Divertissement

Mon mari m’a battue puis a prétendu que j’avais « glissé dans la douche » — jusqu’à ce que mon frère médecin entre dans ma chambre

— Arrêtez le véhicule ! cria Lucas.

Le fourgon freina si brutalement que l’image de la visioconférence bascula.

Les deux enquêteurs fouillèrent immédiatement l’habitacle.

Le sachet contenant la montre avait disparu.

Mais personne n’était monté ni descendu depuis Gare de Lyon.

— Qui l’avait en dernier ? demanda Morel.

Lucas leva les mains.

— Je l’ai posée dans le compartiment sécurisé devant moi.

L’un des enquêteurs ouvrit ce compartiment.

Vide.


Puis il remarqua quelque chose sous le siège.

Un morceau de plastique transparent.

Le sachet avait été découpé.

— Quelqu’un l’a prise avant votre départ, dit Morel.

Les images corporelles des policiers furent vérifiées.

La réponse apparut presque immédiatement.

Dans le chaos du parking, lorsqu’ils avaient poursuivi la fausse Élise, un homme portant un gilet de sécurité s’était approché du véhicule pendant onze secondes.

Onze secondes.

Assez pour voler la montre.

— Vernier ? demandai-je.


— Trop grand, répondit Lucas. Ce n’était pas lui.

Morel fit agrandir l’image.

Le visage de l’homme apparut.

Je ne le connaissais pas.

Mais l’un des policiers, si.

— Laurent Fabre.

Le propriétaire officiel de Bellerive Construction.

L’homme que nous pensions n’être qu’un prête-nom.

Il travaillait donc encore pour Vernier.

Et maintenant Philippe possédait probablement les deux clés.


— Le disque dur ? demandai-je.

Lucas regarda la boîte métallique.

— Toujours avec nous.

Cette fois, je compris ce que mon père avait fait.

— Alors les clés seules ne servent à rien.

Morel me regarda.

— Vernier doit aussi récupérer le disque.

Je hochai la tête.

— Et il sait où il est.

Le fourgon reçut immédiatement l’ordre de changer de destination.


Pas l’hôpital.

Pas le commissariat.

Un site sécurisé de la police judiciaire.

Mais je savais déjà que Philippe anticiperait cette décision.

Il avait travaillé avec mon père pendant trente ans.

Il connaissait sa manière de penser.

Il connaissait nos habitudes.

Et surtout, il me connaissait.

— Ne déplacez pas le disque, dis-je.

Morel fronça les sourcils.


— Pourquoi ?

— Parce qu’il veut qu’on le déplace.

Lucas comprit avant lui.

— Pour créer une fenêtre pendant le transport.

— Exactement.

Morel ordonna au fourgon de s’arrêter dans une enceinte policière temporaire.

Puis il me regarda.

— Vous avez une autre idée ?

— Oui.

Je demandai à Lucas d’examiner la boîte.


Pas le disque.

La boîte elle-même.

Mon père avait caché la photographie dans sa doublure. Il pouvait avoir dissimulé autre chose.

Après quelques minutes, Lucas trouva une petite plaque métallique sous le fond.

Derrière se trouvait une carte mémoire.

Elle n’était pas chiffrée.

Un seul fichier vidéo y figurait.

La date remontait à quatre ans auparavant.

Deux semaines avant la mort de mon père.

Lucas lança la vidéo.


Antoine Caron apparut à l’écran.

Amaigri.

Fatigué.

Mais parfaitement lucide.

— Si vous regardez ceci, commença-t-il, Philippe a probablement trouvé le disque.

Lucas baissa les yeux.

Moi, je ne pouvais plus détourner le regard.

— Les deux objets que j’ai donnés à mes enfants ne sont pas les clés de déchiffrement, poursuivit notre père. Ils servent uniquement à déclencher le protocole d’ouverture.

Je sentis un frisson parcourir mon dos.

Philippe ne le savait peut-être pas.


— Le véritable déchiffrement exige une troisième validation.

