Divertissement

Mon mari m’a battue puis a prétendu que j’avais « glissé dans la douche » — jusqu’à ce que mon frère médecin entre dans ma chambre

— Débranchez tout ! ordonna Morel.

À Gare de Lyon, l’enquêteur arracha immédiatement le câble reliant le disque dur à l’ordinateur.

L’écran s’éteignit.

Mais Lucas resta immobile, la montre de notre père dans la main.

— Trop tard, murmurai-je.

Morel se tourna vers moi.

— Pourquoi ?

— Parce que si le système a détecté la deuxième clé, quelqu’un l’utilise déjà.

Étienne avait arraché ma médaille pendant l’agression.

Je l’avais pris pour un geste de violence supplémentaire.


Maintenant, je comprenais qu’il l’avait cherchée.

Il savait exactement ce qu’elle était.

— Vérifiez Étienne, dis-je.

Morel appela immédiatement le service où mon mari était retenu.

Quelques secondes plus tard, sa mâchoire se crispa.

— Il est toujours là.

— Alors la médaille est ailleurs.

Étienne avait dû la transmettre avant d’être fouillé.

Mais à qui ?

Je revis mentalement mon arrivée aux urgences.


Le brancard.

Les infirmières.

Étienne marchant à côté de moi.

Il avait eu plusieurs minutes avant l’arrivée de Lucas.

Plusieurs minutes pendant lesquelles personne ne savait encore qu’un crime avait été commis.

— Les caméras des urgences.

Morel demanda les enregistrements.

Nous les regardâmes sur une tablette.

À 23 h 47, mon brancard franchissait les portes.

Étienne marchait derrière.


À 23 h 49, une femme en blouse blanche passa près de lui.

Le contact dura moins de deux secondes.

Étienne glissa quelque chose dans sa main.

— Arrêtez.

L’image fut agrandie.

On ne distinguait pas son visage.

Mais son badge était visible.

**Service administratif.**

Lucas, toujours en visioconférence, se rapprocha de son écran.

— Ce n’est pas une infirmière.


— Qui est-ce ?

— Je ne sais pas.

Morel demanda une reconnaissance interne.

La réponse arriva cinq minutes plus tard.

Le badge était faux.

Le numéro appartenait à une employée partie à la retraite deux ans auparavant.

Je sentis la peur revenir.

Élise Vautrin avait été déclarée morte neuf ans plus tôt.

Quelqu’un circulait dans Saint-Louis avec une fausse identité.

Et ma médaille venait d’être activée.


— Le signal peut-il être localisé ? demandai-je.

Un technicien travaillait déjà dessus.

— Pas précisément. Mais la deuxième clé se trouve à moins de quelques centaines de mètres du disque.

Lucas regarda autour de lui.

— Elle est ici ?

Gare de Lyon.

Des milliers de voyageurs.

Des dizaines de sorties.

Des parkings.

Des commerces.


— Sortez Lucas de là, ordonna Morel.

Les enquêteurs refermèrent immédiatement la boîte.

Lucas rangea la montre dans un sachet de protection et quitta la salle entouré de policiers.

Puis le technicien leva brusquement la tête.

— Le signal bouge.

— Direction ?

— Vers le parking souterrain.

Morel contacta les équipes sur place.

Je regardais la transmission sans pouvoir respirer normalement.

Une caméra du parking montra bientôt une silhouette féminine marchant rapidement entre les voitures.


Cheveux gris courts.

Manteau sombre.

Même de loin, je reconnus le visage de la photographie.

Élise Vautrin.

Vivante.

— Police ! cria quelqu’un.

Elle se mit à courir.

Deux agents la poursuivirent.

Elle abandonna son sac et disparut derrière une rangée de véhicules.

Une voiture démarra brutalement.


Mais les barrières du parking avaient déjà été verrouillées.

Le véhicule s’arrêta.

Les portières s’ouvrirent.

Les policiers encerclèrent la conductrice.

Ce n’était pas Élise.

Une jeune femme terrorisée leva les mains.

— Elle m’a donné cinq cents euros pour prendre son manteau et conduire !

Morel frappa du poing contre la table.

Diversion.

Encore.


Puis mon téléphone de chambre sonna.

Cette fois, personne ne bougea immédiatement.

Morel décrocha.

— Morel.

Une voix féminine répondit.

Naturelle cette fois.

Calme.

— Vous cherchez toujours au mauvais endroit.

Je reconnus instantanément la voix de l’appel précédent malgré l’absence de déformation.

— Élise Vautrin ? demanda Morel.


Un petit rire.

— Antoine avait donc laissé davantage de traces que je ne le pensais.

Je me penchai vers le téléphone.

— Pourquoi Étienne avait-il ma médaille ?

Silence.

Puis :

— Parce que votre mari a passé des années à croire qu’il pouvait devenir indispensable.

— Pour vous ?

— Pour lui-même.

Sa voix n’exprimait aucune affection pour Étienne.

Seulement du mépris.

— Il vous a épousée pour Apex ? demandai-je.

— Au début.

Ces deux mots me firent plus mal que je ne l’aurais cru.

— Et ensuite ?

