Divertissement

Le soir où mon mari a voulu me faire passer pour instable, j’ai découvert ma signature sur un document concernant notre fille

Je suis sortie du café sans même finir mon café.

Claire me suivait.

« Camille, attends. »

Je marchais déjà vers la voiture.

« Ils sont chez ma sœur avec ma fille. »

« Je viens avec toi. »

Je me retournai.

« Non. »

Elle s’arrêta.

« Pourquoi ? »


« Parce que si Julien te voit avec moi, il saura immédiatement que tu m’as parlé. »

Claire pâlit.

Je lui tendis la main.

« Donne-moi ton téléphone. »

Elle hésita.

« Pourquoi ? »

« Je veux la photo du tableau, maintenant. Et ensuite tu rentres chez toi comme si rien ne s’était passé. »

Elle me l’envoya.

Puis elle saisit mon poignet.

« Camille, fais attention. Julien est terrifié à l’idée de perdre le contrôle. Quand il a peur, il devient très calme. C’est là qu’il est le plus dangereux. »


Cette phrase resta avec moi pendant tout le trajet.

À mon arrivée devant l’immeuble de Sophie, les deux policiers étaient encore là.

Julien aussi.

Il portait la même chemise que la veille.

Parfaitement repassée.

Parfaitement calme.

Dès qu’il me vit, son visage changea juste assez pour jouer le mari inquiet.

« Camille. Enfin. »

Je ne répondis pas.

Un policier s’avança.


« Madame Moreau ? »

« Oui. »

« Votre mari nous a signalé une situation concernant votre fille. »

Julien intervint aussitôt.

« Je veux seulement m’assurer que Léa va bien. »

Je tournai la tête vers lui.

« Arrête. »

Le policier leva légèrement la main.

« Madame, laissez-nous comprendre la situation. »

Je pris une inspiration.


« Ma fille va bien. Elle est avec ma sœur. Nous avons quitté hier soir le domicile des parents de mon mari après qu’on m’a présenté un document portant une signature falsifiée censée prouver que j’acceptais de lui confier Léa. »

Le second policier regarda Julien.

« Monsieur ? »

Julien soupira.

« Elle interprète mal les choses. »

Je sortis l’enveloppe de mon sac.

« Voici le document. »

Le premier policier le parcourut.

Ses yeux s’arrêtèrent sur la signature.

Julien resta impassible.


« C’est un projet préparé dans le cadre d’une situation familiale difficile. »

« Avec ma fausse signature dessus ? »

« Tu l’as peut-être signé et tu ne t’en souviens pas. »

Le silence tomba immédiatement.

Je compris ce qu’il venait de faire.

Il ne niait même plus.

Il utilisait exactement le récit qu’il construisait depuis des mois.

Le policier me regarda.

« Madame, avez-vous déjà eu des épisodes de perte de mémoire ? »

Avant, cette question m’aurait terrifiée.


Cette fois, non.

« J’ai eu des périodes de confusion et de fatigue. Ce matin, j’ai fait des prélèvements parce que je soupçonne qu’on m’a administré quelque chose à mon insu. »

Julien cligna des yeux.

Une seule fois.

Mais je le vis.

« Qu’est-ce que tu racontes ? »

Je le regardai.

« Léa t’a vu mettre quelque chose dans mon thé. »

Son visage ne bougea presque pas.

Presque.


« Notre fille a huit ans. Elle a probablement vu des vitamines ou un médicament que tu prends déjà. »

« Je ne prends aucun médicament dans mon thé. »

Le second policier nota quelque chose.

Julien fit un pas vers moi.

« Camille, regarde-toi. Tu transformes tout en complot. »

Je sortis mon téléphone.

« Très bien. Alors explique-moi ça. »

Je montrai la photo du tableau.

Julien regarda l’écran.

Cette fois, son calme se fissura.


« Où as-tu trouvé ça ? »

La question sortit trop vite.

Le policier leva immédiatement les yeux.

Moi aussi.

« Donc tu reconnais ce tableau ? »

Julien comprit son erreur.

« Non. Je demande simplement— »

« Tu viens de demander où je l’avais trouvé. »

Il se tut.

Le premier policier me demanda de lui envoyer la photo.


Je le fis.

Puis il se tourna vers Julien.

« Monsieur Moreau, est-ce que ce document provient de votre ordinateur ? »

« Je ne sais pas. »

« Vous venez de sembler le reconnaître. »

« Parce que ma femme me montre une photo sans contexte. »

La porte de l’immeuble s’ouvrit.