Antoine se pencha vers la caméra.

— La bénéficiaire principale doit autoriser l’ouverture elle-même.

Moi.

Lucas laissa échapper un souffle.

— Philippe a donc besoin de toi.

Morel secoua lentement la tête.

— Ce qui signifie qu’il ne peut pas simplement la tuer.

Pas encore.

La vidéo continuait.


— Philippe croit que le disque contient uniquement les archives d’Orphée. C’est faux. Il contient également un registre miroir programmé pour transmettre automatiquement les données à plusieurs autorités si quelqu’un tente une ouverture non autorisée.

Je compris enfin pourquoi mon père avait construit un système aussi compliqué.

Il n’avait pas caché les preuves.

Il avait construit un piège autour d’elles.

— Commandant, dis-je, laissez Philippe essayer.

Morel me fixa.

— Vous voulez utiliser le disque comme appât.

— Il pense posséder les deux clés. Il va vouloir terminer ce qu’il a commencé.

Lucas protesta immédiatement.

— Absolument pas.


— Il viendra de toute façon.

Je regardai mon frère.

— La seule différence, c’est de savoir si nous serons prêts.

Morel resta silencieux longtemps.

Puis il donna ses ordres.

Le disque fut officiellement enregistré comme transféré vers une salle informatique sécurisée de Saint-Louis.

L’information fut volontairement introduite dans un canal administratif dont nous savions qu’il avait déjà été compromis.

En réalité, le disque resta sous garde policière.

Nous attendîmes.

Quarante-sept minutes plus tard, le piège fonctionna.

Une connexion externe tenta d’accéder au faux serveur.

Puis une deuxième.

Puis une instruction apparut :

**PROTOCOLE ORPHÉE — AUTORISATION BÉNÉFICIAIRE REQUISE.**

Le technicien suivit la connexion.

— Nous avons une localisation.

— Où ? demanda Morel.

Le technicien releva les yeux.

— Un ancien bâtiment administratif d’Apex.

Je connaissais l’endroit.

Un entrepôt désaffecté près du canal Saint-Denis.

Étienne m’avait toujours interdit d’y aller.

Il prétendait que le bâtiment contenait de l’amiante.

Morel mobilisa immédiatement une équipe.

Mais avant leur départ, une autre information arriva.

Élise Vautrin avait été retrouvée.

Vivante.

La détonation entendue au téléphone n’avait pas été dirigée contre elle.

Philippe avait tiré sur son téléphone avant de prendre la fuite.

Élise confirma l’adresse.

— C’est là qu’il conservait les archives physiques, expliqua-t-elle depuis l’ambulance. Et c’est là qu’Étienne rencontrait Fabre.

Puis elle ajouta :

— Mais si Philippe pense que vous avez compris, il déplacera tout.

Morel donna l’ordre d’intervention.

Je restai à l’hôpital, entourée de policiers, tandis que Lucas revenait enfin auprès de moi.

L’opération dura vingt-trois minutes.

Laurent Fabre fut arrêté près d’une sortie arrière.

Dans une pièce souterraine, les policiers découvrirent des classeurs, des ordinateurs, de faux contrats et plusieurs flacons du même sédatif retrouvé dans mon sang.

Mais Philippe n’était pas là.

Sur une table se trouvaient pourtant les deux objets.

Ma médaille.

La montre de Lucas.

— Il les a abandonnées, murmurai-je.

— Pourquoi ? demanda Lucas.

Je connaissais la réponse.

— Parce qu’il a compris qu’elles n’étaient pas suffisantes.

Mon téléphone sonna.

Un numéro inconnu.

Morel me fit signe de répondre pendant que l’appel était tracé.

— Allô ?

Philippe Vernier parla immédiatement.

— Ton père t’a toujours sous-estimée.

— Non. C’est vous qui l’avez fait.

Silence.

— Tu crois avoir gagné parce que Fabre est arrêté ?

— Je crois que vous avez peur.

Sa respiration changea.

À peine.

Mais je l’entendis.

