Divertissement

Il Lui Agita Un Soutien-Gorge Rouge Sous Le Nez — Puis L’Officière Des Commandos Marine Décida De Répondre Sans Un Mot

Manon regarda longtemps la photographie sans parler.

Le visage de l’officier supérieur au centre de l’image n’était pas ambigu.

Trois semaines plus tôt, elle lui avait remis personnellement son rapport sur les numéros de série suspects.

Il l’avait lu devant elle.

Puis il avait refermé le dossier en disant qu’une vérification administrative serait lancée.

Quarante-huit heures plus tard, son affectation pour l’exercice interarmées avait été confirmée.

À l’époque, Manon n’avait vu aucun lien entre les deux événements.

Maintenant, elle en voyait un partout.

« Qui d’autre connaît l’existence de cette photo ? » demanda-t-elle.

L’officier de sécurité répondit :


« Les quatre personnes présentes ici et l’équipe qui a ouvert la consigne. »

« Ça reste ainsi. »

Le commandant fronça les sourcils.

« Vous voulez cacher une preuve ? »

« Je veux éviter de prévenir la personne qu’elle incrimine. »

Manon retourna la photographie.

ELLE A VU LES CAISSES. FAITES-LA VENIR.

« Si cet homme m’a réellement fait affecter ici, il pense probablement que Vasseur a terminé le travail. »

« Après l’explosion du hangar, il saura que quelque chose s’est mal passé. »

« Oui. Mais il ignore ce que nous avons récupéré. »


Elle désigna les documents sauvés de l’incendie.

« Et surtout, il ignore ce que Renaud nous a dit. »

Le commandant comprit immédiatement.

« Vous voulez le laisser dans l’incertitude. »

« Exactement. »

Manon passa les heures suivantes à reprendre chaque élément dans l’ordre.

Le rapport maritime.

Les numéros de série en double.

Son affectation.

La photographie prise à la station-service.


La liste des pertes.

Les deux militaires blessés.

Les supports préparés par Renaud.

La consigne 214.

Vasseur.

Chaque élément avait semblé isolé parce que quelqu’un avait précisément construit le système pour qu’il le soit.

Mais une fois alignés, les événements formaient une chaîne.

Et une chaîne possédait toujours un point faible.

Le premier apparut dans les horaires.

Manon posa deux documents côte à côte.


« Regardez. »

Le chef d’équipe s’approcha.

« Quoi ? »

« Les deux militaires blessés. Leurs incidents ont eu lieu pendant des fenêtres de transfert logistique. »

Il consulta les horaires.

Elle avait raison.

Le premier accident avait eu lieu dix-sept minutes après le départ d’un convoi.

Le second, onze minutes avant l’arrivée d’un autre.

Manon ouvrit ensuite la copie du faux planning qui prévoyait son transfert vers le véhicule 12.

22 h 35.


Elle consulta les mouvements administratifs du soir.

À 22 h 30, un transfert de matériel avait également été prévu.

« Ils ne supprimaient pas seulement les témoins », dit-elle.

« Ils profitaient des incidents pour détourner l’attention. »

Le commandant fixa les feuilles.

« Pendant que tout le monde gère un blessé, personne ne vérifie une caisse. »

« Exactement. »

Le deuxième indice venait de Renaud.

Depuis l’infirmerie, sous surveillance, il accepta de reconstituer tous les dépôts qu’il avait effectués pour Vasseur.

Sept supports en cinq mois.


Toujours après un exercice impliquant un transfert important de matériel.

Toujours dans la même consigne.

Mais lorsqu’on compara les dates aux registres logistiques, une anomalie apparut.

Deux des sept dépôts correspondaient à des journées où Vasseur n’était pas présent dans la région.

Manon fixa la liste.

« Donc quelqu’un d’autre récupérait les supports. »

Renaud acquiesça.

« Je n’ai jamais vu qui. »

« Comment receviez-vous les instructions ? »

« Messages chiffrés. »


« De Vasseur ? »

Renaud hésita.

« Je le pensais. »

Manon se pencha légèrement.

« Ce n’est pas ce que je vous ai demandé. »

Renaud ferma les yeux une seconde.

« Je n’ai jamais pu le vérifier. »

Voilà le troisième indice.

Ils avaient tous supposé que Vasseur contrôlait l’ensemble du réseau parce qu’il était l’homme visible.

En réalité, il pouvait lui aussi n’avoir été qu’un intermédiaire.


