Marc ne bougea plus. Pendant quelques secondes, il resta debout au milieu de la petite salle de consultation, le téléphone serré dans sa main, incapable de détacher les yeux du dernier message. Son père était mort. Il en était certain. Toute sa famille avait assisté aux funérailles. Il se souvenait du cercueil, des fleurs blanches, des discours prononcés devant la tombe. Il avait même conservé pendant des années une photographie prise ce jour-là. Pourtant, le message qu’il venait de recevoir venait de fissurer un souvenir qu’il croyait indiscutable.
« Docteur… vous savez quelque chose ? »
Vincent hésita avant de répondre.
« Je sais seulement que votre dossier familial comporte plusieurs incohérences. Et je préfère que vous les découvriez vous-même plutôt que de vous donner une information que je ne pourrais pas encore prouver. »
Marc posa violemment son téléphone sur la table.
« Je veux des réponses maintenant. »
« Alors commencez par votre mère. »
Cette phrase le frappa plus durement que tout le reste.
Quelques minutes plus tard, Marc sortit de la pièce. Roxane se leva immédiatement.
« Qu’est-ce qu’il t’a dit ? »
Marc la regarda longuement.
« Qui a falsifié les dossiers de Pénélope ? »
« Je ne sais pas. »
« Et pourquoi le numéro de dossier appartient-il à Juliette ? »
Le visage de Roxane changea.
Marc le remarqua.
« Tu savais que son dossier avait été utilisé. »
« Marc… »
« Réponds-moi ! »
Le couloir devint silencieux. Leur mère se leva lentement.
« Ça suffit. Pas ici. »
Marc se tourna vers elle.
« Alors où ? Dans le salon de notre maison où tout le monde me ment depuis des années ? »
Sa mère pâlit.
Roxane attrapa son bras.
« Viens. »
Ils quittèrent la clinique sans attendre Pénélope. Dans la voiture, personne ne parla. Marc regardait la ville défiler derrière la vitre, mais son esprit était ailleurs. Il repensait à Juliette. À son absence de larmes. À cette phrase étrange qu’elle avait prononcée avant de partir : « Ce qui ne t’a jamais vraiment appartenu finit toujours par retourner à son véritable propriétaire. »
À l’époque, il avait cru qu’elle parlait simplement de l’appartement.
Maintenant, il n’en était plus aussi sûr.
Lorsqu’ils arrivèrent à la maison familiale, Marc se précipita dans le bureau de sa mère. Il ouvrit les tiroirs, chercha les anciens documents, les albums, les dossiers médicaux de son père. Sa mère apparut dans l’encadrement de la porte.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Je cherche les papiers de papa. »
« Ils n’ont aucune importance. »
Marc se retourna.
« Alors pourquoi as-tu peur ? »
Elle resta immobile.
Roxane entra derrière lui.
« Maman, il faut lui dire quelque chose. »
« Non. »
Un seul mot.
Mais il confirma à Marc qu’il existait bien un secret.
Il ouvrit un vieux meuble et trouva finalement une boîte métallique cachée derrière plusieurs dossiers. La serrure était rouillée. Roxane tenta de l’arrêter.
« Marc, ne fais pas ça. »
Il força le couvercle.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires, plusieurs photographies et une enveloppe portant une date : trois jours avant son mariage avec Juliette.
Marc prit la photographie placée au-dessus.
Son souffle se coupa.
Son père était dessus.
Vivant.
Debout devant un hôtel de Marseille.
Et à côté de lui se trouvait Juliette.
Mais Juliette était enceinte.
Marc retourna immédiatement la photo.
Une phrase avait été écrite au dos.
« Elle ne doit jamais savoir qui est réellement le père de son premier enfant. »
Marc sentit ses jambes faiblir.
« Quel enfant ? »
Sa mère se mit à pleurer.
« Donne-moi cette photo. »
« Tu savais ? »
Elle ne répondit pas.
Marc fit un pas vers elle.
« Tu savais depuis le début ? »
« Ton père m’avait demandé de garder le silence. »
« Pourquoi Juliette était-elle avec lui ? »
La mère de Marc ferma les yeux.
« Parce qu’elle cherchait quelqu’un. »
« Qui ? »
Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit.
C’est alors que le téléphone de Marc vibra.
Un nouveau message.
Une seule phrase :
« Tu viens de trouver la photo. Maintenant, regarde le nom sur le relevé bancaire. »
Marc baissa les yeux vers les documents.
Il prit le premier relevé.
Le compte appartenait à son père.
Mais le bénéficiaire du dernier virement n’était ni Juliette, ni Pénélope.
C’était un nom que Marc connaissait parfaitement.
Celui de l’école privée où ses deux enfants avaient été inscrits à leur naissance.
Il releva lentement la tête.
Pour la première fois, une pensée terrifiante traversa son esprit.
Et si Juliette n’était pas partie pour fuir Marc ?
Et si elle était partie parce qu’elle savait déjà quelque chose sur leurs enfants que lui-même ignorait ?







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