Le message resta affiché sur mon écran tandis que l’obscurité enveloppait la pièce. Personne ne parlait. J’entendais seulement la respiration des autres et, quelque part dans la maison, le tic-tac régulier de l’horloge de mon père. Puis une lampe de secours s’alluma dans le couloir, projetant une lumière pâle sur les visages tendus. Antoine regardait mon téléphone avec une expression que je ne lui avais jamais vue auparavant : de la véritable terreur.
« Ils savent que nous sommes ici. »
Je levai les yeux vers lui.
« Tu savais qu’ils pouvaient nous retrouver. »
« Je savais qu’ils surveillaient certaines personnes. Je ne savais pas qu’ils avaient retrouvé cette maison. »
Adrien s’approcha de la fenêtre et écarta légèrement le rideau. Les deux voitures étaient toujours garées devant. Pourtant, aucun homme ne se trouvait dans la rue.
« Ils ne sont peut-être pas venus pour entrer », dit-il.
Thomas fronça les sourcils.
« Alors pourquoi couper l’électricité ? »
Adrien se retourna.
« Pour nous faire comprendre qu’ils peuvent le faire quand ils veulent. »
Un frisson me parcourut.
Je regardai Antoine.
« Maintenant, tu vas tout me dire. »
Il hésita.
« Tout ce que je sais. »
« Non. Tout. »
Il passa une main sur son visage.
« Mon père travaillait pour une organisation privée qui achetait des technologies avant qu’elles deviennent publiques. Ils investissaient dans des entreprises, récupéraient leurs brevets et forçaient parfois les propriétaires à céder leurs droits. »
« Et mes recherches ? »
« Elles étaient considérées comme extrêmement importantes. »
« Pourquoi ? »
Antoine baissa les yeux.
« Parce que ton système de restauration pouvait être utilisé pour reconstruire rapidement des infrastructures anciennes. Des bâtiments historiques, des ponts, des réseaux souterrains… Mais il pouvait aussi être adapté à d’autres usages. »
Je compris alors pourquoi mon père avait toujours refusé que je parle de mes travaux à des inconnus.
« Tu savais tout ça lorsque tu m’as rencontrée. »
« Oui. »
La réponse me déchira davantage que je ne voulais l’admettre.
« Et tu m’as aimée quand même ? »
Antoine releva les yeux.
Il resta silencieux si longtemps que je n’eus pas besoin de sa réponse.
Je détournai le visage.
Adrien posa doucement une main sur le dossier contenant mes documents.
« Claire, il y a quelque chose que nous devons vérifier avant de quitter cette maison. »
« Quoi ? »
« La société écran créée au nom de votre père. »
Thomas acquiesça.
« Si le carnet a vraiment été placé dans un coffre, il existe probablement un lien avec cette société. »
Je pensai à la lettre.
Mon père avait écrit qu’Antoine cherchait la dernière partie de l’accord original.
Je me tournai vers le bureau.
« Il y a quelque chose ici que nous n’avons pas encore trouvé. »
Je commençai à examiner les tiroirs. Des stylos, des factures, des carnets, des photographies. Rien.
Puis je remarquai une rayure sur le bois, juste sous le tiroir secret.
Je passai le doigt dessus.
« Attendez. »
J’appuyai.
Un petit compartiment s’ouvrit dans la paroi intérieure.
À l’intérieur se trouvait une enveloppe rouge.
Mon nom était écrit dessus.
Je l’ouvris.
Il n’y avait qu’une seule feuille.
« Claire, si tu as découvert ceci, alors Antoine t’a probablement déjà raconté une partie de l’histoire. Mais il ne connaît pas la dernière vérité. »
Je regardai Antoine.
Son visage était devenu blanc.
Je poursuivis.
« Le coffre de Saint-Lazare n’est pas destiné à contenir des documents. Il contient quelque chose que Gabriel et moi avons caché avant sa disparition. Quelque chose qui prouve à qui appartiennent réellement tes recherches. »
Je m’arrêtai.
Gabriel s’approcha.
« Continue. »
Je lus la dernière partie.
« Ne va pas au coffre seule. La personne qui possède la clé n’est pas celle que tu crois. »
Je levai les yeux.
« Quelle clé ? »
Thomas fouilla immédiatement dans ses poches.
Rien.
Adrien vérifia sa mallette.
Rien.
Antoine secoua la tête.
« Je n’ai aucune clé. »
Gabriel devint soudain immobile.
Il porta lentement la main à son cou.
Sous sa chemise se trouvait une petite chaîne métallique.
Il la retira.
Une minuscule clé y était attachée.
Je le regardai, stupéfaite.
« Vous l’aviez depuis tout ce temps ? »
Gabriel ferma les yeux.
« Ton père me l’a donnée la nuit où j’ai disparu. »
« Pourquoi ne me l’avoir jamais dit ? »
Il serra la clé dans sa paume.
« Parce qu’il m’avait demandé de ne jamais te la remettre tant que tu ne serais pas prête à connaître la vérité. »
« Et maintenant ? »
Gabriel me regarda.
« Maintenant, il n’est plus question d’être prête. »
Un bruit de moteur retentit brusquement devant la maison.
Adrien regarda par la fenêtre.
Les deux voitures avaient disparu.
À leur place se trouvait une troisième voiture, garée juste devant le portail.
Une femme en descendit.
Elle leva les yeux vers la maison.
Puis elle entra lentement dans le jardin.
Vanessa.
Je la fixai à travers la vitre.
« Qu’est-ce qu’elle fait ici ? »
Antoine recula.
« Ce n’est pas possible. »
Vanessa arriva devant la porte et frappa trois fois.
Puis elle cria :
« Claire, ouvre-moi ! Je sais qui a tué ton père. »
Personne ne bougea.
Vanessa ajouta d’une voix tremblante :
« Et si tu ne m’ouvres pas maintenant, ils vont tuer quelqu’un d’autre. »







No comments yet