L’obscurité tomba d’un seul coup.
Manon ne bougea pas.
« Personne ne sort », ordonna-t-elle.
Le commandant allait répondre lorsqu’un bruit métallique résonna dans le couloir.
Pas un choc accidentel.
Quelqu’un venait de refermer une porte.
Manon retira son téléphone de sa poche, activa l’écran au minimum et le posa face contre la table pour diffuser juste assez de lumière.
« Combien d’issues ? »
Le chef d’équipe répondit immédiatement.
« Entrée principale. Porte de service derrière le comptoir. Une sortie incendie près des cuisines. »
« Et cette pièce ? »
« Une seule porte. »
Manon observa la petite vitre donnant sur le couloir.
Vide.
L’officier de sécurité porta la main à sa radio.
Aucun signal.
Seulement un grésillement sec.
« Brouillage », murmura-t-il.
Manon regarda l’heure.
22 h 27.
Treize minutes avant l’heure inscrite à côté de son nom.
Elle se tourna vers le commandant.
« Le véhicule 12. Où est-il ? »
« Parking arrière de la base, normalement. »
« Normalement ne suffit plus. Vérifiez. »
Le commandant composa un numéro sur son téléphone personnel.
Pas de réponse.
Manon prit une décision.
« Nous ne restons pas enfermés ici. Celui qui nous observe veut contrôler nos déplacements. On va lui enlever cet avantage. »
Le chef d’équipe la fixa.
« Qu’est-ce que vous proposez ? »
« Faire exactement ce qu’il ne prévoit pas. »
Elle désigna l’officier de sécurité.
« Vous restez avec le commandant. Verrouillez cette porte après notre départ et ne l’ouvrez à personne sans confirmation visuelle. »
Puis elle regarda le chef d’équipe.
« Vous venez avec moi. »
« Pourquoi moi ? »
« Parce que la photo était dans votre casier. Soit quelqu’un voulait vous avertir, soit quelqu’un voulait que je vous soupçonne. Dans les deux cas, vous êtes déjà dans le jeu. »
Il ne discuta pas.
Ils sortirent.
Le couloir était presque totalement noir.
Manon avança lentement, utilisant la faible lumière provenant de l’écran de sortie de secours.
Aucune précipitation.
Aucun bruit inutile.
À l’angle menant au comptoir, elle leva deux doigts.
Le chef d’équipe s’arrêta.
Quelque chose venait de bouger.
Une silhouette traversa brièvement la cuisine.
Manon partit immédiatement.
Elle franchit la distance en quelques secondes, contourna le comptoir et atteignit la porte arrière juste au moment où elle se refermait.
Dehors, l’air de la nuit était froid.
Un moteur démarra.
Une voiture sombre quitta brutalement le parking.
Manon distingua seulement l’arrière du véhicule avant qu’il disparaisse sur la route.
« Plaque ? » demanda le chef d’équipe.
« Trop loin. »
Elle baissa les yeux.
Quelque chose reposait au sol près de la porte.
Un téléphone.
Écran fissuré.
Manon enfila un gant avant de le ramasser.
L’appareil était déverrouillé.
Une seule application était ouverte.
Une galerie de photographies.
Elle fit défiler les premières images.
La base.
Le bâtiment d’entraînement.
Renaud quittant son logement.
Le chef d’équipe montant dans son véhicule.
Puis elle.
À la station-service.
À l’entrée de la base.
Dans le réfectoire.
Pendant l’exercice.
Dans le bar.
Quelqu’un suivait chacun de ses mouvements depuis son arrivée.
Puis elle atteignit une photographie différente.
Le véhicule 12.
Stationné dans un hangar.
Capot ouvert.
Un homme travaillait à l’intérieur.
Son visage n’apparaissait pas.
Mais son uniforme, oui.
Manon agrandit l’image.
« Ce n’est pas un mécanicien. »
Le chef d’équipe se pencha.
« Comment pouvez-vous le savoir ? »
Elle désigna l’épaule de l’homme.
« Aucun marquage du soutien technique. »
Elle fit défiler l’image suivante.
Une caisse métallique ouverte.
À l’intérieur, plusieurs petits boîtiers identiques à celui caché sous son verre.
Mais ceux-ci ne servaient pas à enregistrer.
Le chef d’équipe blêmit.
« Déclencheurs à distance. »
Manon leva les yeux.
« Le véhicule 12 n’était pas destiné à me transporter. »
Il comprit aussitôt.
« Il devait devenir l’incident. »
Elle regarda l’heure.
22 h 31.
« Et il reste neuf minutes. »
Ils retournèrent immédiatement dans la pièce.
Le commandant prit le téléphone sans le toucher directement.
« On évacue la zone et on envoie une équipe sur le véhicule. »
Manon secoua la tête.
« Pas avec les radios habituelles. Celui qui fait ça connaît nos fréquences et nos procédures. »
« Vous proposez quoi ? »
« Un contact direct avec le poste de garde. Coureur physique si nécessaire. Aucun ordre transmis sur un canal compromis. »
Le commandant acquiesça.
Pour la première fois depuis le début de l’exercice, personne ne remettait en question ses décisions.
L’officier de sécurité examina rapidement le téléphone abandonné.
« Ce n’est pas un appareil personnel. Pas de carte SIM classique. Il a été préparé pour transmettre des données puis être jeté. »
Manon revint aux photographies.
« Pourquoi le laisser tomber ? »
Le chef d’équipe répondit.
« Peut-être qu’il a paniqué. »
« Non. »
Elle agrandit l’une des dernières images.
« Quelqu’un capable de préparer ça ne panique pas parce qu’une porte s’ouvre. »
Elle fit défiler encore.
La dernière photo représentait l’entrée du bar.
Prise depuis l’extérieur.
Horodatée à 22 h 18.
Renaud y apparaissait lorsqu’on l’emmenait.
Derrière lui, presque invisible dans le reflet d’une vitre, se trouvait un autre homme.
Manon zooma.
Le chef d’équipe se pencha davantage.
« Je le connais. »
Elle tourna la tête.
« Qui est-ce ? »
Il ne répondit pas immédiatement.
« Capitaine Arnaud Vasseur. Officier chargé de la coordination logistique de l’exercice. »
Le commandant se figea.
« Impossible. Vasseur est rentré à Toulon cet après-midi. »
Manon montra l’heure de la photo.
« Non. Il était ici il y a treize minutes. »
Le téléphone vibra soudain dans sa main.
Un nouveau message apparut.
Cette fois, pas de numéro.
Seulement une image.
Le véhicule 12.
Et derrière le pare-brise, attaché au siège conducteur, se trouvait Renaud.
Vivante.
Conscient.
Le visage ensanglanté, mais les yeux ouverts.
Sous la photographie, une phrase.
SI VOUS VOULEZ SAVOIR QUI A ÉCRIT LA LISTE, VENEZ SEULE.
Manon fixa l’écran.
Le message suivant arriva presque immédiatement.
HANGAR 4.
22 H 40.
Le chef d’équipe secoua la tête.
« C’est un piège. »
Manon remit lentement le téléphone dans sa poche.
« Oui. »
Puis elle vérifia son équipement.
« Mais pour la première fois, c’est un piège dont nous connaissons l’heure et l’endroit. »
**À suivre — cliquez sur la Partie 5 pour continuer.**







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