Divertissement

Pendant Quinze Ans, Mes Parents M’ont Traitée De Ratée — Jusqu’au Jour Où Mamie A Envoyé Un Message Codé Qui A Révélé Leur Terrible Secret

Je relus le message une deuxième fois.

Puis une troisième.

**L’enquêtrice Manon Leclerc est désormais compromise.**

Le mot avait été choisi avec soin.

Pas menacée.

Pas surveillée.

Compromise.

Dans mon métier, ce mot pouvait détruire une carrière avant même qu’une enquête ne commence.

S’il existait des documents donnant l’impression que j’avais transmis des informations, manipulé des preuves ou protégé certains suspects, je pouvais être écartée immédiatement de mes dossiers.

Et si quelqu’un avait accès à nos systèmes depuis assez longtemps pour préparer ce genre de dossier contre moi, alors chaque affaire sur laquelle j’avais travaillé pouvait être contaminée.


Je verrouillai mon téléphone et regardai Morel.

« À partir de maintenant, rien de ce qui concerne cette affaire ne passe par le réseau habituel. »

Il acquiesça immédiatement.

« Je vais demander une équipe indépendante. »

Ma mère eut un rire bref.

« Indépendante de quoi ? »

Je tournai les yeux vers elle.

« Tu as quelque chose à ajouter ? »

« Seulement que vous êtes adorables, tous les deux. Vous découvrez qu’il y a une fuite et votre première idée consiste à appeler davantage de collègues. »

Morel serra la mâchoire.


« Vous êtes en état d’arrestation. Vous aurez tout le loisir de parler pendant votre audition. »

Catherine leva les mains pendant qu’un policier lui passait les menottes.

Elle ne résista pas.

C’était presque pire.

Mon père, lui, avait cessé de regarder qui que ce soit.

Il semblait s’être vidé de toute énergie.

Mamie se rapprocha de moi.

« Manon, il faut que tu regardes la clé. »

Je baissai les yeux vers elle.

« Tu m’as dit que tu ne voulais pas expliquer comment tu l’avais obtenue. »


« Pas devant eux. »

Elle désigna mon père d’un mouvement presque imperceptible.

Puis ma mère.

Je compris.

« Morel, fais-les sortir séparément. »

Catherine releva la tête.

« Très mauvaise idée. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’à partir du moment où je quitte cette pièce, tu perds la seule personne qui peut t’expliquer ce qui va se passer ensuite. »

« Non. Je perds la seule personne qui essaie de contrôler le rythme de cette conversation. »


Pendant une fraction de seconde, elle me regarda exactement comme elle le faisait lorsque j’étais enfant et que je refusais de céder.

Puis les policiers l’emmenèrent.

Mon père passa devant moi quelques secondes plus tard.

Il s’arrêta.

« Manon… »

Je ne répondis pas.

Il baissa la voix.

« Ne fais confiance à personne uniquement parce qu’il porte une carte professionnelle. »

Morel se raidit.

« Avancez. »


Philippe obéit.

La porte se referma derrière eux.

Il ne resta plus que Mamie, Morel et moi dans la salle à manger.

Je sortis la clé USB.

« Maintenant, raconte-moi tout. »

Mamie prit une longue inspiration.

« La semaine dernière, Catherine est venue chez moi. Elle disait vouloir récupérer de vieux papiers de famille. J’ai tout de suite su que quelque chose clochait. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle n’a jamais voulu quoi que ce soit de notre famille à part de l’argent. »

Je ne pus retenir un léger sourire.


Même terrifiée, Mamie restait Mamie.

Elle continua.

« Pendant qu’elle fouillait dans le bureau, son téléphone a sonné. Elle est allée répondre dans le jardin. Elle avait laissé son sac ouvert. »

Je la fixai.

« Mamie… »

« Ne me regarde pas comme ça. J’ai quatre-vingt-deux ans, pas huit. »

Morel détourna légèrement la tête pour cacher un sourire.

« Qu’est-ce que vous avez pris ? » demanda-t-il.

« Rien. J’ai regardé. »

Elle marqua une pause.


« Et j’ai vu cette clé. »

« Tu l’as copiée ? »

« Non. Je l’ai remplacée. »

Je restai silencieuse.

« Remplacée par quoi ? »

« Une autre clé presque identique que j’avais dans un tiroir. »

Je fermai les yeux une seconde.

