Juliette relut le message de Marc sans répondre. La dernière phrase lui restait dans l’esprit : « Pourquoi mon père disait-il que je devais me méfier de mon propre frère ? » Elle leva lentement les yeux vers le chauffeur. Son silence était devenu une réponse plus inquiétante que n’importe quelle explication. Juliette sentit la colère remplacer peu à peu la peur.
« Vous connaissez la réponse. »
L’homme détourna le regard.
« Je connais une partie de l’histoire. »
« Alors dites-la-moi. »
« Pas ici. »
Juliette referma brusquement le dossier.
« J’ai passé huit ans à vivre dans les mensonges des autres. Je viens de découvrir que le père de ma fille n’est pas celui que je croyais, que mon fils pourrait être concerné lui aussi et que la famille de Marc me surveillait depuis des années. Vous ne me demanderez pas d’attendre encore. »
L’homme resta silencieux.
Juliette prit son téléphone et commença à composer le numéro de Marc.
« Que faites-vous ? »
« Je vais lui parler. »
« Ne faites pas ça. »
Elle s’arrêta.
« Pourquoi ? »
« Parce que Marc n’est peut-être pas celui que vous croyez non plus. »
Juliette le fixa.
« C’est mon ex-mari. Je sais exactement qui il est. »
« Non. Vous savez qui il a choisi de devenir. Ce n’est pas la même chose. »
Cette phrase la déstabilisa. Elle se souvint de toutes ces années où Marc l’avait rabaissée, de ses absences, de ses colères froides, de la façon dont il avait accepté de perdre ses enfants sans même protester lorsqu’elle avait signé le divorce. À présent, chaque souvenir semblait contenir une pièce d’un puzzle qu’elle n’avait jamais su assembler.
Elle ouvrit le dossier de Lucas.
Les premières pages ressemblaient à celles de Clara. Mais au milieu des documents, elle trouva une feuille différente. Il s’agissait d’une déclaration signée par son médecin à l’époque de sa grossesse.
Une phrase était entourée en rouge :
« La patiente affirme n’avoir eu aucune relation avec un autre homme durant la période présumée de conception. »
Juliette fronça les sourcils.
« Pourquoi cette phrase est-elle ici ? »
Le chauffeur s’approcha.
« Parce que quelqu’un avait déjà commencé à remettre en question la paternité de Lucas avant sa naissance. »
Juliette sentit ses mains devenir froides.
« Qui ? »
« Le père de Marc. »
Elle ferma les yeux.
« Mais pourquoi ? »
L’homme ne répondit pas.
Juliette tourna plusieurs pages jusqu’à découvrir une photocopie d’une lettre. L’écriture était celle de sa mère.
« Je refuse de laisser cette famille détruire ma fille comme elle a détruit sa propre fille. Si Juliette apprend ce qui s’est passé avant la naissance de Lucas, elle comprendra pourquoi Marc a été choisi pour l’épouser. »
Juliette s’arrêta.
« Choisi ? »
Elle relut la phrase.
Marc n’était donc peut-être pas simplement tombé amoureux d’elle.
Quelqu’un avait organisé leur mariage.
Mais pourquoi ?
À Paris, Marc se trouvait toujours dans l’ancien cabinet de son père. Après avoir reçu le message de Juliette, il resta plusieurs minutes devant son téléphone. Il aurait pu lui demander où elle était. Il aurait pu exiger des explications. Pourtant, pour la première fois, il comprit que cela ne servirait à rien. Elle ne lui faisait plus confiance.
Il retourna vers le bureau et observa la vidéo arrêtée sur le visage de son père.
Puis il remarqua une petite inscription au bas de l’écran.
« Archive 17 — deuxième partie disponible dans coffre familial. »
Marc se redressa.
Le coffre.
Il savait exactement où il se trouvait.
Il rentra chez sa mère sans prévenir personne. Lorsqu’il entra dans le salon, Roxane était là, assise près de la fenêtre.
Elle se leva immédiatement.
« Marc ? »
« Où est le coffre de papa ? »
Roxane pâlit.
« Il n’existe plus. »
« Faux. »
Il posa la photographie de Clara sur la table.
« Je sais maintenant que papa était vivant après la date officielle de sa mort. Je sais qu’un test ADN a été effectué sur Clara. Et je sais qu’il y a une deuxième partie de cette vidéo. »
Roxane ferma les yeux.
« Tu n’aurais jamais dû trouver tout ça. »
Marc sentit une rage sourde monter en lui.
« Depuis combien de temps savais-tu que Clara n’était pas ma fille ? »
Roxane ne répondit pas.
« Depuis combien de temps ? »
« Depuis sa naissance. »
Le silence fut terrible.
Marc recula.
« Et tu m’as laissé l’élever pendant huit ans ? »
« Ce n’était pas à moi de te le dire. »
« Alors à qui ? »
Roxane se mit à pleurer.
« À notre père. »
Marc se détourna.
Il venait de comprendre que toute sa famille avait construit sa vie sur un mensonge.
Mais lorsqu’il se retourna, Roxane avait disparu.
Sur la table, elle avait laissé une enveloppe.
Marc l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une adresse et une phrase écrite à la hâte :
« Si tu veux retrouver Juliette et comprendre qui est réellement le père de Clara, va à l’ancienne gare avant minuit. Mais surtout, ne viens pas seul. »
Marc regarda l’horloge.
23 h 17.
À l’étranger, Juliette venait elle aussi de recevoir une adresse.
La même.
Elle regarda le chauffeur.
« Vous saviez qu’il allait recevoir ce message ? »
L’homme secoua la tête.
« Non. »
Juliette ouvrit alors la boîte blanche trouvée dans la pièce secrète.
À l’intérieur, il n’y avait qu’une petite cassette audio et une photographie.
Elle prit la photographie.
Cette fois, elle ne reconnut pas seulement l’homme aux côtés du père de Marc.
Elle reconnut aussi la femme qui se tenait derrière eux.
Sa propre mère.
Vivante.
Et la date inscrite au dos était celle du jour où Juliette avait appris sa mort.







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