Divertissement

Mon mari m’a battue puis a prétendu que j’avais « glissé dans la douche » — jusqu’à ce que mon frère médecin entre dans ma chambre

L’obscurité ne dura que trois secondes.

Mais trois secondes suffirent pour que mon corps se souvienne de tout.

La cuisine.

Le sol froid.

La voix d’Étienne près de mon oreille.

Je me redressai brusquement et une douleur fulgurante traversa mes côtes.

— Ne bouge pas !

La voix de Lucas surgit dans le noir.

Les lumières de secours s’allumèrent, teintant la chambre d’une lueur pâle.

Morel avait déjà sorti son arme.


Un agent ouvrit la porte.

— Coupure uniquement dans cette aile. Les générateurs prennent le relais.

Lucas regarda immédiatement mes moniteurs.

Ils fonctionnaient toujours.

— Personne n’entre ici sans mon autorisation.

Morel secoua la tête.

— À partir de maintenant, même votre autorisation ne suffit plus. Deux policiers restent devant cette porte.

L’infirmière qui avait signalé la tentative d’accès au dossier tenait encore sa tablette contre elle.

— Le poste de la direction, répétai-je. Qui l’utilisait ?

Elle hésita.


— L’identifiant enregistré appartient à Madame Delcourt.

Lucas fronça les sourcils.

— La directrice administrative ?

— Oui.

Je connaissais ce nom.

Claire Delcourt.

Je l’avais rencontrée deux fois lors de galas de financement de l’hôpital. Toujours impeccable, toujours souriante.

Et surtout, toujours très chaleureuse avec Étienne.

— Elle connaît mon mari, dis-je.

Lucas se tourna vers moi.


— Comment ça ?

— Apex a participé à la rénovation d’une aile de l’hôpital l’année dernière.

Lucas resta figé.

— Celle où se trouvent les bureaux administratifs.

Personne n’eut besoin d’expliquer ce que cela impliquait.

Morel donna immédiatement l’ordre de localiser Claire Delcourt.

Deux agents partirent vers la direction pendant qu’un technicien informatique isolait les accès au réseau.

Je demandai à Lucas de reprendre le dossier bleu.

— Cherche Apex et Saint-Louis.

Il lança une recherche.


Douze résultats apparurent.

La plupart concernaient des factures parfaitement ordinaires liées aux travaux de rénovation.

Mais une ligne attira mon attention.

**Médicis Services — conseil conformité — 18 600 €.**

Le paiement avait été enregistré comme dépense liée au chantier de Saint-Louis.

— Voilà le pont, murmurai-je.

Morel se pencha vers l’écran.

— Entre Apex, Médicis et l’hôpital.

— Peut-être.

Je refusais encore de tirer une conclusion avant d’avoir les pièces manquantes.


C’était une habitude professionnelle.

Suivre l’argent.

Toujours.

Lucas ouvrit les documents liés à cette transaction.

La facture comportait une signature d’approbation numérique.

**C. Delcourt.**

Lucas jura à voix basse.

Quelques minutes plus tard, un policier revint.

Seul.

— Son bureau est vide.


— Où est-elle ? demanda Morel.

— Personne ne sait. Son assistante affirme qu’elle est partie il y a environ quarante minutes.

Quarante minutes.

Avant la coupure.

Avant la découverte du message.

Peut-être même avant que nous ayons identifié Médicis Services.

— Les caméras ? demanda Lucas.

— On vérifie.

Le téléphone de Morel sonna.

Il écouta quelques secondes.


Puis son regard se posa sur moi.

— Madame, nous avons déverrouillé partiellement le téléphone de votre mari grâce au mandat.

Mon cœur accéléra.

— Et ?

— Une grande partie des conversations chiffrées a été effacée automatiquement. Mais les métadonnées sont toujours là.

— Avec qui parlait-il ?

— Un contact enregistré uniquement sous la lettre « C ».

Lucas et moi regardâmes simultanément la facture affichée.

Claire.

Mais Morel leva une main.


— Ne concluons rien trop vite. « C » peut désigner n’importe qui.

J’appréciai cette prudence.

Parce qu’Étienne adorait les évidences trop parfaites.

— Les messages peuvent-ils être récupérés ?

— Certains.

Il fit défiler son écran.

— Nous en avons déjà un datant d’hier soir.

Il me regarda avant de lire.

— « Elle a lancé l’audit. Ce soir, on règle le problème. »

Le froid envahit mes bras.


— Heure ?

— 21 h 14.

Je savais exactement où j’étais à 21 h 14.

Dans la cuisine.

Étienne venait de rentrer.

Il avait posé mon téléphone sur le comptoir.

Quelques minutes plus tard, il avait commencé à me questionner sur l’audit.

— Il savait avant de me demander, murmurai-je.

— Savait quoi ? demanda Lucas.

— Que j’avais demandé l’audit.


Je n’avais prévenu qu’une seule personne extérieure à mon avocat.

Le cabinet chargé de l’examen indépendant.

Morel comprit immédiatement.

— Quel cabinet ?

— Valmont & Associés.

— Qui était votre interlocuteur ?

— Marc Valmont.

Morel donna le nom à son équipe.

À peine avait-il terminé qu’un autre agent apparut à la porte.

— Commandant, nous avons retrouvé Madame Delcourt.

Tout le monde se raidit.

— Où ?

— Parking souterrain. Niveau moins trois.

— Interpellez-la.

L’agent secoua la tête.

— Elle est inconsciente dans sa voiture.

Lucas partit immédiatement.

Je voulus protester, mais il se retourna.

— Je suis médecin avant d’être témoin.

Il disparut dans le couloir.