« Tu as volé une preuve potentielle à quelqu’un impliqué dans un réseau criminel. »

« Oui. »

« Sans me prévenir. »


« Oui. »

« Et tu as attendu une semaine. »

Cette fois, elle baissa la tête.

« Je voulais d’abord comprendre ce que j’avais trouvé. »

« Tu l’as branchée sur ton ordinateur ? »

« Non. Tu m’as suffisamment répété de ne jamais brancher une clé inconnue. »

Je soufflai lentement.

Au moins une bonne décision.

« Alors comment savais-tu que c’était important ? »

« Parce que Catherine est revenue deux jours plus tard dans un état de panique. Elle a fouillé toute la maison. Ensuite, ton père m’a appelée pour me demander si j’avais trouvé “une petite clé noire”. »


Elle me regarda.

« J’ai menti. »

« Et c’est là qu’ils t’ont amenée ici ? »

« Hier soir. Ils ont dit qu’ils voulaient discuter calmement. Puis l’homme est arrivé. »

Le recruteur.

Je regardai les documents abandonnés sur la table.

Tout s’emboîtait.

Presque.

« Mais pourquoi le message codé seulement aujourd’hui ? »

Mamie hésita.


« Parce qu’hier soir, je pensais encore pouvoir gagner du temps. Ce matin, j’ai entendu Catherine parler au téléphone. Elle a dit : “Si elle ouvre la clé, il faudra fermer le dossier Manon.” »

Un froid sec me traversa.

Morel se pencha en avant.

« Vous êtes certaine de ces mots ? »

« Absolument. »

Je regardai la clé dans ma paume.

« Fermer le dossier Manon. »

Ce n’était pas une réaction improvisée.

Il existait déjà un dossier à mon nom.

Préparé avant aujourd’hui.

Peut-être depuis des mois.

Morel sortit un ordinateur portable de service d’une mallette.

Je l’arrêtai immédiatement.

« Non. »

« On doit voir ce qu’il y a dessus. »

« Pas sur une machine connectée à notre environnement. »

Je réfléchis quelques secondes.

« J’ai un poste isolé dans mon véhicule. Aucun accès réseau, aucun compte professionnel enregistré. Je l’utilise pour examiner du matériel potentiellement infecté. »

Nous descendîmes dans la rue.

La pluie avait presque cessé.

Deux voitures de police occupaient maintenant le trottoir devant la maison, mais je remarquai immédiatement une troisième voiture garée cinquante mètres plus loin.

Grise.

Banale.

Moteur éteint.

Personne visible à l’intérieur.

Je mémorisai la plaque.

Morel suivit mon regard.

« Tu la connais ? »

« Non. »

« Tu veux qu’on vérifie ? »

« Dans une minute. »

J’ouvris le coffre de mon véhicule et sortis un ordinateur renforcé.

Mamie resta sous la protection d’un agent pendant que Morel et moi nous installions à l’arrière.

Je désactivai tout module sans fil.

Puis j’insérai la clé.

Rien ne se passa.

Pas de programme automatique.

Pas d’écran étrange.

Seulement quatre dossiers.

**COMPTES**

**CIBLES**

**ARCHIVES**

**ML**

Morel pointa le dernier.

« ML ? »

« Probablement moi. »

Je ne l’ouvris pas.

Pas encore.

Je commençai par COMPTES.

Des dizaines de fichiers apparurent.

Comptes bancaires.

Sociétés écrans.

Identités.

Montants.

Les chiffres dépassaient largement ce que nous avions vu dans la maison.

Des millions d’euros.

Puis des dizaines de millions.

Morel jura à voix basse.

« Ce réseau est beaucoup plus gros que prévu. »

J’ouvris CIBLES.

Une liste de centaines de noms.

Principalement des personnes âgées.

Certaines étaient marquées en vert.

D’autres en orange.

Quelques-unes en rouge.

À côté de plusieurs noms figuraient des annotations.

**Veuf.**

**Isolement familial.**

**Diagnostic récent.**

**Enfant endetté.**

Je sentis la colère monter.

Ils ne choisissaient pas leurs victimes au hasard.

Ils les étudiaient.

Ils cartographiaient leurs faiblesses.

Je cherchai le nom de Mamie.

**Madeleine Leclerc.**

Statut : rouge.

Patrimoine estimé : 1,14 million d’euros.

Puis une note.

**Dossier prioritaire — lien familial avec ML.**

Morel et moi nous regardâmes.

« Ils savaient que Madeleine était ta grand-mère », dit-il.

« Oui. »

Je cliquai enfin sur ML.