— Ensuite, il a découvert que votre père avait caché quelque chose de beaucoup plus précieux que des actions.

— Les preuves.

— Exactement.

Je serrai le drap.

— Pourquoi mon père ?

Élise resta silencieuse quelques secondes.

— Antoine et moi avions créé Orphée ensemble.

Lucas venait de rejoindre un véhicule sécurisé lorsqu’il entendit cette phrase à travers la liaison.

— C’est impossible, dit-il.

— Non, docteur Caron. Votre père voulait créer une structure permettant de financer discrètement certains projets médicaux lorsque les circuits traditionnels étaient trop lents. Puis d’autres personnes ont compris qu’un réseau opaque pouvait servir à beaucoup d’autres choses.

— Vous l’avez transformé en système de blanchiment, dis-je.

— Philippe l’a fait.

Je me figeai.

— Vernier ?

— Philippe a compris avant tout le monde que les sociétés utilisées par Orphée pouvaient déplacer des millions sans attirer l’attention. Lorsque votre père l’a découvert, il a voulu tout révéler.

— Et vous ?

La réponse tarda.

— J’ai voulu survivre.

Morel échangea un regard avec moi.

— Votre mort était fausse.

— Antoine m’a aidée à disparaître.

Cette révélation changeait encore tout.

Mon père ne l’avait donc pas nécessairement considérée comme l’ennemie au début.

— Alors pourquoi a-t-il écrit de ne jamais vous laisser approcher ses enfants ?

Pour la première fois, Élise ne répondit pas immédiatement.

Puis sa voix devint plus dure.

— Parce qu’il a découvert que j’avais fait un marché avec Philippe.

— Quel marché ?

— Ma vie contre son silence.

Je compris.

— Vous avez laissé Vernier continuer.

— Oui.

— Et maintenant ?

— Maintenant Philippe essaie de supprimer tous ceux qui peuvent prouver ce qu’il a fait.

Morel intervint.

— Y compris Madame Delcourt ? Marc Valmont ?

— Oui.

— Et l’agression de Madame Moreau ?

Silence.

— Étienne devait récupérer la médaille et l’effrayer suffisamment pour qu’elle abandonne l’audit.

Mon corps se raidit.

— Il devait m’effrayer ?

— Il avait reçu l’ordre de ne pas vous tuer.

La cuisine revint dans ma mémoire.

Les coups alors que j’étais au sol.

L’obscurité.

Le sédatif dans mon sang.

— Il n’a pas obéi.

— Étienne n’obéit plus depuis longtemps.

Je fermai les yeux.

— Où est ma médaille ?

— Philippe l’a.

Morel se redressa.

— Vernier est en garde à vue.

Élise rit doucement.

— Vérifiez.

Morel saisit son téléphone.

Quelques secondes plus tard, son visage se vida de toute couleur.

— Quoi ? demandai-je.

Il ne répondit pas tout de suite.

Puis :

— Le véhicule qui transportait Vernier vers les locaux de la police a été percuté il y a douze minutes.

Mon cœur s’arrêta presque.

— Il est mort ?

— Non.

— Alors ?

Morel regarda Lucas sur l’écran.

— Il a disparu.

Élise était toujours en ligne.

— Philippe possède maintenant la deuxième clé, dit-elle. Et il sait que Lucas possède la première.

Lucas regarda instinctivement la montre dans le sachet.

— Pourquoi nous prévenir ? demandai-je.

— Parce que Philippe ne cherche plus seulement à effacer les preuves.

— Que cherche-t-il ?

— Le contrôle d’Orphée.

Je fronçai les sourcils.

— Je ne contrôle pas Orphée.

— Pas encore.

Un silence.

Puis Élise prononça la phrase qui fit basculer toute l’enquête.

— Antoine a transféré la propriété réelle d’Orphée dans la fiducie avant sa mort.

Je cessai de respirer.

La fiducie.

Mes cinquante-huit pour cent d’Apex n’étaient donc qu’une partie de ce que mon père avait protégé.

— Qui en est la bénéficiaire principale ? demanda Morel.

Élise répondit simplement :

— Elle.

Tous les regards convergèrent vers moi.

— Si Philippe réunit les deux clés, poursuivit-elle, il peut détruire les preuves reliant Orphée à son réseau. Mais il ne pourra jamais posséder légalement la structure tant qu’elle est vivante.

Cette fois, je compris parfaitement.

Étienne n’avait peut-être pas reçu l’ordre de me tuer.

Mais Philippe Vernier avait désormais une raison de le faire.

Un bruit métallique retentit soudain dans le téléphone.

Élise inspira brusquement.

— Il m’a trouvée.

Puis une détonation étouffée traversa la ligne.

— Élise ! cria Morel.

La communication resta ouverte quelques secondes.

J’entendis des pas.

Une respiration masculine.

Puis quelqu’un ramassa le téléphone.

Une voix que je connaissais depuis des années parla calmement.

Philippe Vernier.

— Vous auriez dû laisser les morts tranquilles.

La ligne se coupa.

Au même instant, Lucas se retourna dans le véhicule.

Le sachet contenant la montre de notre père avait disparu.

**À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.**

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