Divertissement

Il Lui Agita Un Soutien-Gorge Rouge Sous Le Nez — Puis L’Officière Des Commandos Marine Décida De Répondre Sans Un Mot

À 22 h 34, le hangar 4 était déjà plongé dans l’obscurité.

Manon resta quelques secondes derrière un bâtiment annexe, observant les alentours.

Le chef d’équipe se tenait à plusieurs mètres derrière elle.

« Je croyais que vous deviez venir seule », murmura-t-il.

« C’est ce qu’ils doivent croire. »

Elle avait refusé qu’une équipe entière l’accompagne.

Trop visible.

Trop prévisible.

Le commandant avait finalement accepté une surveillance à distance, sans radio, avec deux hommes positionnés hors du périmètre immédiat.

Manon vérifia sa montre.


22 h 35.

L’heure inscrite sur le faux planning.

TRANSFERT LEFÈVRE — VÉHICULE 12.

Tout avait été préparé pour qu’elle arrive ici.

La seule différence était qu’elle le savait désormais.

Elle avança.

La grande porte latérale du hangar était entrouverte.

À l’intérieur, aucune lumière.

Une faible odeur de carburant flottait dans l’air.

Manon s’arrêta sur le seuil.


« Renaud ? »

Aucune réponse.

Elle entra.

Ses yeux s’adaptèrent progressivement.

Le véhicule 12 était là.

Exactement comme sur la photographie.

Mais le siège conducteur était vide.

Manon se figea.

Le chef d’équipe murmura derrière elle :

« Il n’est plus là. »


« Je vois. »

La portière était ouverte.

Sur le siège se trouvait une trace de sang.

Pas beaucoup.

Mais suffisamment pour confirmer que la photo n’était probablement pas un montage.

Manon inspecta rapidement l’habitacle sans rien toucher.

Puis elle entendit un souffle.

Très faible.

Derrière le véhicule.

Elle contourna lentement l’arrière.


Renaud était allongé au sol, les poignets attachés avec des colliers de serrage en plastique.

Il respirait.

Manon s’agenouilla près de lui.

« Renaud. »

Ses paupières bougèrent.

« Lefèvre… »

Sa voix était à peine audible.

« Qui vous a fait ça ? »

Il essaya de se redresser, mais elle le força doucement à rester immobile.

« Vasseur », souffla-t-il.


Le chef d’équipe jura à voix basse.

Manon ne détourna pas les yeux.

« Vous travailliez avec lui ? »

Renaud ferma les yeux.

« Au début. »

Le silence changea immédiatement de nature.

Manon sentit son corps se tendre.

« Expliquez. »

Renaud avala difficilement.

« Pas ici. »


« Vous avez quelques secondes avant que je décide que vous me faites encore perdre mon temps. »

Il rouvrit les yeux.

Pour la première fois depuis qu’elle le connaissait, il n’y avait plus aucune arrogance dans son regard.

Seulement de la peur.

« Vasseur m’a demandé de surveiller l’exercice. Les plannings. Les véhicules. Les changements de dernière minute. »

« Pourquoi ? »

« Il disait qu’il cherchait une fuite interne. Qu’il y avait des informations qui sortaient de la base. »

Manon sentit le chef d’équipe se rapprocher.

« Et vous l’avez cru ? »

Renaud eut un rire douloureux.


« J’avais confiance en lui. »

« Le support de stockage ? »

« C’était pour lui. »

Manon serra la mâchoire.

Elle avait eu raison.

Renaud devait remettre le support à quelqu’un.

« Vous lui avez donné des documents classifiés. »

« Je pensais participer à une enquête interne. »

« Sans ordre écrit ? Sans autorisation ? »

Renaud détourna les yeux.


« Il savait exactement quoi me dire. »

Manon ne lui accorda aucune compassion.

« Et le harcèlement ? Le soutien-gorge ? Les humiliations ? Ça aussi, c’était Vasseur ? »

Renaud resta silencieux.

Ce silence-là était différent.

Il n’avait rien d’une hésitation.

C’était de la honte.

« Non », finit-il par dire.

Manon le fixa.

« Ça, c’était vous. »


Il hocha faiblement la tête.

« Oui. »

« Alors ne mélangez pas tout. »

Elle se redressa légèrement.

« Vous avez peut-être été manipulé. Mais vous avez choisi le reste. »

Renaud ferma les yeux.

« Je sais. »

Puis sa respiration devint plus rapide.

« Mais quand j’ai vu votre nom sur la liste… j’ai compris que ce n’était pas une enquête. »

« Quand ? »


« Hier soir. »

« Et vous ne m’avez rien dit. »

« Je ne savais pas qui était impliqué. »

Il regarda le chef d’équipe.

« Même lui. »

Le chef d’équipe se raidit.

Renaud poursuivit.

« Vasseur avait accès à tout. Affectations. Déplacements. Accidents. Comptes rendus. Il pouvait faire disparaître des anomalies dans les rapports avant qu’elles remontent. »

Manon sentit un froid lui traverser le dos.