Sophie apparut.

Léa était derrière elle.

Dès qu’elle me vit, elle courut vers moi.


« Maman ! »

Je m’accroupis pour la serrer contre moi.

Julien fit un pas en avant.

« Léa, viens voir papa. »

Elle se raidit.

Je le sentis immédiatement.

Ses doigts s’accrochèrent à mon manteau.

Le policier aussi le remarqua.

« Léa », demanda-t-il doucement, « est-ce que tu veux parler avec nous quelques minutes ? »

Julien intervint.

« Ce n’est pas nécessaire. Elle est déjà stressée. »

Le policier le regarda.

« Monsieur, laissez-nous faire notre travail. »

Nous montâmes dans l’appartement.

Léa fut installée dans le salon avec Sophie et une policière arrivée quelques minutes plus tard.

Julien resta dans l’entrée avec moi et les deux agents.

Il ne cessait de regarder son téléphone.

Puis le mien.

Comme s’il essayait de comprendre ce que j’avais découvert.

Vingt minutes plus tard, la policière ressortit du salon.

Son expression avait changé.

Elle parla brièvement à son collègue.

Je n’entendis qu’une phrase.

« L’enfant décrit plusieurs scènes similaires. »

Julien se redressa.

« C’est absurde. »

La policière se tourna vers lui.

« Monsieur Moreau, votre fille dit vous avoir vu verser le contenu d’un petit sachet blanc dans une boisson destinée à sa mère à plusieurs reprises. »

« Des compléments alimentaires. »

Je le fixai.

C’était la première fois qu’il donnait une explication précise.

« Lesquels ? »

Il se tourna vers moi.

« Magnésium. »

« Quelle marque ? »

Il resta silencieux.

« Où est la boîte ? »

« À la maison. »

Le premier policier prit la parole.

« Il serait utile de la récupérer. »

Julien répondit immédiatement.

« Bien sûr. »

Trop immédiatement.

Je compris alors quelque chose.

S’il pouvait rentrer avant nous, tout ce qui comptait disparaîtrait.

« Je veux y aller avec vous. »

Julien secoua la tête.

« Hors de question. Tu n’es pas en état. »

Le policier répondit à ma place.

« Madame peut accompagner la démarche si elle réside également au domicile. »

Julien serra la mâchoire.

Pour la première fois, je vis de la peur.

Une vraie peur.

Nous quittâmes l’appartement trente minutes plus tard.

Sophie resta avec Léa.

J’étais assise à l’arrière d’un véhicule de police.

Julien suivait dans sa voiture.

Quand nous arrivâmes devant notre immeuble, quelque chose n’allait pas.

La porte de notre appartement était entrouverte.

Julien s’immobilisa derrière moi.

« Je l’avais fermée. »

Les policiers entrèrent les premiers.

Le salon semblait normal.

La cuisine aussi.

Puis nous atteignîmes le bureau de Julien.

Tous les tiroirs étaient ouverts.

Son ordinateur avait disparu.

Je me retournai vers lui.

Il était devenu blanc.

« Quelqu’un est venu ici », murmura-t-il.

Le policier examina la pièce.

« Il manque autre chose ? »

Julien regarda l’étagère.

Puis le placard.

Et soudain, son expression changea.

Il se précipita vers une petite armoire verrouillée.

La porte avait été forcée.

À l’intérieur, il ne restait qu’une boîte vide.

« Non… »

C’était presque un souffle.

Je m’approchai.

« Qu’est-ce qui était là ? »

Il ne répondit pas.

Le policier répéta la question.

« Monsieur Moreau ? »

Julien me regarda.

Et pour la première fois depuis le début, il avait complètement perdu son calme.

« Tu ne comprends pas. »

« Alors explique-moi. »

Il passa une main sur son visage.

Puis son téléphone vibra.

Un message apparut sur l’écran avant qu’il ne puisse le retourner.

Je n’en vis qu’une partie.

Mais c’était suffisant.

Tout a été récupéré. Ne dis rien à Camille.

Le numéro n’était pas enregistré.

Julien verrouilla immédiatement l’écran.

Trop tard.

Le policier avait vu le message lui aussi.

Et moi, je venais de comprendre une chose encore plus inquiétante.

Julien n’avait peut-être pas construit tout cela seul.

À suivre — cliquez sur la Partie 4 pour continuer.

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