les sourcils.

— Son nom.

— Claire Montfort.


Cette fois, plusieurs personnes réagirent.

L’homme en costume qui avait évoqué les quatorze millions échangea un regard avec Liam.

— Montfort Conseil ? demanda-t-il.

Nathalie hocha la tête.

Je ne connaissais pas ce nom.

Liam, lui, oui.

Cela se voyait.

— Explique-moi, dis-je.

— Je n’ai rien piraté, Audrey.

— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.


Elle inspira lentement.

— Quand j’ai créé Nouvelle Aube, j’avais besoin d’un dossier solide. Claire m’a aidée à préparer les demandes de financement. Elle m’a dit que les dossiers soutenus par une histoire personnelle avaient plus de chances d’être retenus.

— Et tu lui as donné la mienne.

— Je lui ai parlé de toi.

— Sans me demander.

— Je savais que tu dirais non.

La réponse sortit trop vite.

Elle le comprit immédiatement.

Moi aussi.

Je fis un pas vers elle.


— Alors tu savais.

— Je savais que tu détestais parler de ta blessure.

— Non. Tu savais que je refusais que ma blessure serve de spectacle.

Elle détourna les yeux.

Claire Montfort se trouvait-elle parmi les invités ? Je parcourus les visages.

L’homme en costume sembla comprendre ma question.

— Elle devait être présente ce soir, dit-il. Elle a annulé cet après-midi.

Liam se tourna vers lui.

— Pour quelle raison ?

— Elle a invoqué une urgence familiale.


Nathalie ferma brièvement les yeux.

Ce geste fut minuscule.

Mais je le vis.

— Tu savais qu’elle ne viendrait pas ? demandai-je.

— Non.

Elle mentait.

Je connaissais Nathalie depuis l’enfance.

Quand elle mentait pour se protéger, elle parlait vite.

Quand elle mentait parce qu’elle avait peur, elle devenait très calme.

Et là, sa voix était presque parfaitement calme.


Je repris la chemise des mains du général.

Les documents n’étaient pas rangés au hasard. Chaque image portait une référence, une date et parfois le nom de l’établissement où elle avait été prise.

Je tournai plusieurs pages.

Puis je m’arrêtai.

Centre de réadaptation Percy.

Je reconnus immédiatement l’en-tête.

L’image datait de quatre jours après ma sortie du service de soins intensifs.

À cette époque, je n’autorisais presque personne à entrer dans ma chambre.

Liam.

Deux membres de mon unité.


Et Nathalie.

Je levai les yeux.

— Tu es venue me voir à Percy.

Elle pâlit légèrement.

— Oui.

— Une seule fois.

— Tu ne voulais voir personne.

Je me souvenais parfaitement de cette journée.

Nathalie était arrivée avec des fleurs blanches beaucoup trop grandes pour la petite table près de mon lit. Elle avait pleuré en me voyant sans ma jambe.

J’avais cru que c’était de la tristesse.


Elle avait insisté pour m’aider à « gérer les papiers », parce que j’étais sous antalgiques et que Liam faisait des allers-retours entre l’hôpital et son travail.

Je sentis quelque chose se resserrer dans ma poitrine.

— Tu avais signé des documents pour moi.

— Seulement des formulaires administratifs.

— Lesquels ?

Elle ne répondit pas.

Liam s’approcha.

— Audrey…

Je levai une main.

Pas encore.


Je devais aller jusqu’au bout moi-même.

Je cherchai dans le dossier jusqu’à trouver la page contenant la fausse autorisation.

La date figurait sous la signature.

Je la lus.

Puis une seconde fois.

Le document n’avait pas été signé cette année.

Ni même l’année précédente.

Il portait une date remontant à ma rééducation.

— Ce n’est pas possible, murmurai-je.

Le général Delmas se pencha.


Son visage se durcit.

— Cette date précède la création de la Fondation Nouvelle Aube de près de trois ans.

Je regardai Nathalie.

— Pourquoi avais-tu besoin d’une autorisation de diffusion trois ans avant de créer ton association ?

Elle resta silencieuse.

Le bruit de la piscine semblait soudain immense.

Je sentis Liam se rapprocher encore, mais il ne me toucha pas.

— Réponds-moi.

— Ce n’était pas pour l’association.

Ma voix baissa.


— Alors pour quoi ?

Nathalie fixa le sol.

— J’avais un projet avant Nouvelle Aube.

— Quel projet ?

— Audrey…

— Quel projet ?

Elle releva enfin les yeux.

— Une campagne.

Le mot me parut absurde.

— Une campagne pour quoi ?

Elle pinça les lèvres.

— Pour une société qui développait des prothèses civiles.

Je ne compris pas immédiatement.

Puis je regardai ma lame bionique.

Puis les photographies.

Puis son visage.

Et quelque chose commença à prendre forme.

— Tu as utilisé mes images pour vendre des prothèses ?

— Pas exactement.

— Alors explique-moi exactement.

Elle passa une main sur son front.

— C’était un partenariat. Ils cherchaient des témoignages de blessés militaires. Je leur ai parlé de toi. Ils étaient intéressés par ton parcours.

— Et moi, j’étais intéressée ?

— Tu étais sous traitement. Tu n’aurais pas voulu prendre de décision.

Un rire bref et incrédule m’échappa.

— Alors tu l’as prise à ma place.

— Je voulais t’aider.

— En falsifiant mon consentement ?

— Je ne l’ai pas falsifié.

Le général Delmas leva la feuille.

— Commandante Vale vient de confirmer que cette signature n’est pas la sienne.

Nathalie secoua la tête.

— Parce qu’elle ne se souvient pas.

Je me figeai.

Cette phrase me frappa plus durement que toutes ses insultes.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— Tu étais sous morphine. Tu signais des choses. Tu oubliais des conversations. Tout le monde le sait.

Liam fit un pas brusque.

— Nathalie.

Sa voix était devenue glaciale.

Mais je continuai de la regarder.

Je me souvenais de semaines entières fragmentées par la douleur, les médicaments et les opérations.

Je me souvenais aussi d’avoir demandé qu’aucune image de moi ne soit diffusée.

Plusieurs fois.

— Même si j’avais signé quelque chose, dis-je, cette autorisation concernait quoi ?

Personne ne répondit.

Je parcourus le document jusqu’à la dernière page.

Là, une annexe avait été ajoutée.

Je lus les trois premières lignes.

Et mon estomac se noua.

Le consentement ne concernait pas seulement des photographies.

Il autorisait l’utilisation de mon nom, de mon histoire militaire et de mon image dans des présentations commerciales.

Pour une durée de dix ans.

Je tournai la page suivante.

Un contrat.

Une somme figurait dans une colonne.

Cent quatre-vingt mille euros.

Versés à une intermédiaire.

Le nom du bénéficiaire apparaissait juste en dessous.

**Nathalie Beaumont.**

Je relevai lentement la tête.

Cette fois, elle ne chercha même plus à sourire.

Je compris enfin que Nouvelle Aube n’était pas le début de cette histoire.

Nathalie gagnait de l’argent avec ma blessure depuis des années.

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