« Les deux militaires blessés. »

Renaud acquiesça.

« Ils avaient vu quelque chose. »

« Quoi ? »

« Je ne sais pas exactement. Mais tous les deux avaient signalé des incohérences dans des caisses de matériel avant leurs accidents. »

Le chef d’équipe se pencha.

« Quel matériel ? »

Renaud ouvrit la bouche.

Un claquement sec résonna au fond du hangar.

Manon se retourna immédiatement.

Une lumière blanche s’alluma au-dessus d’eux.

Puis une deuxième.

Puis toutes les lampes du hangar.

Ils se retrouvèrent brutalement exposés.

Une voix retentit depuis une passerelle métallique située au-dessus.

« Vous avez toujours été trop curieuse, Lefèvre. »

Manon leva les yeux.

Arnaud Vasseur se tenait derrière la rambarde.

Il n’était pas seul.

À côté de lui se trouvait un homme en tenue civile que Manon n’avait jamais vu.

Vasseur souriait.

« Éloignez-vous de Renaud. »

Manon resta immobile.

« Vous avez organisé les accidents ? »

« Le mot accident est précisément ce qui les rend utiles. »

Renaud murmura :

« Espèce de salaud… »

Vasseur ne lui accorda même pas un regard.

« Thomas, vous étiez parfait tant que vous exécutiez les consignes sans réfléchir. »

Il fixa ensuite Manon.

« Vous, en revanche, vous êtes devenue un problème dès votre arrivée. »

« Pourquoi moi ? »

Vasseur descendit lentement l’escalier métallique.

« Parce que vous observez. Parce que vous vérifiez. Parce que vous posez les bonnes questions sans même les prononcer. »

Manon ne bougea toujours pas.

« Ça ne répond pas à ma question. »

Vasseur atteignit le sol.

« Très bien. »

Il fit quelques pas vers elle.

« Il y a trois semaines, vous avez signé un rapport après une mission en Méditerranée. »

Manon fronça les sourcils.

Elle s’en souvenait.

Un contrôle maritime.

Des caisses dont les numéros de série ne correspondaient pas entièrement aux documents de transport.

Une anomalie qu’elle avait signalée sans obtenir de retour particulier.

Vasseur vit immédiatement qu’elle avait compris.

« Voilà. »

Manon sentit toutes les pièces commencer à se rejoindre.

« Les caisses de matériel. »

« Elles n’auraient jamais dû être inspectées. »

« Qu’y avait-il dedans ? »

Vasseur sourit à peine.

« Assez pour que plusieurs personnes très importantes préfèrent que cette question ne soit jamais posée. »

Le chef d’équipe fit un pas.

« Vous détournez du matériel militaire. »

Vasseur secoua la tête.

« Vous pensez beaucoup trop petit. »

Cette phrase suspendit tout.

Manon comprit alors que le support de stockage n’était pas la finalité.

Les exercices, les véhicules, les horaires, les faux accidents…

Tout cela servait à quelque chose de plus vaste.

« Les exercices interarmées », dit-elle lentement.

Vasseur cessa de sourire.

Manon continua.

« Vous utilisez les rotations de matériel pour déplacer quelque chose. Les exercices créent assez de transferts, assez de véhicules et assez de confusion administrative pour masquer ce qui entre et ce qui sort. »

Le regard de Vasseur confirma ce qu’il ne voulait pas dire.

Le chef d’équipe murmura :

« Mon Dieu. »

Manon poursuivit.

« Et quand quelqu’un remarque une incohérence, son nom arrive sur votre liste. »

Vasseur applaudit une fois.

« Voilà pourquoi votre nom y figurait avant même votre arrivée. »

Manon sentit sa colère devenir glaciale.

« Ce n’était donc pas parce que je suis une femme chez les commandos marine. »

« Non. »

Vasseur regarda Renaud avec mépris.

« Ça, c’était seulement une distraction particulièrement pratique. »

Renaud détourna les yeux.

Manon comprit soudain autre chose.

Les humiliations avaient produit exactement l’effet dont Vasseur avait besoin.

Tout le monde observait le conflit entre elle et Renaud.

Personne ne regardait la logistique.

Personne ne regardait les véhicules.

Personne ne regardait les caisses.

Renaud avait été à la fois complice et écran de fumée.

Vasseur fit encore un pas.

« Maintenant, posez votre arme au sol. »

Manon ne bougea pas.

« Sinon ? »

Vasseur regarda sa montre.

22 h 39.

Puis il sourit.

« Sinon, dans une minute, tout le monde croira que le lieutenant de vaisseau Lefèvre et l’adjudant-chef Renaud sont morts dans un accident provoqué par une mauvaise manipulation de carburant. »

Manon regarda discrètement le véhicule 12.

Puis les caisses disposées contre le mur.

Puis les conduites courant le long du hangar.

Elle comprit.

Le véhicule n’était pas le piège.

Le hangar entier l’était.

Et à 22 h 40 exactement, un petit voyant rouge s’alluma sur le boîtier fixé sous le châssis du véhicule 12.

**À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour continuer.**

No comments yet