Divertissement

Mon mari m’a battue puis a prétendu que j’avais « glissé dans la douche » — jusqu’à ce que mon frère médecin entre dans ma chambre

Morel ne perdit pas une seconde.

— Faites fermer toutes les sorties de la banque. Vernier ne quitte pas les lieux.

Il raccrocha, puis se tourna vers moi.

— Peut-il légalement accéder à ce coffre ?

— Pas seul.

— Qui peut l’autoriser ?

— Moi.

Lucas se leva brusquement.

— Alors comment a-t-il essayé ?

Je connaissais déjà la réponse.


— Avec une procuration.

Philippe Vernier avait rédigé une grande partie des documents de mon père. Il connaissait ma signature, mes structures patrimoniales et presque tous les mécanismes juridiques entourant la fiducie.

Mais connaître ces mécanismes ne lui donnait pas le droit de les utiliser.

— Commandant, dis-je, demandez à la banque de conserver tout ce qu’il a présenté.

Morel transmit l’instruction.

Quelques minutes plus tard, la réponse arriva.

Vernier avait effectivement présenté une procuration portant ma signature.

Elle était datée de deux semaines auparavant.

Je n’avais jamais signé ce document.

Lucas jura.


Moi, je ressentis quelque chose de plus froid.

Étienne avait passé des années à me convaincre que j’étais isolée.

Mais il n’avait jamais été seul.

— Je veux parler à Vernier, dis-je.

— Non, répondit Lucas immédiatement.

Morel réfléchit.

— Pas directement. Mais nous pouvons lui laisser croire que nous ne savons pas encore ce qu’il vient de faire.

Il contacta les policiers sur place.

Vernier ne fut pas arrêté immédiatement.

À la place, la banque lui annonça qu’une vérification supplémentaire était nécessaire avant l’ouverture du coffre.


Puis Morel l’appela.

Il activa le haut-parleur.

— Maître Vernier ? Commandant Morel. Nous avons quelques questions complémentaires concernant Madame Moreau.

La voix de mon avocat resta parfaitement calme.

— Bien sûr. Comment va-t-elle ?

J’eus la nausée.

— Elle se repose. Nous essayons surtout de comprendre les structures financières liées à Apex.

— C’est complexe. Je peux vous aider.

— Justement. Pourriez-vous revenir à l’hôpital ?

Un bref silence.


— Je suis actuellement en rendez-vous.

— Où ?

— À mon cabinet.

Lucas me regarda.

Vernier se trouvait à la banque.

Et il venait de mentir sans hésiter.

— Très bien, répondit Morel. Nous vous rappellerons.

Il raccrocha.

— Maintenant, on l’interpelle.

Cette fois, l’ordre partit immédiatement.


Pendant que les policiers agissaient, je repris la lettre de mon père.

Une phrase me dérangeait.

**Les actifs nécessaires à leur réseau.**

Apex n’avait été qu’une petite entreprise de construction lorsque j’avais rencontré Étienne.

J’avais supposé que mon père avait investi indirectement pour m’aider.

Mais si Apex avait déjà eu une importance pour la Fondation avant notre mariage, alors sa valeur n’était peut-être pas seulement financière.

— Lucas, la photographie.

Il me la donna.

Je regardai attentivement l’arrière-plan.

Une bannière indiquait :


**Projet Saint-Louis 2020 — Modernisation et extension.**

Étienne était donc lié au projet avant même que son entreprise n’obtienne officiellement les travaux.

— Morel, vérifiez les premiers appels d’offres de rénovation de l’hôpital.

Une recherche préliminaire suffit.

Apex n’avait pas remporté le marché initial.

Une autre société l’avait obtenu.

**Bellerive Construction.**

Six mois plus tard, Bellerive avait fait faillite.

Apex avait repris le contrat.

— Qui possédait Bellerive ? demandai-je.


Morel transmit la question à ses analystes.

La réponse arriva rapidement.

Le propriétaire officiel était un homme nommé Laurent Fabre.

Mais derrière lui apparaissait une holding.

Puis une autre.

Et enfin…

Médicis Services.

Je sentis mon cœur accélérer.

— Étienne n’a pas créé ce réseau.

Lucas comprit.


— Il en a hérité.

— Ou il a été choisi pour le reprendre.

Le téléphone de Morel sonna encore.

Philippe Vernier venait d’être interpellé dans le hall de la banque.

Dans sa serviette, les policiers avaient découvert la fausse procuration, plusieurs clés USB et un second document.

Une demande de transfert d’urgence concernant mes droits de vote dans Apex.

Le bénéficiaire était une société appelée Orphée Participations.

— Je ne connais pas cette société, dis-je.

Morel consulta rapidement les premières informations.

— Créée il y a huit ans.


Huit ans.

Avant mon mariage.

— Bénéficiaire réel ?

— Masqué derrière plusieurs structures étrangères.

Je regardai la lettre de mon père.

— La consigne.

Lucas se raidit.

— Tu penses que la réponse est là ?

— Je pense que papa savait qu’un jour quelqu’un essaierait exactement ce que Vernier vient de tenter.

Morel accepta finalement que Lucas accompagne deux enquêteurs jusqu’à la consigne de Gare de Lyon.


Je restai sous protection policière à Saint-Louis.

Cette séparation me terrifiait.

Mais la menace téléphonique avait précisément essayé de nous empêcher d’ouvrir cette consigne.

Cela signifiait qu’elle comptait.

Une heure plus tard, Lucas m’appela par visioconférence depuis une petite salle sécurisée.

Devant lui se trouvait une boîte métallique.

— Je l’ouvre ?

— Oui.

