Divertissement

Ma Demi-Sœur A Caché Ma Prothèse Devant Des Généraux Pour M’Humilier — Puis Mon Mari Est Arrivé Avec Une Lame Militaire Et A Révélé Qui J’Étais Vraiment

Nathalie ne nia rien lorsque nous revînmes à Saint-Cloud le lendemain.

Ce fut presque pire.

Elle nous reçut dans le salon principal, celui qu’elle utilisait pour les photographies de presse. Les fleurs de la réception avaient disparu. Les bannières de Nouvelle Aube avaient été retirées. Il ne restait que les marques sombres laissées par les véhicules sur la pelouse.

Elle portait un pantalon blanc et une chemise crème, comme si elle s’était habillée pour une réunion ordinaire.

— Vous avez fait vite, dit-elle.

Je m’assis en face d’elle.

Liam resta debout près de la fenêtre. Le général Delmas et la juriste étaient avec nous.

Je posai l’organigramme sur la table.

— NM Solutions.

Nathalie baissa les yeux.


Aucune surprise.

— Beaumont Stratégies.

Toujours rien.

— Tu possèdes indirectement une part du fournisseur que Nouvelle Aube comptait payer avec les fonds du comité.

Elle releva enfin la tête.

— C’est légal de détenir des intérêts dans une société.

— Pas quand tu caches ce conflit au comité qui doit financer ton association.

— Je ne l’ai pas caché.

La juriste intervint.

— Votre déclaration de conflits d’intérêts indique que vous ne détenez aucun intérêt financier dans un fournisseur ou sous-traitant potentiel.


Nathalie tourna les yeux vers elle.

— Parce que Beaumont Stratégies ne vend pas de prothèses.

— Elle détient une participation dans une holding qui contrôle NM Solutions.

— Indirectement.

— Toujours un intérêt financier.

Nathalie sourit faiblement.

— Voilà donc ce que vous êtes venus faire ? Me piéger sur une formulation juridique ?

Je la regardai.

— Non.

Je posai ensuite devant elle la copie de mon ancienne autorisation administrative.


— Je suis venue comprendre pourquoi tu as gardé accès à mon dossier pendant onze mois.

Son sourire disparut.

— Je ne contrôlais pas la durée de l’autorisation.

— Pourtant tu l’as utilisée.

— Pour t’aider.

— Pour télécharger mes évaluations.

— Parce que tu ne comprenais pas tout ce qu’on te demandait à l’époque.

Cette fois, je sentis ma colère monter.

— J’avais perdu une jambe. Pas mon cerveau.

Elle se pencha légèrement vers moi.


— Tu étais sous morphine, Audrey. Tu hurlais la nuit. Tu refusais de voir les médecins certains jours. Liam n’était même pas toujours là.

Liam bougea.

— Fais attention.

Je levai une main sans quitter Nathalie des yeux.

— Continue.

Elle hésita.

Puis elle comprit trop tard que c’était exactement ce que je voulais.

Qu’elle parle.

— Quelqu’un devait gérer les choses, dit-elle. Tu ne pensais qu’à retourner dans ton unité. Tu ne voulais rien entendre des assurances, des équipements, du coût de ta rééducation.

— Et toi, tu as pensé au coût.


Silence.

— Beaucoup.

Son regard changea.

— Tu crois que l’argent est sale parce que tu n’as jamais eu à le chercher.

Je fronçai les sourcils.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ça veut dire que tout le monde te félicitait.

Elle se leva brusquement.

— Audrey la courageuse. Audrey la décorée. Audrey qui avait survécu. Même mutilée, tu entrais dans une pièce et les gens voyaient une héroïne.

Sa voix trembla.


Pas de peur cette fois.

De rancœur.

— Et moi, j’étais quoi ? La demi-sœur qui apportait des fleurs.

Je la regardai sans parler.

Voilà enfin quelque chose de vrai.

— Alors c’était ça ? demandai-je. Tu voulais être admirée ?

— Je voulais construire quelque chose qui m’appartienne.

— Avec ce qui m’était arrivé.

— Avec quelque chose que personne d’autre n’utilisait !

Elle comprit immédiatement ce qu’elle venait de dire.


La juriste redressa la tête.

Je restai parfaitement immobile.

— Répète.

Nathalie détourna le visage.

— Je me suis mal exprimée.

— Non. Tu viens de dire que personne d’autre n’utilisait ce qui m’était arrivé.

— Je voulais dire que ton expérience pouvait servir à quelque chose.

— Elle me servait à survivre.