— Vous avez perdu Apex, continuai-je. Médicis est exposée. Delcourt parle. Élise est vivante. Et vous ne pouvez pas ouvrir le disque sans moi.

— C’est exact.

Sa réponse était trop calme.

Puis il ajouta :

— C’est pour cela que je n’ai plus besoin du disque.

Mon estomac se noua.

— Qu’avez-vous fait ?

— Demande à ton frère ce qui arrive lorsqu’un fiduciaire de protection est activé.

Je regardai Lucas.

Il pâlit.

La clause.

Celle que nous avions découverte.

**En cas de menace grave contre la bénéficiaire principale, le contrôle des actifs associés pourra être transféré automatiquement au fiduciaire de protection désigné.**

— Le registre original, murmurai-je.

Le nom du fiduciaire était masqué dans notre copie.

Mais Philippe avait tenté d’accéder au coffre bancaire.

Pas seulement pour voler mes preuves.

Il cherchait ce document.

— Qui est le fiduciaire ? demandai-je.

Philippe rit.

— Vérifie ton courrier électronique.

La ligne se coupa.

Une seconde plus tard, un message chiffré arriva.

Pièce jointe : une copie du registre original de la fiducie.

Je l’ouvris.

Lucas se pencha vers moi.

Le nom du fiduciaire de protection apparut enfin.

**Maître Philippe Vernier.**

Pendant une seconde, personne ne parla.

Puis je remarquai la date.

Le document avait été modifié deux ans après la mort de mon père.

— C’est faux, dis-je.

Morel s’approcha.

— Comment le savez-vous ?

— Mon père ne pouvait pas signer ça deux ans après sa mort.

Philippe avait falsifié l’amendement.

Mais il avait commis une erreur encore plus importante.

Une erreur que seul quelqu’un ayant réellement restructuré la fiducie pouvait voir.

— Il pense que cette clause lui transfère mes droits de vote.

Je regardai Lucas.

— Ce n’est pas ce qu’elle fait.

La structure créée par mon père séparait les droits économiques des droits de contrôle.

Même si un fiduciaire de protection était activé, il ne recevait jamais les droits de vote.

Ceux-ci étaient suspendus.

Puis transférés temporairement à un comité indépendant désigné dans l’acte d’origine.

Philippe avait passé des années à travailler à partir de ses propres copies falsifiées.

Il n’avait jamais vu la version complète.

— Où se trouve l’original ? demanda Morel.

Je souris malgré la douleur.

— Pas dans le coffre.

Mon père m’avait appris une règle avant même que je devienne experte-comptable.

**Ne conserve jamais la preuve et le pouvoir au même endroit.**

Le coffre contenait les preuves financières.

L’acte original de la fiducie était déposé auprès d’un notaire indépendant à Genève.

Et Philippe venait de produire lui-même la preuve de sa falsification.

Morel fit immédiatement transmettre les deux versions au parquet.

Moins d’une heure plus tard, les autorités confirmèrent l’anomalie.

La signature électronique de mon père avait été apposée après son décès.

La modification était frauduleuse.

Un mandat supplémentaire fut délivré contre Philippe Vernier pour faux, tentative de détournement d’actifs et participation présumée au réseau financier.

Mais quelque chose me dérangeait encore.

Philippe était avocat.

Il savait que la falsification pouvait être vérifiée.

Pourquoi me l’envoyer ?

Je relus son message.

Puis je compris.

Il ne cherchait pas à me convaincre.

Il cherchait à gagner du temps.

— Morel.

— Quoi ?

— Appelez la banque.

Le commandant le fit immédiatement.

Le coffre n’avait pas été ouvert.

Mais une alarme silencieuse venait de se déclencher dans la salle des archives privées.

Une équipe se précipita sur place.

Quelques minutes plus tard, Morel reçut une photographie.

La porte du coffre était intacte.

En revanche, le mur technique situé derrière avait été ouvert depuis un couloir de maintenance.

Philippe n’avait jamais eu besoin de ma procuration.

