Divertissement

Mes Parents Ont Séché Ma Remise De Diplôme Pour Le Match De Mon Frère — Puis Un Colonel Décoré M’a Saluée Devant Tout Le Monde

Personne ne parla.

Dans la petite pièce dissimulée derrière le bureau de mon père, l’air semblait soudain trop lourd pour respirer.

Je regardai successivement Laurent, Renaud, Lucas et ma mère.

Puis mes yeux revinrent vers le colonel.

Il était le seul, parmi nous, à avoir été présent à Black Ridge.

Renaud comprit exactement ce que je pensais.

« Emma… »

« Ne dites rien tant que vous n’êtes pas prêt à me dire toute la vérité. »

Un nouveau choc ébranla la porte métallique.

Laurent leva son arme.


« On réglera ça après être sortis d’ici. »

« Non. »

Ma voix claqua plus fort que je ne l’aurais cru.

Je montrai la radio silencieuse.

« Antoine vient de dire que celui qui les a vendus est dans cette pièce. Si quelqu’un essaie d’entrer, je veux savoir si je dois avoir peur de la personne derrière cette porte ou de celle qui se tient à côté de moi. »

Renaud baissa lentement la tête.

Et ce simple mouvement me donna ma réponse.

« C’était vous. »

Maman étouffa un sanglot.

Lucas recula.


Laurent ne détourna pas son arme de la porte, mais son regard se fixa sur Renaud.

« Philippe ? »

Le colonel s’assit lourdement devant la console éteinte.

« J’ai transmis les coordonnées. »

J’eus l’impression de recevoir un coup dans la poitrine.

« Quelles coordonnées ? »

« Le point d’extraction de Black Ridge. »

« À qui ? »

Il regarda la photographie du général Delcourt.

« À lui. »


Le silence devint glacial.

« Pourquoi ? »

« Parce qu’il était notre supérieur opérationnel. »

Renaud releva les yeux vers moi.

« Antoine avait découvert qu’un réseau de contrebande utilisait certaines opérations militaires comme couverture. Des armes saisies disparaissaient. Des véhicules changeaient de destination. Des cargaisons officiellement détruites réapparaissaient ailleurs. Antoine avait récupéré des documents qui pouvaient prouver qu’un officier de haut rang protégeait le réseau. »

« Delcourt. »

« Nous le soupçonnions. Nous ne pouvions pas encore le prouver. »

« Et malgré ça, vous lui avez donné votre position ? »

Renaud serra les poings.

« Nous étions encerclés. Deux hommes étaient blessés. Notre radio principale ne fonctionnait plus. J’ai utilisé le canal d’urgence que Delcourt nous avait donné avant la mission. »


Sa voix se brisa légèrement.

« Il m’a répondu personnellement. Il m’a assuré qu’une équipe venait nous chercher. Il m’a demandé les coordonnées exactes. »

Je compris avant qu’il ne continue.

« L’équipe n’est jamais venue. »

« Non. »

« Mais les hommes qui vous ont attaqués, eux, sont venus. »

Renaud ferma les yeux.

« Douze minutes plus tard. »

Lucas murmura :

« Mon Dieu. »


Je ne ressentais aucune compassion.

Pas encore.

« Antoine vous avait dit de ne pas transmettre cette position ? »

Renaud ne répondit pas immédiatement.

Cela suffisait.

« Il vous l’avait interdit. »

« Oui. »

La colère monta en moi.

« Alors il avait raison. Vous les avez vendus. »

« Je pensais sauver mes hommes. »


« Vous avez désobéi à l’homme qui venait de découvrir une taupe dans votre commandement. »

« Oui. »

Cette fois, il ne chercha pas à se défendre.

Un troisième choc secoua la porte.

Laurent se retourna.

« Celui qui est derrière va finir par l’ouvrir. »

Renaud se leva.

« Il existe peut-être une autre sortie. »

« Comment le savez-vous ? » demandai-je.

Il me regarda.


« Parce que ce système ressemble aux caches que nous utilisions à l’époque. »

Il passa la main le long du mur derrière les écrans.

Ses doigts trouvèrent un petit renfoncement.

Un panneau s’ouvrit.

Derrière se trouvait un étroit conduit menant vers le garage.

Laurent fit passer maman et Lucas en premier.

Je m’apprêtais à les suivre lorsque je remarquai quelque chose sous la console.

Une feuille pliée.

Je l’attrapai.

C’était une photocopie d’un ordre militaire.


En haut figurait une date : le lendemain de Black Ridge.

Plus bas, une phrase était entourée en rouge.

**Lieutenant Philippe Renaud — déclaration de perte du matériel classifié, enregistrée à 04 h 17.**

À côté, quelqu’un avait écrit à la main :

**La mallette n’avait pas encore disparu à 04 h 17.**

Je me tournai.

« Renaud. »

Il regarda le document.

Son visage se décomposa.

« Où avez-vous trouvé ça ? »


« Sous la console. »

Je lui tendis la feuille.

« Vous avez déclaré la mallette perdue avant que Robert ne l’intercepte. »

Il ne répondit pas.

« Dans le sous-sol, vous avez dit que les preuves avaient disparu parce que Robert les avait interceptées. »

« C’est ce que j’ai cru pendant des années. »

« Mais votre propre rapport dit autre chose. »

Laurent prit le document.

« Philippe, explique. »

Renaud fixa la date.


« Ce n’est pas mon rapport. »

Je ris sans joie.

« Votre nom est dessus. »

« Ma signature n’y est pas. »

Laurent approcha la feuille de la lumière de son téléphone.

