Divertissement

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Je quittai l’hôpital avec Morel, deux policiers en civil et une sensation que chaque minute jouait désormais contre nous.

L’ancien appartement de Camille se trouvait dans un immeuble modeste du 18e arrondissement.

Elle m’avait donné l’adresse d’une voix blanche.

Je la connaissais déjà.

J’y étais allé autrefois.

Une seule fois.

À l’époque, j’avais trouvé l’endroit trop petit, trop froid, trop éloigné de tout ce que je considérais comme confortable.

Aujourd’hui, en montant l’escalier étroit aux murs écaillés, j’eus honte de ce souvenir.

Morel marchait devant moi.

« L’appartement est actuellement occupé ? »


« Oui », répondis-je. « D’après Camille, elle l’a quitté peu après notre rupture. »

« Le propriétaire ? »

« Elle ne sait pas s’il est encore le même. »

Au troisième étage, une femme d’une trentaine d’années nous ouvrit, paniquée par les badges de police.

Morel lui expliqua rapidement la situation.

Elle pâlit.

« Je vis ici depuis quatre ans. Je n’ai jamais trouvé quoi que ce soit d’étrange. »

« Nous devons vérifier certains éléments laissés par une ancienne locataire. »

Elle nous laissa entrer.

L’appartement avait changé.


Les meubles n’étaient plus les mêmes.

Les murs avaient été repeints.

Pourtant, je reconnus immédiatement la fenêtre du salon.

Le radiateur sous lequel Camille avait l’habitude de poser ses chaussures mouillées.

La petite cuisine.

Le couloir trop étroit.

Des détails sans importance qui me ramenèrent cinq ans en arrière avec une violence inattendue.

Je revis Camille préparer des pâtes dans une casserole ébréchée.

Je revis son sourire quand elle m’avait accusé de ne pas savoir couper un oignon.

Je revis surtout à quel point elle avait été heureuse avec presque rien.


Et à quel point j’avais laissé ma famille me convaincre que tout cela était faux.

« Docteur ? »

La voix de Morel me ramena au présent.

« Où votre père aurait-il pu cacher quelque chose ? »

Je regardai autour de moi.

« Je ne sais pas. »

Puis un souvenir me traversa.

Camille avait une vieille bibliothèque en bois.

Pas vraiment une bibliothèque.

Trois planches qu’elle avait récupérées dans la rue et réparées elle-même.


Elle y rangeait ses livres de cours, quelques romans et une boîte métallique contenant des lettres.

« Il y avait un meuble ici. »

Je montrai un pan de mur près de la fenêtre.

La locataire actuelle fronça les sourcils.

« Quand j’ai emménagé, il restait seulement une étagère fixée au mur. Le propriétaire voulait l’enlever, mais elle semblait presque scellée. »

Mon cœur accéléra.

« Elle est où ? »

Elle nous conduisit dans une chambre devenue bureau.

Une longue étagère en bois sombre courait encore sous la fenêtre.

Morel passa la main dessous.


Rien.

Un policier examina les fixations.

« Ces vis ne sont pas d’origine. »

Il sortit un outil.

Quelques minutes plus tard, l’étagère se détacha.

Derrière, une cavité avait été creusée dans le mur.

Vide.

Je sentis la colère me traverser.

« On arrive trop tard. »

Morel s’accroupit.


« Peut-être pas. »

Il éclaira l’intérieur avec son téléphone.

Quelque chose était coincé au fond.

Une petite clé.

Et un morceau de papier jauni.

Je le dépliai.

Deux chiffres.

3-17.

Rien d’autre.

« Ça vous dit quelque chose ? » demanda Morel.


Je secouai la tête.

Puis mon regard se posa sur une fine rayure à l’intérieur de la cavité.

Deux lettres avaient été gravées.

C.M.

Camille Martin.

Et juste dessous :

P.D.

Philippe Delcourt.

Mon père.

« Il est venu ici après notre rupture », murmurai-je.


Morel me regarda.

« Vous en êtes sûr ? »

« Il n’avait aucune raison de connaître cette cachette avant. »

Je sortis mon téléphone et appelai Camille.

Elle décrocha presque immédiatement.

« Adrien ? »

« On a trouvé une cavité derrière l’ancienne étagère. »

Silence.

« L’étagère que j’avais fabriquée ? »

« Oui. »


Sa respiration changea.

« Mon père avait-il déjà été chez toi ? »

« Jamais quand nous étions ensemble. »

Je fermai les yeux.

« Donc il est venu après. »

« Qu’est-ce qu’il y avait ? »

« Une clé et les chiffres 3-17. »

Camille resta silencieuse.

Puis elle murmura :

« Le 17 mars. »


Je fronçai les sourcils.

