Je restai paralysée, le téléphone collé à mon oreille. La voix avait parlé à peine quelques secondes, mais ces quelques mots avaient suffi à faire tomber le peu de certitudes qu’il me restait. Thomas me fixait avec inquiétude. Adrien, lui, n’avait pas bougé. Son regard s’était posé sur mon téléphone, comme s’il essayait de comprendre ce que j’entendais.
« Qui êtes-vous ? »
Aucune réponse.
« Si vous connaissez mon père, dites-moi comment vous avez ce numéro. »
Un souffle traversa la ligne.
Puis la voix murmura :
« Regarde dans le tiroir de son bureau. Celui qu’il ne t’a jamais laissé ouvrir. »
La communication se coupa.
Je baissai lentement le téléphone.
« Qu’est-ce qu’il a dit ? » demanda Thomas.
Je le regardai.
« Il m’a dit de regarder dans le bureau de mon père. »
Thomas devint pâle.
« Alors il faut y aller. Maintenant. »
Adrien acquiesça.
« Je vais vous accompagner. »
Je secouai la tête.
« Non. »
Il me regarda avec surprise.
« Pourquoi ? »
« Parce que quelqu’un vient de me dire de ne faire confiance à personne ici. »
Thomas baissa les yeux.
« Claire… »
« Et je ne sais même plus qui croire. »
Adrien ne se vexa pas. Il hocha simplement la tête.
« Vous avez raison. À partir de maintenant, vous ne devez croire personne sur parole. Pas même moi. »
Cette réponse me surprit davantage que n’importe quelle protestation.
Nous quittâmes le salon par une porte secondaire. Dans le couloir, deux hommes d’Adrien nous attendaient. Thomas resta derrière nous quelques secondes, puis s’arrêta brusquement.
« Claire. »
Je me retournai.
Il me tendit la seconde clé USB.
« Prenez-la. »
« Vous venez de dire qu’elle était importante. »
« Justement. Si quelque chose m’arrive, vous aurez au moins une chance de comprendre. »
Je voulus lui demander ce qu’il craignait, mais il avait déjà repris sa marche.
Quelques minutes plus tard, nous étions dans la voiture d’Adrien. Paris défilait derrière les vitres, mais je n’entendais presque rien. Je repensais à cette voix. Elle connaissait mon père. Elle connaissait l’existence du tiroir secret. Et surtout, elle possédait encore le numéro personnel de mon père après sa mort.
« Adrien », dis-je finalement, « est-ce que vous saviez qu’il était mort ? »
« Oui. »
Je tournai brusquement la tête.
« Depuis quand ? »
« Depuis douze jours. »
« Et vous ne m’avez rien dit. »
« Parce que je voulais d’abord vérifier les circonstances. »
Je sentis ma colère monter.
« Vous me demandez de vous faire confiance alors que vous m’avez caché la mort de mon propre père ? »
Il soutint mon regard.
« Non. Je vous demande de vérifier mes actes avant de me faire confiance. »
Cette phrase resta suspendue entre nous.
Lorsque nous arrivâmes devant la maison familiale, quelque chose me frappa immédiatement.
La porte n’était pas verrouillée.
Je m’arrêtai sur le seuil.
« Je suis certaine de l’avoir fermée. »
Thomas regarda autour de lui.
« Moi aussi. »
Adrien fit signe à ses hommes de rester à l’extérieur. Nous entrâmes.
La maison était silencieuse. Trop silencieuse.
Dans le bureau de mon père, tout semblait exactement comme avant. Le vieux fauteuil, les livres, l’horloge, les dossiers parfaitement alignés.
Je me dirigeai vers le grand bureau en bois.
Le tiroir secret se trouvait derrière une rangée de livres.
Je retirai trois volumes.
Un déclic retentit.
Le compartiment s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une enveloppe blanche.
Mon nom était écrit dessus.
Je la pris avec des mains tremblantes.
« Claire, si tu lis cette lettre, c’est que je n’ai pas eu le courage de te dire la vérité de mon vivant. »
Je cessai de respirer.
Thomas détourna les yeux.
Je poursuivis la lecture.
« Antoine n’a jamais été celui que je voulais pour toi. Mais ce que je lui ai fait confiance pour accomplir dépassait largement ton histoire avec lui. Il devait récupérer quelque chose que Gabriel Varenne avait caché avant sa disparition. Quelque chose qui pouvait détruire plusieurs familles, dont la nôtre. »
Je relevai les yeux.
« Gabriel a disparu ? »
Thomas murmura :
« Oui. Il y a dix ans. »
Je continuai.
« Si Antoine te trahit, c’est parce qu’il a découvert que je t’avais protégée. Il pense que tu possèdes sans le savoir la dernière partie de l’accord original. Ne lui donne jamais accès à tes archives personnelles. »
Mon cœur battait si fort que j’entendais presque chaque pulsation.
Puis je lus la dernière phrase.
« Et surtout, Claire, si quelqu’un utilise ma voix après ma mort, ne crois pas un seul mot de ce qu’il te dira. »
Je lâchai presque la lettre.
Thomas me regarda.
« Qu’est-ce qui est écrit ? »
Je lui tendis le papier.
Avant qu’il ne puisse le prendre, un bruit sourd retentit à l’étage.
Quelqu’un venait de refermer une porte.
Adrien leva immédiatement la tête.
Nous étions censés être seuls.
Puis des pas commencèrent à descendre lentement l’escalier.
Un pas.
Puis un autre.
Et lorsque la silhouette apparut enfin sous la lumière du couloir, je reconnus le visage de l’homme sur la photographie.
Gabriel Varenne.
Il me regarda droit dans les yeux.
« Ton père t’a encore menti, Claire. Je ne suis pas mort. »







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