Divertissement

Le soir où mon mari a voulu me faire passer pour instable, j’ai découvert ma signature sur un document concernant notre fille

Le message de Françoise resta affiché sur mon écran pendant près d’une minute.

Si tu vas trop loin avec la police, tu risques de découvrir quelque chose sur Léa que tu préférerais ne jamais savoir.

Je le relus encore.

Puis une troisième fois.

Chaque lecture faisait naître une peur différente.

Au début, j’ai pensé à une maladie.

Ensuite à un accident ancien.

Puis à quelque chose que Julien m’aurait caché depuis la naissance de notre fille.

Et enfin, à la possibilité la plus terrible.

Que Françoise essayait simplement de me faire peur parce que tout le reste avait échoué.


Je fis une capture d’écran.

Puis je transférai immédiatement les messages à l’un des policiers qui m’avait donné ses coordonnées.

Je n’allais plus commettre la même erreur.

Plus rien ne resterait enfermé uniquement dans mon téléphone.

Je répondis ensuite à Françoise.

Qu’est-ce que je devrais savoir sur Léa ?

Elle ne répondit pas.

Je tentai de l’appeler.

Messagerie.

Encore une fois.


Messagerie.

Je retournai chez Sophie avec l’enveloppe du médecin serrée contre moi.

Dès que j’entrai, elle comprit que quelque chose avait changé.

« Les résultats ? »

Je posai les documents sur la table.

« Ils ont trouvé une substance compatible avec les symptômes que j’avais. »

Sophie se figea.

« Donc Léa avait raison. »

Je hochai lentement la tête.

Prononcer cette vérité à voix haute me donnait encore la nausée.


« Il faut laisser les enquêteurs déterminer exactement comment et quand je l’ai ingérée. Mais oui. Il y avait bien quelque chose dans mon organisme. »

Sophie jura à voix basse.

Je sortis ensuite mon téléphone.

« Et Françoise m’a envoyé ça. »

Elle lut le message.

Son visage changea immédiatement.

« Camille, ne va surtout pas la voir seule. »

« Je n’ai pas l’intention de le faire. »

« Elle parle de Léa pour te faire paniquer. »

« Peut-être. »


« Tu penses qu’elle sait vraiment quelque chose ? »

Je regardai ma fille dans le salon.

Elle était assise par terre devant un dessin animé, complètement absorbée.

Huit ans.

Huit années pendant lesquelles j’avais cru connaître les fondations de notre famille.

Maintenant, je ne savais même plus lesquelles étaient réelles.

« Je pense qu’elle veut quelque chose de moi », répondis-je.

« Quoi ? »

« Que j’arrête. »

Le soir même, Claire m’appela.


Pas de message cette fois.

Un appel.

Je m’enfermai dans la chambre d’amis.

« Allô ? »

Sa respiration était courte.

« Maman sait que je t’ai parlé. »

« Elle te l’a dit ? »

« Pas directement. Mais elle est venue chez moi. »

« Qu’est-ce qu’elle voulait ? »

« Savoir si j’avais copié les fichiers de Julien. »


Je me redressai.

« Comment elle sait qu’ils ont été copiés ? »

« Je ne sais pas. »

Puis Claire ajouta :

« Camille, elle était terrifiée. Pas en colère. Terrifiée. »

« Est-ce qu’elle a parlé de Léa ? »

Silence.

« Claire ? »

« Oui. »

Mon estomac se noua.


« Qu’est-ce qu’elle a dit ? »

« Elle m’a demandé si je t’avais raconté “ce qui s’était passé avant la naissance de Léa”. »

Je cessai de bouger.

« Qu’est-ce qui s’est passé avant sa naissance ? »

« Je ne sais pas. »

« Ne me mens pas. »

« Je te jure que je ne sais pas. Mais il y a quelque chose d’autre sur la clé USB. »

« Quoi ? »

« Un dossier que je n’ai pas ouvert. Il était protégé par mot de passe. »

« Quel nom ? »


Claire hésita.

Puis répondit :

« L8. »

Léa.

Huit ans.

Je le compris immédiatement.

« Tu crois que ça concerne elle ? »

« Je n’en sais rien. Mais le dossier a été créé il y a presque neuf ans. »

Je fermai les yeux.

Presque neuf ans.


Avant la naissance de Léa.

« Est-ce que Julien peut savoir qu’on essaie de l’ouvrir ? »

« Pas si tu le fais sur un ordinateur hors ligne. »

Je regardai la clé USB posée sur la commode.

Je ne l’avais pas encore entièrement explorée.

J’avais transmis une copie aux autorités dans la matinée.

Mais le dossier protégé était toujours là.

« Tu connais le mot de passe ? »

« Non. »

« Tu as essayé quoi ? »


« Des anniversaires. Des prénoms. Des dates. Rien. »

Puis elle ajouta :

« Mais je pense que maman le connaît. »

Je regardai de nouveau le message de Françoise.

