Au moment où Étienne Caron recula de la porte de la loge, l’air entre nous se tendit comme un fil sur le point de rompre.
Son regard ne quitta pas mes bras couverts d’ecchymoses tandis que, au loin, les applaudissements montaient de la salle de réception comme une marée inconsciente du naufrage qui se jouait juste au-dessus.
« Dites-moi son nom », dit-il calmement.
J’hésitai trop longtemps.
Cela lui suffit.
Étienne glissa la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit son téléphone. La lumière de l’écran éclaira son visage d’une froideur que même les lustres de cristal n’auraient pu lui donner.
« Docteur Adrien Valmont », dit-il.
Ce n’était pas une question.
Mon silence confirma sa réponse.
Une lueur de compréhension traversa son visage. Pas de surprise, mais une sorte de calcul, comme si des pièces disposées depuis longtemps devant lui venaient enfin de s’emboîter.
« Ce n’est pas seulement un chirurgien, murmura Étienne. Il fait l’objet d’une enquête des autorités. »
Mon souffle se coupa.
Il s’approcha, prenant soin de ne pas me toucher, comme s’il craignait que je me brise.
Ou que ce soit lui.
« Camille, j’ai demandé à la sécurité de déposer mes boutons de manchette ici parce que j’avais besoin de dix minutes sans être dérangé avant le gala. »
Il marqua une pause, le regard soudain plus perçant.
« Parce que je savais déjà que vous ne me diriez rien. »
Le monde sembla basculer autour de moi.
« Vous saviez ? » murmurai-je.
Étienne acquiesça une seule fois.
« Cela fait trois mois que je sais pour Valmont. »
Dans le couloir, des pas approchaient. Des voix répétaient leurs discours, tandis que des rires donnaient à cette soirée une apparence d’innocence parfaitement maîtrisée.
Étienne regarda la porte, puis reporta les yeux sur moi.
« Ce n’est pas une coïncidence, dit-il. C’est une opération destinée à le contenir. »
Mon cœur manqua un battement.
Son regard revint enfin sur mes ecchymoses, et quelque chose se fissura dans son calme. Pas au point de lui faire perdre le contrôle.
Au contraire.
Une détermination nouvelle venait de prendre sa place.
« Vous avez dit qu’il n’y avait personne que je puisse punir, reprit-il.
— Je n’ai jamais dit ça. »
La porte derrière nous émit un déclic.
Elle ne venait pas de s’ouvrir.
Quelqu’un venait de la verrouiller.
De l’extérieur.
Une voix calme résonna dans le système de communication du couloir.
« Monsieur Caron, la scène est prête pour la présentation du docteur Valmont. »
Étienne ne répondit pas.
À la place, il tourna son téléphone vers moi afin que je puisse voir l’écran.
Mon propre dossier professionnel y était affiché, marqué d’une classification que je n’avais jamais vue auparavant.
Tout en bas, une ligne apparaissait en rouge :
OBSERVATRICE AUTORISÉE : CAMILLE MOREAU — STATUT ACTIF.
Je reculai brusquement.
« Ce n’est pas mon nom », murmurai-je.
La voix d’Étienne devint si basse qu’il m’était presque impossible d’en comprendre l’émotion.
« Plus maintenant. »







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