Divertissement

Il Trouva Deux Jumeaux Dans Sa Suite D’Hôtel — Puis Découvrit Que Leur Mère Était Officiellement Morte Depuis Neuf Ans

Lucas resta quelques secondes le téléphone à la main après qu’Antoine eut raccroché. Dans le tunnel, Anna tenait Samuel contre elle avec une force presque douloureuse, comme si quelqu’un pouvait encore surgir des murs pour le lui arracher. Julien observait son fils sans oser s’approcher. Samuel, lui, regardait cet homme qu’il avait appris à considérer comme mort avec une incompréhension silencieuse.

« Tu n’y vas pas seul », déclara Julien.

Lucas releva les yeux.

« C’est mon frère. »

« Justement. »

« Antoine aurait pu me faire du mal cent fois auparavant. »

Julien eut un sourire amer.

« Tu continues à croire que cette histoire a commencé ce soir. Elle a commencé avant même que nous sachions ce que nos pères avaient découvert. »

Lucas glissa la lettre d’Henri dans sa veste.

« Valois reste avec Anna et les enfants. Toi, tu viens avec moi. Mais tu restes hors de la salle jusqu’à ce que je te fasse signe. »


Anna s’approcha brusquement.

« Lucas. »

C’était la première fois qu’elle prononçait son prénom sans « Monsieur Moreau ».

« Ramenez-moi des réponses. Je ne veux plus de mensonges. De personne. »

Son regard passa vers Julien.

Celui-ci baissa les yeux.

Lucas acquiesça.

Quelques minutes plus tard, il entra seul dans la salle du conseil.

Antoine était assis à la place qu’occupait autrefois Henri Moreau. À cinquante ans, il ressemblait davantage à leur père que Lucas ne l’avait jamais remarqué : mêmes tempes grisonnantes, même manière de joindre les mains lorsqu’il réfléchissait. Devant lui se trouvaient trois dossiers et un vieux magnétophone numérique.

« Ferme la porte », dit Antoine.


Lucas ne le fit pas.

« Parle. »

Antoine soupira.

« Toujours aussi impatient. »

« Un enfant de trois ans vient d’être enlevé dans mon hôtel. Notre père m’a laissé une lettre parlant d’un réseau criminel. Julien Delcourt est vivant et tu veux me parler de la mort de maman. Alors oui, Antoine. Je suis impatient. »

À l’évocation de Julien, Antoine se raidit.

« Il est ici ? »

Lucas remarqua immédiatement sa réaction.

« Tu le croyais mort ? »

« Je l’espérais. »


Le silence devint glacial.

Lucas avança.

« Qu’est-ce qui s’est passé le 17 novembre 2007 ? »

Antoine ouvrit le premier dossier.

À l’intérieur se trouvaient des photographies du Wellington prises cette nuit-là.

Lucas reconnut sa mère, Claire Moreau.

Elle avait quarante-huit ans sur ces images. Elle portait encore son uniforme de gouvernante générale, celui qu’elle avait refusé d’abandonner même après que l’entreprise familiale avait commencé à prospérer.

« Maman travaillait cette nuit-là », expliqua Antoine. « Papa et Philippe Delcourt avaient organisé une réunion secrète dans la suite 1704. »

« Pourquoi elle ? »

« Parce qu’ils avaient besoin de quelqu’un qu’ils pouvaient croire incapable de les trahir. »


Lucas sentit monter une vieille colère.

« Et Philippe est mort cette nuit-là. »

Antoine acquiesça.

« Officiellement d’une crise cardiaque à son domicile. En réalité, il est mort ici. »

Lucas fixa son frère.

« Tu le savais depuis dix-neuf ans ? »

« J’étais là. »

Ces trois mots frappèrent Lucas plus violemment que tout le reste.

Antoine avait alors trente et un ans. Lucas vingt-sept. Pendant toutes ces années, son frère avait porté cette vérité sans jamais lui en parler.

« Comment est-il mort ? »


Antoine appuya sur le magnétophone.

Un souffle parasité remplit la pièce.

Puis la voix d’Henri Moreau.

« Philippe, si nous faisons ça demain, il n’y aura plus de retour possible. »

Une autre voix répondit :

« Il n’y en a déjà plus, Henri. »

Des bruits de déplacement. Une porte.

Puis une voix féminine.

Claire.

« Quelqu’un arrive. »


L’enregistrement devint confus.

Un choc.

Un homme cria.

Puis plus rien.

Antoine arrêta.

Lucas avait cessé de respirer normalement.

« Qui est entré ? »

« Je ne sais pas. Quand je suis arrivé, Philippe était au sol. Papa paniquait. Maman avait du sang sur sa manche. »

« Tu insinues qu’elle… »

« Non. »


Antoine frappa la table.

« Notre mère essayait de le sauver. »

Lucas resta silencieux.