Morel resta avec moi.

Dix longues minutes passèrent.

Puis quinze.

Enfin, Lucas revint.

Son visage me donna la réponse avant qu’il parle.

— Elle respire. Elle a été transférée dans une salle sécurisée.

— Qu’est-ce qui lui est arrivé ?

— Intoxication probable.

Je sentis mes doigts se crisper sur le drap.

— Le même sédatif ?

— On ne sait pas encore.

Morel reçut presque simultanément un appel.

Cette fois, son expression changea complètement.

— Répétez.

Il se détourna légèrement.

— Quand ?

Silence.

— Sécurisez les lieux. Personne ne touche aux ordinateurs.

Il raccrocha.

— Marc Valmont a été retrouvé dans son cabinet il y a vingt minutes.

Mon souffle se bloqua.

— Mort ?

— Non. Vivant, mais grièvement blessé. Son bureau a été fouillé et le serveur contenant les dossiers d’audit a disparu.

Tout se resserrait autour de la même chose.

Mon audit.

Les comptes d’Apex.

Étienne avait peut-être commencé cette nuit en voulant m’empêcher de parler.

Mais quelqu’un d’autre nettoyait désormais les traces.

— Le dossier bleu, dis-je.

Morel fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Ils pensent que l’audit contient les preuves principales.

Je regardai Lucas.

— Mais ce n’est pas le cas.

Six mois plus tôt, lorsque j’avais compris que les mouvements financiers dépassaient largement les détournements personnels d’Étienne, j’avais cessé de conserver toutes mes découvertes au même endroit.

Le dossier bleu contenait les preuves nécessaires pour me protéger.

Pas la totalité de l’enquête financière.

— Où est le reste ? demanda Morel.

Je pris une lente inspiration.

— Dans un registre hors ligne.

— Où ?

— Dans le coffre d’une banque.

Étienne ne connaissait pas son existence.

Du moins, je l’avais toujours cru.

— Qu’y a-t-il dedans ? demanda Lucas.

— Les bénéficiaires réels des sociétés-écrans. Les flux croisés. Les autorisations. Tout ce que je n’arrivais pas encore à expliquer.

Morel se pencha légèrement vers moi.

— Et Médicis ?

— Oui.

Je fermai les yeux.

Je me souvenais maintenant d’une anomalie que j’avais repoussée parce qu’elle ne semblait mener nulle part.

Plusieurs virements provenant de Médicis n’étaient jamais retournés vers Apex.

Ils avaient été transférés vers une fondation.

— Lucas, cherche Fondation Horizon Saint-Louis.

Il tapa le nom.

Son visage se décomposa.

— C’est une fondation de l’hôpital.

— Qui la dirige ?

Il consulta la page.

Puis il cessa de respirer pendant une seconde.

— Claire Delcourt siège au conseil.

— Qui d’autre ?

Lucas tourna la tablette vers moi.

Une liste de noms apparut.

Je reconnus des médecins.

Des administrateurs.

Des entrepreneurs.

Puis mon regard s’arrêta sur un nom que je connaissais trop bien.

**Étienne Moreau — membre bienfaiteur.**

Mais juste en dessous figurait quelqu’un auquel je ne m’attendais absolument pas.

**Docteur Antoine Caron — membre fondateur.**

Je fixai Lucas.

Il avait blêmi.

Antoine Caron était notre père.

L’homme dont la fiducie me permettait aujourd’hui de contrôler cinquante-huit pour cent d’Apex.

L’homme qui était mort quatre ans auparavant.

— Lucas…

— Je ne savais pas.

Morel regarda alternativement mon frère et moi.

— Votre père avait donc un lien avec cette fondation ?

— Apparemment.

Je regardai encore l’écran.

Puis un détail me frappa.

La société fiduciaire de mon père.

Apex.

La fondation.

Ces structures existaient toutes avant mon mariage avec Étienne.

Avant même qu’il ne me rencontre.

Une idée impossible commença à prendre forme.

— Ouvre les documents de création de la fiducie.

Lucas obéit.

Je connaissais presque chaque page par cœur.

Pourtant, cette fois, je cherchai autre chose.

Les annexes.

Les modifications.

Les signatures secondaires.

Et je la trouvai.

Une clause que j’avais toujours considérée comme une simple disposition de sécurité.

**En cas de menace grave contre la bénéficiaire principale, le contrôle des actifs associés pourra être transféré automatiquement au fiduciaire de protection désigné.**

— Qui est le fiduciaire ? demanda Morel.

Lucas fit défiler la page.

Puis s’arrêta.

La case où aurait dû apparaître le nom était masquée dans notre copie numérique.

— Le registre original, murmurai-je.

— Celui de la banque ?

J’acquiesçai.

Mon téléphone de chambre sonna soudain.

Tout le monde se figea.

Personne n’aurait dû connaître ce numéro.

Morel fit signe de ne pas répondre.

Le téléphone continua de sonner.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Puis il décrocha lui-même et activa le haut-parleur.

— Allô ?

Une respiration.

Puis une voix déformée électroniquement.

— Si elle ouvre ce coffre, son frère sera le prochain.

Lucas devint livide.

Morel fit signe à son équipe de tracer l’appel.

Je fixai le téléphone.

— Qui êtes-vous ?

Un léger rire résonna.

Puis la voix répondit :

— Demandez plutôt à votre frère ce que votre père lui a fait promettre avant de mourir.

La communication fut coupée.

Je tournai lentement la tête vers Lucas.

Il ne me regardait plus.

Et à cet instant, je compris que mon frère me cachait quelque chose.

**À suivre — cliquez sur la Partie 5 pour continuer.**

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