Cette première tentative n’avait été qu’une diversion destinée à lui permettre de cartographier les mesures de sécurité.

— Le registre hors ligne, murmurai-je.

Morel demanda une vérification.

Le coffre fut ouvert sous contrôle judiciaire.

À l’intérieur, mes dossiers étaient toujours là.

Tous sauf un.

Le carnet contenant la liste complète des bénéficiaires réels d’Orphée avait disparu.

Et à sa place se trouvait une enveloppe.

Mon nom était écrit dessus.

Lucas l’ouvrit avec des gants.

Une seule phrase.

**Tu veux la vérité sur ton mari ? Demande-lui pourquoi il a choisi cette nuit-là pour te laisser en vie.**

Je relus la phrase.

Une fois.

Puis deux.

Quelque chose n’allait pas.

Étienne m’avait frappée jusqu’à ce que je perde connaissance.

Il m’avait administré — ou fait administrer — un puissant sédatif.

Pourtant, il m’avait ensuite conduite à l’hôpital.

L’endroit même où travaillait Lucas.

L’endroit où ses mensonges risquaient le plus d’être découverts.

Pourquoi ?

Étienne connaissait mon frère.

Il savait parfaitement qui il était.

Il savait que Lucas reconnaîtrait immédiatement les signes de violence.

Alors pourquoi m’avait-il amenée à Saint-Louis ?

Je regardai Morel.

— Je veux parler à mon mari.

Lucas secoua la tête.

— Non.

— Philippe veut que je croie qu’Étienne détient la réponse. Je veux savoir pourquoi.

Morel hésita, puis organisa un interrogatoire sécurisé à distance.

Quelques minutes plus tard, le visage d’Étienne apparut sur l’écran.

Plus de costume impeccable.

Plus de sourire.

Il semblait épuisé.

Mais lorsqu’il me vit, quelque chose passa dans ses yeux.

— Tu as enfin compris, dit-il.

— Pourquoi Saint-Louis ?

Il resta silencieux.

— Tu pouvais m’abandonner dans n’importe quel hôpital. Pourquoi celui de Lucas ?

Étienne regarda la caméra.

Puis il prononça lentement :

— Parce que je savais que ton frère te sauverait.

Je sentis toute la pièce se figer.

— Après m’avoir presque tuée ?

Sa mâchoire se contracta.

— Je devais récupérer la médaille.

— Et me droguer ?

— Ce n’était pas mon plan.

Lucas se rapprocha de l’écran.

— Alors celui de qui ?

Étienne baissa les yeux.

Quand il les releva, toute arrogance avait disparu.

— Philippe avait donné l’ordre de faire passer sa mort pour une overdose après l’agression.

Mon sang se glaça.

— Mais je ne l’ai pas fait, poursuivit-il. J’ai pris la médaille et je l’ai amenée ici avant que le sédatif ne fasse ce qu’il devait faire.

Je ne savais pas si je devais le croire.

Puis Étienne ajouta :

— Tu veux savoir pourquoi ?

Il se pencha vers la caméra.

— Parce que Philippe n’a jamais compris ce que j’avais découvert dans les comptes d’Apex.

— Quoi ?

Étienne sourit faiblement.

— Il ne blanchissait pas seulement de l’argent.

Morel se rapprocha.

— Qu’est-ce qu’il finançait ?

Étienne regarda directement la caméra.

— Les morts.

Personne ne parla.

— Explique-toi, ordonnai-je.

— Les sociétés-écrans liées à Orphée versaient de l’argent à des personnes officiellement décédées. Élise n’était pas la seule.

Mon cœur accéléra.

— Combien ?

Étienne répondit :

— Dix-sept.

Puis il prononça le nom qui transforma une dernière fois tout ce que je croyais savoir.

— Et l’un d’eux est Antoine Caron.

Mon père.

Mort depuis quatre ans.

Recevait encore de l’argent.

**À suivre — cliquez sur la Partie 9 pour continuer.**

No comments yet