Marc resta penché au-dessus du relevé bancaire, les yeux fixés sur le nom de l’établissement scolaire. Il le connaissait parfaitement. C’était l’école privée où Lucas et Clara avaient été inscrits quelques mois après leur naissance, une institution réputée de Lyon, extrêmement coûteuse, que Juliette n’aurait jamais pu payer seule à l’époque. Marc avait toujours pensé que les frais avaient été couverts par son salaire et quelques économies familiales. Pourtant, le relevé indiquait autre chose : pendant près de deux ans, des virements réguliers avaient été effectués depuis le compte de son père, toujours à la même date, toujours avec une référence codée. Marc sentit une froideur lui parcourir le dos.
« Pourquoi mon père payait-il l’école de mes enfants ? »
Sa mère détourna les yeux.
« Il voulait simplement les aider. »
« Ne me mens plus. Pas maintenant. »
Roxane s’approcha lentement du bureau.
« Marc, tu devrais arrêter de chercher. »
Il se retourna vers elle.
« Pourquoi ? Parce que je risque de découvrir quelque chose que vous m’avez caché ? »
Roxane resta silencieuse.
Marc reprit les documents et les étala sur le bureau. Certains virements remontaient à avant la naissance de Clara. D’autres avaient été effectués alors que Juliette était encore enceinte de Lucas. Mais un détail attira son attention : tous les paiements étaient associés à un numéro différent de celui des dossiers scolaires habituels.
Il prit son téléphone et photographia les relevés.
« Je vais appeler l’école. »
Sa mère pâlit.
« Non. »
Marc se figea.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’ils ne te donneront aucune information. »
« Comment peux-tu en être certaine ? »
Elle ne répondit pas.
Marc comprit qu’elle en savait beaucoup plus qu’elle ne voulait l’admettre.
Il sortit précipitamment du bureau, mais Roxane le suivit dans le couloir.
« Marc, écoute-moi. Tu crois que Juliette est partie parce qu’elle avait peur de toi. Ce n’est pas seulement ça. »
Il s’arrêta.
« Alors pourquoi ? »
Roxane baissa la voix.
« Elle avait découvert quelque chose avant le divorce. »
Le cœur de Marc se mit à battre plus vite.
« Quoi ? »
« Je ne sais pas exactement. Mais elle a rencontré quelqu’un plusieurs fois ces dernières semaines. »
« Qui ? »
Roxane hésita.
« Un homme qui connaissait ton père. »
Marc resta immobile.
« Tu l’as vu ? »
« Une seule fois. »
« Où ? »
« Devant l’ancien cabinet de ton père. »
Marc fronça les sourcils. Son père avait fermé ce cabinet des années auparavant, après sa mort officielle. Pourquoi quelqu’un continuerait-il à y rencontrer Juliette ?
Il attrapa ses clés.
« J’y vais. »
« Marc, attends. »
Il se retourna.
« Quoi encore ? »
Roxane le regarda avec une expression qu’il ne lui avait jamais vue auparavant.
« Si cet homme te demande pourquoi Juliette est partie avec les enfants, ne lui dis pas où ils sont. »
Marc sentit une nouvelle vague d’angoisse monter.
« Comment saurait-il où ils sont ? »
Roxane ne répondit pas.
À plusieurs centaines de kilomètres, Juliette venait d’atterrir avec Lucas et Clara. Elle récupéra leurs bagages, vérifia leurs passeports et sortit de l’aéroport par une porte secondaire comme le lui avait demandé son mystérieux correspondant. Un véhicule gris l’attendait à l’extérieur.
Le chauffeur descendit.
« Madame Juliette ? »
Elle hocha la tête.
« Qui vous envoie ? »
L’homme regarda autour de lui avant de répondre.
« Une personne qui connaissait votre père. »
Juliette se figea.
« Mon père est mort il y a douze ans. »
« Je sais. »
Il ouvrit la portière arrière.
« Mais certaines personnes ne meurent pas aussi facilement que leurs familles le racontent. »
Juliette ne bougea pas.
Elle regarda ses enfants, puis le chauffeur.
« Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? »
L’homme sortit une petite enveloppe de sa veste.
« Parce que votre mère vous avait demandé de ne jamais ouvrir ceci avant que Marc ne signe les papiers du divorce. »
Juliette sentit son cœur s’arrêter.
Sa mère était morte depuis longtemps.
Elle prit l’enveloppe d’une main tremblante.
À l’intérieur se trouvait une vieille clé et une courte lettre manuscrite.
Juliette reconnut immédiatement l’écriture.
Elle lut les premières lignes, puis son visage se décomposa.
La lettre disait que sa mère avait découvert, des années auparavant, que les deux enfants nés de son mariage avec Marc avaient fait l’objet d’un arrangement secret entre deux familles.
Juliette releva brusquement les yeux.
« Où est cette clé censée ouvrir ? »
Le chauffeur répondit simplement :
« Une maison que vous pensiez avoir vendue avant votre mariage. »
Juliette regarda la clé.
Elle reconnut le petit symbole gravé dessus.
C’était celui de la famille de Marc.
Pendant ce temps, Marc venait d’arriver devant l’ancien cabinet de son père. La porte était pourtant censée être condamnée depuis des années.
Mais lorsqu’il posa la main sur la poignée, elle s’ouvrit immédiatement.
À l’intérieur, une lumière était allumée.
Et sur le bureau poussiéreux de son père, quelqu’un avait laissé une seule feuille.
Marc s’en approcha.
En haut du document figuraient deux noms.
Lucas.
Clara.
Sous leurs noms, une troisième ligne était inscrite.
« Filiation biologique : vérification urgente. »







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