Je suis restée immobile avec la photographie entre les mains. Ce n’était pas seulement le fait qu’on m’ait suivie qui me terrifiait. C’était la précision de la photo. On y voyait clairement mon visage, ma fille dans son siège-auto et même le bracelet hospitalier encore attaché à son petit poignet. Quelqu’un avait été suffisamment proche de nous pour prendre cette image sans que je le remarque.
Élise a repris la photographie et l’a observée sous tous les angles.
« Ne touche plus à rien. »
« Pourquoi ? »
« Parce que cette personne veut que tu viennes seule. Elle veut probablement nous faire croire qu’elle connaît toute la vérité. »
J’ai serré l’enveloppe.
« Elle a écrit : le père de mon enfant. »
Élise m’a regardée droit dans les yeux.
« Mia, le test de paternité que nous avons est clair. »
« Je sais. »
« Alors ne laisse personne te faire douter de ce que tu sais. »
J’ai baissé les yeux vers ma fille. Depuis sa naissance, je m’étais répétée que je n’avais plus besoin d’Adrien. Il ne savait rien de la grossesse. Il n’avait pas été présent pendant les examens, ni pendant les nuits où j’avais eu peur de perdre encore une fois mon bébé. Il n’avait même pas été là lorsque j’avais entendu son premier cri.
Mais maintenant, quelqu’un essayait de transformer la seule chose dont j’étais certaine en une nouvelle arme contre moi.
« Je veux savoir qui a pris cette photo. »
Élise a sorti son téléphone.
« Alors nous allons commencer par l’hôpital. »
Une heure plus tard, elle avait obtenu les images des caméras de sécurité de l’entrée. Nous avons regardé les enregistrements dans mon salon. Je suis apparue à l’écran, poussant le petit siège-auto, suivie par une infirmière. Puis une seconde silhouette est entrée dans le champ.
Un homme.
Casquette sombre, manteau gris, visage dissimulé.
Il ne me suivait pas directement. Il marchait à distance, s’arrêtait lorsqu’un autre patient passait devant lui, puis reprenait son chemin.
Élise a arrêté la vidéo.
« Regarde sa main. »
J’ai zoomé.
Il portait une chevalière argentée.
Mon cœur s’est arrêté.
Je connaissais cette bague.
Je l’avais vue des centaines de fois.
« Bernard Morel. »
Élise n’a rien dit.
L’homme dans la vidéo a quitté l’hôpital trois minutes après nous.
Mais quelque chose ne collait pas.
« Attends », ai-je murmuré.
J’ai regardé la séquence précédente.
Quelques secondes avant l’apparition de l’homme, une femme était sortie par une porte latérale.
Blouse blanche.
Cheveux attachés.
Elle s’était arrêtée exactement à l’endroit où j’étais passée ensuite.
« Qui est cette femme ? »
Élise a agrandi l’image.
Nous avons reconnu son visage.
C’était une infirmière.
Celle qui était entrée dans ma chambre pendant mon appel avec Adrien.
Celle qui était passée devant la porte juste après qu’il m’eut annoncé son mariage.
Je me suis levée.
« Elle savait. »
« Peut-être », a répondu Élise. « Mais ne concluons rien trop vite. »
À cet instant, mon téléphone a vibré.
Un message d’Adrien.
« Tu as reçu l’horloge ? »
J’ai senti mes doigts devenir froids.
Je n’avais jamais parlé de l’horloge avec lui.
Jamais.
J’ai répondu :
« Quelle horloge ? »
Les trois petits points sont apparus presque immédiatement.
Puis ils ont disparu.
Un nouveau message est arrivé.
« Celle que ton père ne voulait pas que tu trouves. »
Je me suis tournée vers Élise.
« Il sait. »
Elle a pris mon téléphone.
« Ne réponds plus. »
Mais avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, un appel est arrivé.
Numéro masqué.
J’ai décroché.
Aucune voix.
Seulement une respiration lente.
Puis une voix d’homme, déformée par un filtre.
« Vous avez trouvé l’horloge. »
Je n’ai pas parlé.
« Bien. »
« Qui êtes-vous ? »
« Quelqu’un qui a essayé de prévenir votre père. »
Mon cœur s’est serré.
« Vous connaissiez mon père ? »
« Je le connaissais mieux que Bernard Morel. »
Élise m’a fait signe de mettre le haut-parleur.
« Alors dites-moi pourquoi Adrien avait accès à son compte. »
Un silence.
« Parce que votre père lui avait demandé de le faire. »
Je me suis figée.
« Pourquoi ? »
« Pour vous protéger. »
J’ai secoué la tête.
« Ça n’a aucun sens. »
« Vous avez raison. Parce que ce que votre père protégeait n’était pas votre héritage. »
La ligne est restée silencieuse quelques secondes.
Puis l’homme a ajouté :
« C’était votre identité. »
J’ai senti mes jambes trembler.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Venez au mariage. Vous comprendrez. Mais écoutez-moi bien : ne venez pas pour humilier Adrien. Venez pour découvrir pourquoi votre propre père avait peur de lui. »
L’appel s’est coupé.
Élise a immédiatement essayé de rappeler.
Numéro introuvable.
Je me suis approchée de l’horloge.
Elle était ancienne, en bois sombre, avec une petite porte métallique à l’arrière. Je l’ai retournée et j’ai remarqué une minuscule serrure que je n’avais jamais vue.
Élise a sorti la clé trouvée dans l’enveloppe.
Elle correspondait.
Le mécanisme a émis un léger clic.
La porte s’est ouverte.
À l’intérieur, il n’y avait ni argent ni documents.
Seulement une petite clé USB et une feuille pliée.
J’ai déplié la feuille.
L’écriture de mon père était immédiatement reconnaissable.
Une seule phrase y figurait :
« Mia, si tu lis ceci, c’est que j’ai échoué à empêcher Adrien de découvrir la vérité. »
Mes yeux se sont remplis de larmes.
Puis j’ai lu la ligne suivante.
« Mais il y a une chose que tu dois savoir avant d’aller à son mariage : Adrien n’est pas l’homme que tu crois. »
Au bas de la page, mon père avait ajouté une date.
C’était la date exacte de ma naissance.
Et juste en dessous, trois mots m’ont complètement paralysée :
« Demande à ta mère. »







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