« Qu’est-ce qu’il y a le 17 mars ? »

« C’est le jour où j’ai reçu le dernier courrier de ton père. »

Je sentis mon estomac se contracter.

« Quel courrier ? »

« Une enveloppe sans adresse d’expéditeur. À l’intérieur, il y avait seulement une phrase. »

« Laquelle ? »

Camille hésita.

Puis elle récita de mémoire :

« Un jour, si Adrien cherche enfin la vérité, montre-lui ce que je n’ai pas eu le courage de lui dire. »

Je restai figé.

« Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ? »

Sa voix devint dure.

« Parce que tu ne me parlais plus. »

La réponse était irréfutable.

Morel demanda à prendre le téléphone.

« Madame Martin, avez-vous conservé cette lettre ? »

« Oui. »

« Où ? »

« Dans un coffre bancaire. »

Je me tournai vers lui.

« La clé. »

Il hocha la tête.

« Probablement. »

Une heure plus tard, avec l’accord de Camille et l’autorisation nécessaire, nous étions dans une agence bancaire proche de République.

La clé correspondait bien à un ancien coffre ouvert au nom de Camille plusieurs années auparavant.

Elle ignorait totalement son existence.

Le coffre portait le numéro 317.

3-17.

Quand l’employée l’ouvrit, il ne contenait qu’une boîte noire.

À l’intérieur se trouvaient trois objets.

La lettre originale que Camille avait reçue.

Un petit disque dur.

Et un carnet relié de cuir appartenant à mon père.

Je reconnus immédiatement son écriture.

Morel fit photographier chaque page avant de me laisser parcourir le carnet.

Mon père y avait noté des dates.

Des noms.

Des paiements.

Des numéros de dossiers.

Et surtout ses propres décisions.

Il n’essayait pas de se rendre innocent.

Au contraire.

Plus je lisais, plus je découvrais l’étendue de sa culpabilité.

Il avait autorisé des accords juridiques permettant à Laurent de maintenir le programme.

Il avait approuvé la séparation forcée entre Camille et moi.

Il avait accepté que des preuves falsifiées me soient montrées.

Puis quelque chose avait changé.

À partir d’une certaine date, ses notes devenaient plus nerveuses.

Plus courtes.

Laurent dépasse désormais ce que nous avions convenu.

Puis :

Il veut contrôler le dossier 7 directement.

Et enfin :

Véronique pense encore que séparer Adrien de Camille suffira. Elle ne comprend pas que Laurent ne veut plus seulement protéger la famille. Il veut posséder ce qui lui permettra de la diriger.

Je continuai.

Une autre page était datée de quelques mois avant sa mort.

Si je parle publiquement, Adrien découvrira ce que j’ai fait à Camille. Je perdrai mon fils.

La ligne suivante avait été ajoutée plus tard.

Mais si je me tais, il risque de perdre bien davantage.

Je dus m’arrêter.

Pendant des années, j’avais idéalisé mon père après sa mort.

Je l’avais vu comme un homme sévère mais loyal.

Le carnet détruisait cette image.

Il avait participé.

Il avait menti.

Puis il avait eu peur.

Pas seulement de Laurent.

De moi.

De mon jugement.

De perdre l’image du père qu’il avait construite.

Morel posa une main sur la table.

« Il faut continuer. »

J’acquiesçai.

Les dernières pages contenaient une série de notes sur Laurent.

Comptes offshore.

Sociétés écrans.

Transferts vers Avenir Biotech.

Versements à des intermédiaires.

Et une phrase entourée trois fois.

La clause successorale est son vrai levier.

Je relevai la tête.

« Il voulait le contrôle du groupe. »

Morel acquiesça.

« Ça semble évident. »

Mais quelque chose me dérangeait.

« Non. Pas seulement le contrôle actuel. »

Je relus la clause évoquée plus tôt.

La descendance directe de mon père devait hériter du contrôle de certaines holdings.

Moi d’abord.

Puis mes enfants.

Si je mourais sans descendance reconnue, certaines parts revenaient aux branches collatérales de la famille.

À Laurent.

Je sentis soudain le puzzle s’assembler.

« Voilà pourquoi les embryons comptaient autant. »

Morel me regarda.

« Expliquez. »

« Si Laurent pouvait contrôler leur existence, leur reconnaissance ou leur disparition, il pouvait influencer directement la succession future. »

Je sentis un froid me parcourir.

« Et si j’ignorais qu’ils existaient, il pouvait manipuler tout le processus sans résistance. »

Morel hocha lentement la tête.

« Ça lui donnait un levier énorme. »

Je pensai à Camille.

À la fausse trahison.

À l’isolement.

À mon éloignement progressif des affaires familiales.

Tout avait servi le même objectif.

Me rendre aveugle.