Le silence retomba.

Nathalie fit quelques pas vers la fenêtre.


— Novaxis aurait pu fonctionner.

Je la regardai.

— Voilà.

Elle se retourna.

— Quoi ?

— C’est la première fois que tu ne prétends plus que tout était pour moi.

Son visage se ferma.

— J’ai fait une erreur avec les données.

— Une erreur répétée pendant onze mois ?

— Au début, je ne savais même pas ce qui avait de la valeur.


— Puis tu as appris.

Elle ne répondit pas.

J’allai plus loin.

— Et quand Novaxis n’a pas obtenu les marchés, tu as compris qu’il ne suffisait pas d’avoir un bon produit.

Je désignai les anciennes bannières roulées contre le mur.

— Il fallait aussi contrôler la structure qui déciderait où l’argent serait dépensé.

Pour la première fois, Nathalie sembla réellement déstabilisée.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles.

— Nouvelle Aube obtenait les fonds.

Je pointai l’organigramme.


— NM Solutions vendait les équipements.

— Ce n’est pas aussi simple.

— Non. C’est justement ce qui rendait le montage difficile à voir.

Elle saisit son téléphone posé sur la table.

La juriste parla immédiatement.

— Madame Beaumont, les serveurs et les comptes de Nouvelle Aube font actuellement l’objet d’une mesure de préservation documentaire. Je vous déconseille fortement de supprimer quoi que ce soit.

Nathalie s’arrêta.

Son visage changea.

Pas beaucoup.

Mais assez.

— Depuis quand ?

— Depuis ce matin.

Je la vis calculer.

Elle regarda son téléphone.

Puis la porte.

Puis Liam.

Et je compris.

Elle avait encore quelque chose à protéger.

— Qu’est-ce qu’il y a sur ce téléphone ? demandai-je.

— Rien qui te concerne.

— Jusqu’ici, presque tout ce que tu caches me concerne.

Elle prit son sac.

— Cette conversation est terminée.

Le général Delmas se plaça devant la porte.

Pas agressivement.

Simplement assez pour l’obliger à s’arrêter.

— Nous ne vous retenons pas, dit-il. Mais le comité suspend officiellement l’examen du financement de Nouvelle Aube, et une enquête administrative est ouverte.

Nathalie blanchit.

— Vous ne pouvez pas faire ça à cause d’elle.

— Ce n’est pas à cause de votre sœur, répondit-il. C’est à cause de vos déclarations financières.

Le téléphone de Nathalie vibra.

Elle baissa les yeux.

Je vis uniquement l’aperçu d’un message.

**CLAIRE : N’UTILISE PLUS CETTE ADRESSE.**

Nathalie verrouilla aussitôt l’écran.

Trop tard.

— Claire Montfort, dis-je.

Son regard se leva vers moi.

— Donne-moi ton téléphone.

Elle éclata d’un rire sec.

— Tu rêves.

Puis elle recula.

— Vous pensez tous que je suis stupide.

— Non, répondis-je. Je pense que tu es sous pression.

Elle se figea.

— Et les gens sous pression font des erreurs.

La phrase l’atteignit.

Elle serra son téléphone si fort que ses jointures blanchirent.

Puis elle partit.

Nous la laissâmes faire.

Liam me regarda.

— Tu ne veux pas essayer de l’arrêter ?

— Non.

— Pourquoi ?

Je pris mon propre téléphone.

— Parce qu’elle vient de nous dire où regarder.

La juriste comprit avant lui.

— Claire.

Je hochai la tête.

Mais la première erreur de Nathalie fut encore meilleure que je ne l’avais imaginé.

Une heure plus tard, l’équipe chargée de préserver les documents de Nouvelle Aube nous informa qu’une tentative de connexion venait d’être enregistrée sur un ancien espace de stockage lié à l’association.

Le compte utilisé n’était pas celui de Nathalie.

C’était celui de Claire Montfort.

Et dans cet espace se trouvait un dossier que personne n’avait encore ouvert.

Son nom était banal.

**AV — Archive.**

Je sentis immédiatement que ces deux lettres n’avaient rien de banal.

A.V.

Audrey Vale.

Le dossier contenait des années de courriels.

Et le plus ancien avait été envoyé bien avant la création de Nouvelle Aube.

Bien avant Novaxis.

Il provenait de Nathalie.

La première ligne disait :

**« J’ai enfin obtenu l’autorisation temporaire. Dis-moi exactement ce dont tu as besoin avant qu’ils la retirent. »**

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