Un intermédiaire mieux informé que Renaud.

Plus dangereux.

Mais remplaçable.

Manon quitta l’infirmerie avec une certitude nouvelle.

Le véritable centre du dispositif n’était pas sur la base.

Il était suffisamment haut placé pour choisir les exercices, approuver les affectations et faire disparaître les incohérences administratives.

À midi, une analyse des métadonnées du rapport maritime apporta la première preuve concrète.

Le document de Manon avait été ouvert trois fois après son dépôt.

La première fois par le bureau chargé de la logistique.

La deuxième par Vasseur.


La troisième avec les identifiants professionnels de l’officier supérieur visible sur la photographie.

Dix-neuf minutes plus tard, une demande d’affectation concernant Manon avait été créée.

Elle regarda l’écran sans bouger.

Il n’y avait désormais plus de coïncidence possible.

Le commandant murmura :

« On peut demander son interpellation. »

Manon secoua la tête.

« Pas encore. »

« Nous avons la photo, les métadonnées et les faux documents. »

« Nous avons assez pour le soupçonner. Pas assez pour savoir qui travaille encore avec lui ni où part le matériel. S’il est arrêté maintenant, tout le réseau disparaît. »


Le chef d’équipe la fixa.

« Alors qu’est-ce que vous voulez faire ? »

Manon prit une feuille vierge.

« Lui donner une raison de bouger. »

Elle rédigea un message opérationnel volontairement faux.

Une équipe aurait retrouvé, dans les débris du hangar, un registre papier intact contenant les destinations finales des caisses dupliquées.

Le registre devait être transféré le soir même vers un centre sécurisé.

L’information ne fut placée que dans un seul circuit administratif.

Celui auquel l’officier supérieur avait accès.

Puis ils attendirent.

Deux heures passèrent.

Rien.

Trois heures.

Toujours rien.

À 17 h 46, une demande urgente apparut dans le système.

MODIFICATION DU TRANSFERT — ORDRE PRIORITAIRE.

Le faux registre ne devait plus être envoyé au centre sécurisé.

Un véhicule viendrait le récupérer directement sur la base.

L’autorisation portait la signature numérique de l’officier de la photographie.

Manon observa l’écran.

« Il a mordu. »

Mais une vérification rapide fit disparaître toute satisfaction.

Le véhicule désigné pour récupérer le registre existait réellement.

Son conducteur aussi.

Seulement, le conducteur officiel ignorait tout de cette mission.

Quelqu’un allait donc utiliser son identité.

À 19 h 12, les caméras de l’entrée principale signalèrent l’arrivée du véhicule.

Manon observait les images depuis une salle sécurisée.

La camionnette ralentit au poste de contrôle.

Le conducteur tendit ses papiers.

L’agent de garde suivit les instructions et le laissa entrer.

Manon zooma sur le visage.

Elle sentit son estomac se contracter.

Ce n’était pas Vasseur.

C’était l’homme en civil qui se trouvait avec lui dans le hangar.

Celui qui s’était échappé quelques secondes avant l’explosion.

« Ne l’arrêtez pas », ordonna Manon.

Le commandant tourna la tête vers elle.

« Il est à portée. »

« Justement. Laissez-le nous conduire jusqu’à celui qui l’envoie. »

L’homme récupéra une mallette contenant le faux registre et quitta la base vingt minutes plus tard.

Deux véhicules banalisés le suivirent à distance.

Manon se trouvait dans le premier.

La camionnette roula vers l’ouest pendant près de quarante minutes avant de quitter la route principale.

Elle entra finalement dans une ancienne zone de stockage militaire presque abandonnée.

Manon regarda les bâtiments sombres apparaître derrière la clôture.

L’homme descendit avec la mallette.

Une autre voiture l’attendait déjà.

La portière arrière s’ouvrit.

Un homme en uniforme en sortit.

Même à cette distance, Manon le reconnut.

L’officier supérieur de la photographie.

Mais avant qu’elle puisse donner l’ordre d’intervenir, une deuxième silhouette descendit de l’autre côté du véhicule.

Manon porta aussitôt ses jumelles à ses yeux.

Arnaud Vasseur.

Vivant.

Il se pencha vers son supérieur et lui dit quelque chose.

Puis il désigna directement la route où Manon et son équipe étaient cachés.

Comme s’il savait exactement où ils se trouvaient.

**À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.**

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