Antoine ouvrit le deuxième dossier.

« Philippe avait été empoisonné. Une substance provoquant un arrêt cardiaque presque impossible à distinguer d’un infarctus sans recherche spécifique. »

« Qui l’a empoisonné ? »

« C’est précisément ce que maman avait découvert. »

Lucas sentit son ventre se nouer.

« Pourquoi ne l’a-t-elle jamais dénoncé ? »

Antoine eut soudain les yeux humides.


« Parce qu’on lui a montré une photographie de toi. »

Lucas ne comprit pas.

Antoine poussa une enveloppe vers lui.

À l’intérieur se trouvait une photo prise en 2007. Lucas sortait de son appartement. Au dos, une phrase :

**UN FILS POUR UN SECRET.**

Lucas resta figé.

« Ils l’ont menacée ? »

« Toi d’abord. Moi ensuite. Papa aussi. Maman a accepté de se taire. »

Lucas pensa aux dernières années de Claire, à son visage devenu progressivement plus fermé, à ses insomnies, à cette peur qu’il avait autrefois prise pour de l’anxiété.

« Et sa mort ? »


Antoine détourna le regard.

Claire Moreau était officiellement morte neuf ans auparavant d’un accident : chute dans l’escalier de sa maison.

« Ce n’était pas un accident », murmura Lucas.

Antoine ne répondit pas.

Il n’en avait pas besoin.

Lucas recula jusqu’à la fenêtre. Paris brillait sous lui. Pendant neuf ans, il avait cru que sa mère était morte seule après une chute absurde. Il se souvenait encore du dernier appel qu’il n’avait pas pris parce qu’il était en réunion à Londres.

Un appel qu’il n’avait jamais pu se pardonner.

« Qui ? »

« Je n’ai jamais pu le prouver. »

« Donne-moi un nom. »


Antoine ouvrit le troisième dossier.

Mais avant qu’il ne puisse le pousser vers Lucas, la porte s’ouvrit brutalement.

Julien entra.

Antoine se leva.

« Espèce d’imbécile. »

Julien s’arrêta.

« Ravi de te revoir aussi. »

Lucas regarda alternativement les deux hommes.

Il comprit immédiatement.

Ils se connaissaient.

Pas vaguement.

Intimement.

« Depuis quand travaillez-vous ensemble ? »

Julien regarda Antoine.

Antoine ferma les yeux.

« Depuis dix-huit mois. »

Lucas sentit la trahison lui brûler la poitrine.

« Tu savais qu’il était vivant. »

« Oui. »

Lucas saisit son frère par le col.

« Anna a enterré un cercueil vide ! Deux enfants ont pleuré leur père pendant dix-huit mois ! »

Antoine ne résista pas.

« Et ils sont vivants grâce à ça. »

Lucas le relâcha brutalement.

Julien prit la parole.

« Ma disparition devait attirer ceux qui cherchaient les preuves. Antoine m’a aidé à fabriquer ma mort. »

« Et l’homme qui a pris Samuel ? »

Les deux hommes échangèrent un regard.

Cette fois, Lucas le vit.

Ils savaient quelque chose.

« Qui était-ce ? »

Antoine poussa enfin le troisième dossier.

Sur la première page figurait la liste actuelle du conseil d’administration du Groupe Moreau.

Douze noms.

L’un était entouré.

**Gabriel Vasseur — Vice-président exécutif.**

Lucas connaissait Gabriel depuis l’enfance. Ami de son père. Parrain d’Antoine. Homme que Claire appelait autrefois « l’oncle Gabriel ».

« Impossible. »

« C’est ce que maman pensait aussi », répondit Antoine.

Julien posa le disque dur trouvé dans le coffre 317 sur la table.

« Nous avons besoin de la deuxième archive pour le prouver. »

Lucas regarda Samuel sur une photographie du dossier.

« Et cette archive nécessite les jumeaux. »

« Leurs informations », corrigea Julien. « Pas leur présence. »

Lucas allait répondre lorsque son téléphone vibra.

Un message venait d’un numéro inconnu.

Une photographie apparut.

Claire Moreau.

Vivante.

Plus âgée.

Assise près d’une fenêtre.

Lucas sentit ses jambes devenir molles.

Sous la photographie figurait une phrase :

**SI TU VEUX SAVOIR POURQUOI TA MÈRE A ACCEPTÉ DE MOURIR, VIENS À L’ADRESSE CI-DESSOUS. SEUL.**

Lucas leva lentement les yeux vers Antoine.

« Quand as-tu vu maman pour la dernière fois ? »

Son frère pâlit.

Et Lucas comprit, avant même qu’il réponde, qu’un dernier mensonge venait de s’effondrer.

« Il y a neuf ans », murmura Antoine.

Puis il ajouta :

« Mais je n’ai jamais vu son corps. »

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