En bas se trouvait effectivement une validation administrative.

Pas celle de Renaud.

Celle d’un officier supérieur.

**Commandant Armand Delcourt.**

Un bruit de métal tordu retentit derrière nous.

La porte allait céder.

« Sortez ! » cria Laurent.

Nous rampâmes dans le conduit.

Je fus la dernière avant Renaud.

À peine avions-nous atteint le garage qu’un fracas retentit derrière nous.

Quelqu’un venait d’entrer dans la pièce secrète.

Laurent éteignit sa lampe.

Nous restâmes immobiles dans l’obscurité.

Des pas.

Lents.

Contrôlés.

Puis plus rien.

Une minute passa.

Deux.

Enfin, Laurent ouvrit prudemment la porte du garage.

Personne.

Mais la porte principale de la maison était désormais ouverte.

Sur le seuil se trouvait mon père.

Robert.

Il avait du sang sur la tempe.

Sa veste était déchirée.

Et il tenait dans sa main droite la mallette métallique dont ma mère avait parlé.

Lucas poussa un cri.

« Papa ! »

Laurent leva immédiatement son arme.

« Posez la mallette. »

Robert obéit.

Puis il regarda Renaud.

« Alors Antoine lui a enfin dit ? »

Je m’avançai.

« Il a dit que tu n’avais pas trahi Black Ridge. »

Mon père eut un sourire épuisé.

« Au moins, il m’accorde encore ça. »

« Où étais-tu ? »

« À essayer de trouver celui qui a coupé l’électricité. »

« Et tu l’as trouvé ? »

Robert essuya le sang sur sa tempe.

« Non. Lui m’a trouvé. »

Il désigna la mallette.

« Il voulait ça. »

Je regardai l’objet métallique.

« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »

« Pas les preuves de Black Ridge. Plus maintenant. »

Renaud fronça les sourcils.

« Alors pourquoi la garder pendant dix-huit ans ? »

Robert le fixa avec une haine froide.

« Parce qu’elle contenait quelque chose de plus dangereux. »

Il s’agenouilla, composa une combinaison et ouvrit la mallette.

À l’intérieur, il n’y avait ni dossiers ni armes.

Seulement un vieux magnétophone militaire protégé par de la mousse.

Et trois cassettes.

Sur la première était écrit :

**BLACK RIDGE — 23 h 41.**

Sur la deuxième :

**APRÈS L’ATTAQUE — 02 h 13.**

La troisième portait une date vieille de seulement six mois.

Et un nom.

**DELCOURT / ANTOINE.**

Je regardai mon père.

« Antoine et Delcourt se sont rencontrés il y a six mois ? »

Robert hocha la tête.

« Oui. »

Renaud pâlit.

« Où ? »

« Balard. »

Tout sembla se mettre en place d’un seul coup.

Le billet de train.

L’adresse.

L’ordre de venir seule.

Le message disant que Balard n’était plus sûr.

Je pris la troisième cassette.

« Pourquoi Antoine rencontrerait-il l’homme responsable de Black Ridge ? »

Robert me regarda.

« Parce qu’Antoine ne cherchait plus seulement à faire tomber Delcourt. »

« Alors quoi ? »

Mon père hésita.

« Il essayait de découvrir lequel de vous deux Delcourt avait choisi. »

Je fronçai les sourcils.

« Lequel de nous deux ? »

Robert regarda Renaud.

Puis moi.

« Après Black Ridge, Delcourt avait compris que les preuves pouvaient refaire surface un jour. Il a donc préparé deux protections. Une à l’intérieur de l’armée. »

Ses yeux se posèrent sur Renaud.

« Et une autre pour la génération suivante. »

Je sentis mon ventre se nouer.

« Moi ? »

Robert hocha lentement la tête.

« Ton affectation n’est pas une récompense, Emma. »

Je pensai au dossier que j’avais posé sur la table quelques heures plus tôt.

À la signature du général Delcourt.

À la fierté que j’avais ressentie.

« Alors qu’est-ce que c’est ? »

Mon père répondit à voix basse.

« Une façon de te placer exactement là où il peut te surveiller. »

Je serrai la cassette entre mes doigts.

« Pourquoi moi ? »

Robert ne répondit pas.

À la place, il regarda ma mère.

Son visage changea.

Maman était devenue blanche.

« Claire », murmura-t-il.

Elle secoua la tête.

« Pas maintenant. »

« Elle doit savoir. »

« Robert, non. »

Je les regardai tour à tour.

« Savoir quoi ? »

Maman se mit à pleurer.

Pas comme auparavant.

Cette fois, elle semblait terrifiée par moi.

« Emma… il y a quelque chose que je ne t’ai jamais dit à propos d’Antoine. »

Avant qu’elle puisse continuer, le vieux magnétophone se mit soudain en marche tout seul.

La cassette DELCOURT / ANTOINE tournait.

Une voix grésillante emplit le garage.

Celle de Delcourt.

« Elle ne doit jamais découvrir pourquoi Antoine l’a laissée chez les Moreau. »

Puis une seconde voix répondit.

Antoine.

« Elle finira par le découvrir. Emma a toujours été la clé. »

Je cessai de respirer.

La bande continua.

Et Delcourt prononça une phrase qui fit s’effondrer tout ce que je croyais savoir sur ma propre vie.

« Alors prions pour qu’elle ne découvre jamais ce qu’il y avait réellement dans son dossier de naissance. »

**À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour lire la suite.**

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