Elle voulait me voir seule.

Elle voulait que je ralentisse.

Et elle parlait d’un secret concernant Léa.

Cette nuit-là, je pris une décision.

Je n’allais pas attendre qu’elle choisisse ce qu’elle voulait me révéler.

Le lendemain matin, je contactai une avocate recommandée par le médecin.

Maître Élodie Garnier.

Elle me reçut à onze heures dans son cabinet près de la place Bellecour.

Je lui racontai tout.

Le faux document.

Les mois d’accusations.

Le tableau des doses.

Le témoignage de Léa.

Les analyses.

La clé USB.

Les messages de Françoise.

Elle ne m’interrompit presque jamais.

Quand j’eus terminé, elle resta quelques secondes silencieuse.

Puis elle demanda :

« Est-ce que Julien a déjà parlé de séparation avant tout cela ? »

« Non. »

« D’une autre femme ? »

« Non. »

« D’argent ? »

« Pas directement. »

Elle prit un stylo.

« Et votre appartement ? »

« Nous sommes tous les deux sur le crédit. »

« Épargne ? »

« Comptes communs et quelques placements séparés. »

« Assurance-vie ? »

La question me surprit.

« Oui. Pourquoi ? »

« Bénéficiaire ? »

« Julien, je crois. Et Léa en second. »

Elle hocha la tête.

« Ce qui m’intéresse surtout, c’est le motif. »

« Il veut Léa. »

« Peut-être. »

Elle posa son stylo.

« Mais fabriquer pendant des mois la dégradation psychologique supposée de son épouse, falsifier une signature, documenter des incidents à l’avance et potentiellement administrer une substance, c’est beaucoup de risques simplement pour obtenir un avantage dans une séparation. »

Je la fixai.

« Vous pensez qu’il voulait autre chose. »

« Je pense qu’on ne connaît pas encore tout. »

Cette phrase me poursuivit jusqu’à chez Sophie.

À seize heures douze, Françoise me rappela enfin.

Je décrochai immédiatement.

« Qu’est-ce que vous savez sur Léa ? »

Elle ne répondit pas à ma question.

« Il faut qu’on se rencontre. »

« Non. Vous me le dites maintenant. »

« Pas au téléphone. »

« Alors nous nous voyons avec mon avocate. »

« Certainement pas. »

Sa réaction fut trop rapide.

« Dans ce cas, nous n’avons rien à nous dire. »

Je m’apprêtais à raccrocher.

« Camille, attends. »

Je gardai le silence.

Sa voix changea.

Elle semblait plus vieille.

« Il y a huit ans, juste avant ton accouchement, Julien a fait quelque chose que je lui ai toujours interdit de te révéler. »

Je m’assis lentement.

« Quoi ? »

« Je ne peux pas t’expliquer comme ça. »

« Essayez. »

Elle inspira.

« Est-ce que tu te souviens de la clinique où Léa est née ? »

« Bien sûr. »

« Et du fait qu’elle a été emmenée plusieurs heures après l’accouchement parce qu’elle avait du mal à respirer ? »

Mon cœur se mit à battre plus vite.

Je m’en souvenais parfaitement.

J’avais été épuisée.

Sous médicaments.

Julien allait et venait entre ma chambre et le service néonatal.

« Oui. »

Françoise continua.

« Ce soir-là, Julien m’a appelé. »

« Pourquoi ? »

Silence.

Puis elle prononça une phrase que je n’aurais jamais imaginé entendre.

« Parce qu’il venait de recevoir le résultat d’un test qu’il avait fait sans ton accord. »

Je ne respirais plus.

« Quel test ? »

Elle se mit à pleurer.

« Un test de paternité. »

Le monde sembla s’immobiliser.

« C’est impossible. »

« Camille… »

« Pourquoi aurait-il fait un test de paternité sur un nouveau-né ? »

« Parce qu’il avait des doutes. »

Je me levai brusquement.

« Des doutes sur quoi ? Je ne l’ai jamais trompé. »

« Je sais. »

« Alors pourquoi ? »

Françoise pleurait maintenant ouvertement.

« Parce que ce n’était pas toi qu’il soupçonnait. »

Je ne compris pas.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Un silence interminable.

Puis :

« Julien savait déjà, avant ta grossesse, qu’il y avait une possibilité qu’il ne puisse jamais avoir d’enfant. »

Je restai figée.

« De quoi vous parlez ? »

« Il avait fait des examens. Il ne te l’avait jamais dit. »

Ma main tremblait autour du téléphone.

« Et le test ? »

Françoise inspira difficilement.

« Le résultat disait que Julien n’était pas le père biologique de Léa. »

Je fermai les yeux.

Tout disparut autour de moi.

Puis une seule question resta.

« Alors qui est son père ? »

Françoise ne répondit pas.

À la place, elle murmura :

« C’est justement ce que Julien a passé huit ans à empêcher que tu découvres. »

À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour continuer.

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