Puis Morel ouvrit le disque dur.

Le premier dossier contenait des copies comptables.

Le second, des courriels.

Le troisième était protégé par mot de passe.

Une indication apparaissait à l’écran :

CAMILLE SAIT.

Je sentis mon cœur accélérer.

J’appelai Camille.

« On a besoin d’un mot de passe. »

« Une indication ? »

« Camille sait. »

Elle resta silencieuse.

Puis elle murmura :

« Essaie “promesse”. »

Le dossier s’ouvrit.

Je fermai les yeux une seconde.

Le bracelet.

La promesse de ne jamais l’abandonner.

Mon père avait compris que Camille se souviendrait.

À l’intérieur se trouvait un enregistrement audio.

Sa voix remplit la petite salle bancaire.

« Adrien, si tu écoutes ceci, alors Laurent a probablement compris que j’avais commencé à rassembler des preuves. »

Je me penchai vers l’écran.

« Je ne te demande pas de me pardonner. J’ai laissé la peur, l’orgueil et l’argent guider mes décisions. Camille a payé le prix de ma lâcheté. »

Ma gorge se serra.

« Mais tu dois comprendre une chose. Laurent ne protégera personne si son pouvoir est menacé. Pas Véronique. Pas toi. Pas les enfants qui pourraient naître un jour. »

Puis il ajouta :

« Il existe une preuve que Laurent ne peut pas expliquer. Un enregistrement d’une réunion tenue à Sainte-Croix cinq ans plus tôt. J’en ai conservé une copie ici. »

Morel trouva le fichier.

Nous l’ouvrîmes.

L’image était mauvaise.

Une caméra fixe.

Une salle de réunion.

Mon père.

Laurent.

Étienne.

Et un administrateur de la clinique.

La date apparaissait en bas.

Six jours avant ma rupture avec Camille.

Laurent parlait.

« Tant qu’Adrien croit qu’elle l’a trahi, il ne cherchera jamais à comprendre pourquoi son matériel génétique est encore stocké ici. »

Ma poitrine se serra.

Puis l’administrateur demanda :

« Et si Martin découvre le programme ? »

Laurent répondit sans hésiter :

« Alors on la coupe de Delcourt. Après ça, elle n’aura ni les moyens ni les relations pour nous poser problème. »

Je serrai les poings.

Mon père restait silencieux sur la vidéo.

Étienne aussi.

Puis une voix demanda :

« Véronique accepte ? »

Laurent eut un sourire.

« Elle croit qu’elle protège son fils d’une arriviste. Laissez-la le croire. »

Ma vision se brouilla.

Ma mère avait été manipulée.

Mais elle avait choisi d’agir.

Et Camille avait été sacrifiée au milieu.

Morel arrêta la vidéo.

« Ça suffit pour renforcer considérablement le dossier. »

Je hochai la tête.

Mais je continuai à regarder l’écran.

Il y avait encore trente secondes.

« Remettez. »

Morel relança.

L’administrateur demanda :

« Et si Philippe change d’avis ? »

Laurent se pencha vers la table.

« Alors Philippe deviendra aussi un problème. »

Le silence qui suivit me glaça.

Mon père était mort trois ans plus tôt.

Officiellement d’un accident vasculaire cérébral.

Je regardai Morel.

« Vous pensez ce que je pense ? »

« Nous ne pouvons rien conclure sans preuve. »

« Mais vous allez vérifier. »

« Oui. »

Mon téléphone sonna.

Camille.

Je décrochai immédiatement.

Sa respiration était rapide.

« Adrien, il y a quelqu’un devant ma chambre. »

Je me levai brusquement.

« La police est là. »

« Je sais. »

« Alors quoi ? »

« Il ne tente pas d’entrer. »

Sa voix trembla.

« Il a laissé quelque chose devant la porte. »

Je sentis mon sang se glacer.

« Ne touche à rien. »

« Je n’ai rien touché. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

Elle resta silencieuse une seconde.

Puis répondit :

« Une photographie. »

« De quoi ? »

« De moi. »

Sa respiration se brisa.

« Prise aujourd’hui depuis l’extérieur de l’hôpital. »

Je serrai le téléphone.

Laurent était assez proche pour la surveiller.

Morel donna déjà des ordres à ses hommes.

Puis Camille ajouta :

« Il y a quelque chose écrit derrière. »

« Quoi ? »

Sa voix devint presque inaudible.

« Ton père a essayé de me trahir. Ne fais pas la même erreur. »

Je fermai les yeux.

Ce n’était plus une menace vague.

Laurent savait que nous avions retrouvé la preuve.

Et pour la première fois, il ne cherchait plus seulement à effacer le passé.

Il nous annonçait qu’il était prêt à agir ouvertement.

À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.

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