La clé de notre père entra parfaitement dans la serrure.

À l’intérieur se trouvaient trois choses.

Un disque dur.

Un carnet noir.

Et une enveloppe portant mon prénom.

Lucas ouvrit d’abord le carnet.

Les premières pages contenaient des dates, des noms de sociétés et des montants.

Puis des initiales.

**P.V.**

Philippe Vernier.

**C.D.**

Claire Delcourt.

**E.M.**

Étienne Moreau.

Mais à côté de certains noms figuraient des annotations différentes.

« Compromis ».

« Sous pression ».

« Intermédiaire ».

Mon père n’avait pas simplement dressé une liste de coupables.

Il avait essayé de comprendre qui faisait quoi.

À côté de Claire Delcourt, il avait écrit :

**Compromise — dette familiale. Ne connaît probablement pas l’ensemble.**

À côté d’Étienne :

**Recruté par P.V. Ambitieux. Dangereux s’il découvre la structure complète.**

Puis Lucas arriva à Philippe Vernier.

Une seule phrase.

**Il travaille pour Orphée.**

— Continue, dis-je.

Quelques pages plus loin se trouvait un schéma.

Fondation Horizon.

Médicis Services.

Bellerive.

Apex.

Des dizaines de flèches reliaient les structures.

Toutes convergeaient vers Orphée Participations.

Mais le nom du bénéficiaire final n’apparaissait nulle part.

À sa place, mon père avait dessiné un cercle rouge.

À l’intérieur :

**A.C. — vérifier avant de confronter.**

Lucas pâlit.

— A.C.

Nos regards se croisèrent.

Antoine Caron.

Notre père.

— Non, murmurai-je.

Mais Lucas secoua la tête.

— Ça pourrait être quelqu’un d’autre.

Morel, qui suivait l’appel depuis ma chambre, intervint.

— Ouvrez l’enveloppe.

Lucas obéit.

À l’intérieur se trouvait une lettre adressée à moi.

Cette fois, mon père avait écrit directement :

**Ma chérie, si tu lis ceci, c’est que Philippe a probablement tenté d’utiliser ta fiducie. Ne confonds pas les preuves que j’ai rassemblées avec des conclusions. Certaines personnes ont utilisé mes initiales pour dissimuler leurs propres opérations.**

Je relâchai l’air que je retenais.

Lucas poursuivit :

**La vérité sur Orphée se trouve sur le disque dur. Mais le fichier principal ne peut être ouvert qu’avec deux clés. Lucas possède la première sans le savoir. Tu possèdes la seconde.**

— Moi ?

Je ne comprenais pas.

Je n’avais jamais reçu de clé.

Lucas continua.

**Je te l’ai donnée le jour de ton vingt-cinquième anniversaire. Tu la portes probablement encore.**

Instinctivement, ma main remonta vers mon cou.

Puis s’arrêta.

Pendant quinze ans, j’avais porté presque chaque jour une petite médaille offerte par mon père.

Une pièce d’argent sans grande valeur, selon lui.

Mais elle n’était plus autour de mon cou.

Je revis soudain la cuisine.

Étienne penché au-dessus de moi.

Ses doigts près de ma gorge.

Les marques que Lucas avait remarquées.

Je n’avais pas seulement été étranglée.

Étienne avait arraché mon collier.

— Il l’a prise.

Morel se leva.

— La médaille ?

— Étienne.

Un policier partit immédiatement vérifier les effets personnels saisis lors de son placement en garde à vue.

Quelques minutes plus tard, il revint.

Pas de médaille.

Lucas retourna la dernière page de la lettre.

Il y avait une ultime phrase.

**S’il comprend ce que tu portes avant toi, ne le laisse surtout pas réunir les deux clés.**

Je regardai Lucas.

— Papa dit que tu as la première.

— Mais je ne sais même pas ce que c’est.

Un bruit retentit soudain dans la vidéo.

Lucas tourna la tête.

Un enquêteur venait d’ouvrir la doublure intérieure de la boîte métallique.

Quelque chose y était caché.

Une photographie plus récente.

Étienne.

Philippe Vernier.

Et la femme aux cheveux gris.

Cette fois, son visage était parfaitement visible.

Au dos, mon père avait écrit son nom.

Lucas le lut.

Puis resta immobile.

— Qui est-ce ? demandai-je.

Il approcha la photographie de la caméra.

Sous le nom se trouvait une autre annotation de notre père :

**Directrice réelle d’Orphée. Ne jamais la laisser approcher mes enfants.**

Je connaissais ce nom.

Pas personnellement.

Mais je l’avais vu des centaines de fois dans les archives familiales.

Élise Vautrin.

L’ancienne associée de mon père.

La femme qui, officiellement, était morte dans un accident de voiture neuf ans auparavant.

Morel se tourna vers son équipe.

— Vérifiez immédiatement le certificat de décès.

Mais Lucas ne regardait plus la photographie.

Il fixait le disque dur.

Une petite lumière venait de s’allumer dessus.

Toute seule.

Puis un message apparut sur l’ordinateur connecté :

**CLÉ 1 DÉTECTÉE.**

Lucas recula.

— Je n’ai rien branché.

Je compris avant lui.

— Ta montre.

Notre père lui avait offert sa montre ancienne avant de mourir.

Lucas la retira lentement de son poignet.

Au même instant, une seconde ligne apparut à l’écran :

**CLÉ 2 ACTIVE — LOCALISATION EN COURS.**

Mon sang se glaça.

La médaille n’était pas seulement une clé.

Elle émettait encore un signal.

Et quelqu’un venait de l’activer.

**À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour continuer.**

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