Le dossier contenait des photographies.

Des dizaines.

Moi entrant dans mon bureau.

Moi quittant un restaurant.

Moi faisant mes courses.

Moi chez Mamie.

Certaines dataient de presque deux ans.

Je cessai de respirer pendant une seconde.

Puis apparurent des rapports.

Mes horaires.

Mes collègues.

Les dossiers auxquels j’avais accès.

Les plaques d’immatriculation de véhicules de service.

Et une liste intitulée :

**POINTS D’INFLUENCE POSSIBLES.**

Je l’ouvris.

Le premier nom était celui de Mamie.

Le deuxième, celui de mon père.

Le troisième, celui de ma mère.

Puis plusieurs collègues.

Je descendis plus bas.

Le nom de Julien Morel apparut.

Je tournai lentement la tête vers lui.

Il avait pâli.

« Je n’ai jamais vu ça. »

Je ne répondis pas.

Sous son nom, une mention avait été ajoutée :

**Approche directe déconseillée. Profil loyal. Exploitable via confiance professionnelle.**

Morel lut par-dessus mon épaule.

« Ils ont fait un profil sur moi. »

« Ils ont fait un profil sur tous ceux qui pouvaient m’approcher. »

Je continuai.

Puis je trouvai un sous-dossier daté de six mois plus tôt.

**SCÉNARIO DE COMPROMISSION.**

Mon cœur accéléra.

À l’intérieur se trouvaient des projets de faux rapports portant mon nom.

Des captures d’écran modifiées.

Des journaux de connexion falsifiés.

Des brouillons d’e-mails fabriqués pour donner l’impression que j’avais transmis des informations confidentielles à un suspect.

Tout était prêt.

Ils n’avaient pas commencé à me piéger aujourd’hui.

Ils attendaient seulement le bon moment pour déclencher le mécanisme.

Morel murmura :

« Ils pouvaient te faire suspendre en quelques heures. »

« Oui. »

Je fis défiler les fichiers jusqu’au dernier.

Un document texte.

Créé trois semaines plus tôt.

Une seule phrase.

**Activation autorisée uniquement par NIVEAU ZÉRO.**

« Niveau Zéro », répétai-je.

Morel fronça les sourcils.

« Catherine ? »

Je secouai lentement la tête.

« Si c’était elle, son nom ou un identifiant serait probablement ici. »

J’ouvris les propriétés du fichier.

La plupart des métadonnées avaient été nettoyées.

Mais pas toutes.

Un identifiant de poste apparaissait encore.

**JM-07.**

Je le fixai.

Morel aussi.

Ses initiales étaient J.M.

Julien Morel.

Il recula immédiatement.

« Manon, ce n’est pas moi. »

Je ne dis rien.

« Tu me connais depuis neuf ans. »

« Justement. »

Son visage se ferma.

« Tu crois vraiment que j’aurais laissé mon propre identifiant dans un fichier pareil ? »

« Non. »

Il me regarda, surpris.

« Je crois que quelqu’un veut que je le pense. »

Je copiai mentalement chaque détail avant de fermer le document.

Puis j’entendis Mamie frapper contre la vitre du véhicule.

Je relevai la tête.

Elle pointait vers la rue.

La voiture grise avait démarré.

Elle avançait lentement dans notre direction.

Puis accéléra brusquement.

« Morel. »

Nous sortîmes tous les deux.

La voiture passa devant nous à vive allure.

Je ne vis le conducteur qu’une fraction de seconde.

Mais cela suffit.

Je connaissais ce visage.

Je l’avais croisé des dizaines de fois dans les couloirs de mon propre service.

Un homme qui avait accès aux dossiers sensibles.

Un homme qui n’aurait eu aucune raison d’être devant la maison de mes parents.

Le capitaine Étienne Vasseur.

Responsable du contrôle interne des accès numériques.

L’homme précisément chargé d’enquêter sur les fuites.

Je me tournai vers Morel.

« Maintenant, on sait au moins par où commencer. »

Mon téléphone vibra.

Un nouveau message.

Cette fois, il ne contenait qu’une phrase.

**Tu viens de regarder au mauvais endroit.**

Puis un second message apparut.

**Demande à Madeleine pourquoi ton nom figurait déjà dans le réseau avant que tu sois recrutée.**

Je levai les yeux vers Mamie.

Son visage venait de perdre toute couleur.

**À suivre — cliquez sur la Partie 5 pour lire la suite.**

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