Le voyant rouge s’alluma.
Manon n’attendit pas une seconde de plus.
« À terre ! »
Elle se jeta derrière un pilier de béton au moment où le chef d’équipe attrapait Renaud par le gilet pour le tirer hors de l’axe du véhicule.
Vasseur, lui, recula immédiatement.
Rien n’explosa.
Une seconde passa.
Puis deux.
Manon comprit.
« Ce n’est pas une minuterie. »
Elle aperçut le petit récepteur sous le châssis.
« C’est un système armé. Il attend un ordre à distance. »
Le sourire de Vasseur disparut.
Il plongea la main vers l’intérieur de sa veste.
Manon avait anticipé le mouvement.
« Ne faites pas ça. »
Sa voix était calme.
Son arme était déjà pointée vers lui.
Vasseur s’immobilisa.
L’homme en civil, resté près de l’escalier métallique, profita de l’instant pour se précipiter vers une porte latérale.
Le chef d’équipe partit derrière lui.
« Je m’en occupe ! »
Manon ne détourna pas les yeux de Vasseur.
« Sortez lentement votre main. »
Il obéit.
Entre ses doigts se trouvait un petit boîtier noir.
Un interrupteur protégé par un capot transparent occupait son centre.
« Posez-le. »
Vasseur eut un sourire sans joie.
« Vous pensez vraiment que c’est le seul ? »
Manon sentit le danger avant même d’en comprendre la source.
Un bruit mécanique venait de retentir derrière elle.
Renaud, toujours au sol, leva brusquement les yeux.
« Le téléphone. »
Manon se retourna.
Le téléphone abandonné près de lui s’était allumé tout seul.
Un compte à rebours venait d’apparaître à l’écran.
00:30.
« Sortez ! » cria Manon.
Elle attrapa Renaud sous un bras.
Le chef d’équipe réapparut presque aussitôt.
« L’autre s’est échappé par la porte de service ! »
« Laissez-le ! Aidez-moi ! »
Il saisit Renaud de l’autre côté.
Vasseur recula vers l’escalier.
Manon le vit.
« Vous venez avec nous. »
Il éclata d’un rire bref.
« Certainement pas. »
Il lança le boîtier au sol et partit en courant derrière une rangée de caisses.
00:21.
Manon dut choisir.
Le poursuivre ou sortir Renaud.
Elle choisit immédiatement.
« On évacue. »
Ils atteignirent la porte principale alors que le compte à rebours affichait huit secondes.
Les deux militaires positionnés à distance virent leur course et comprirent sans qu’aucun ordre soit nécessaire.
Tout le monde se replia derrière le bâtiment annexe.
À zéro, un grondement sourd traversa le sol.
Puis une détonation éclata à l’intérieur du hangar.
Les vitres vibrèrent.
Une boule de feu jaillit brièvement au-dessus du toit avant qu’une épaisse fumée noire ne s’élève dans la nuit.
Manon protégea la tête de Renaud des débris.
Lorsqu’elle releva les yeux, le hangar brûlait.
Le chef d’équipe respirait difficilement.
« Vasseur était encore dedans. »
Manon regarda les flammes.
« Peut-être. »
Elle avait vu trop de choses ce soir-là pour considérer une absence de sortie comme une preuve de mort.
Les secours arrivèrent rapidement.
Cette fois, le commandant fit fermer entièrement le secteur.
Plus aucun véhicule ne quitta la base.
Plus aucun militaire impliqué dans la logistique ne fut autorisé à accéder seul aux bâtiments sensibles.
Renaud fut transporté vers l’infirmerie sous surveillance.
Avant qu’on l’emmène, il attrapa faiblement le poignet de Manon.
« Lefèvre. »
Elle s’arrêta.
« Quoi ? »
« Le support que vous avez trouvé sur moi… ce n’était pas le seul. »
Manon se pencha légèrement.
« Combien ? »
« Vasseur m’en faisait préparer un après chaque exercice. »
« Où sont les autres ? »
Renaud secoua la tête.
« Je ne les ai jamais gardés. Je les déposais dans un casier extérieur. Toujours le même. »
« Où ? »
« Gare routière de Toulon. Consigne 214. »
Il ferma les yeux.
« Mais il y a autre chose. »
Manon attendit.
« La dernière fois, le casier était déjà vide quand je suis arrivé. »
« Quelqu’un connaissait votre procédure. »
« Oui. Et Vasseur était furieux. »
Les brancardiers recommencèrent à avancer.
Renaud força encore sa voix.
« Ça veut dire qu’une autre personne prenait parfois les supports avant lui. »
Puis on l’emmena.
Manon resta immobile.
Le commandant s’approcha derrière elle.
« Vous pensez qu’il ment ? »
« Pas sur ça. »
« Pourquoi ? »
Elle regarda le hangar en flammes.
« Parce que Vasseur contrôlait les horaires, les véhicules et les accès. Il n’avait aucune raison d’utiliser Renaud comme intermédiaire s’il pouvait récupérer les données directement. »
Le commandant comprit.
« Renaud ne travaillait donc pas seulement pour lui. »
« Non. Renaud était une couche supplémentaire entre Vasseur et quelqu’un d’autre. Peut-être sans même le savoir. »
À l’aube, les premières équipes spécialisées purent entrer dans les restes du hangar.
L’incendie avait détruit une grande partie du matériel.
Mais pas tout.
Une caisse métallique protégée par une paroi renforcée avait survécu.
À l’intérieur, ils trouvèrent des numéros de série, des bordereaux de transport et plusieurs sceaux administratifs contrefaits.
Manon examina les documents avec le commandant.
Les mêmes numéros revenaient plusieurs fois.
Des caisses officiellement transférées entre unités apparaissaient simultanément dans deux endroits différents.
« Des doublons », murmura le commandant.
Manon hocha la tête.
« Une caisse réelle entre. Une autre, portant la même identité administrative, sort ailleurs. Sur le papier, rien ne manque. »
« Et celle qui sort contient quoi ? »
Manon pensa aux anomalies qu’elle avait signalées trois semaines auparavant.
« C’est ce qu’ils voulaient empêcher quelqu’un de vérifier. »
Un technicien arriva alors avec un sachet scellé.
« Lieutenant de vaisseau, nous avons trouvé ceci près de la sortie nord du hangar. »
À l’intérieur se trouvait une plaque d’identification militaire noircie par la chaleur.
ARNAUD VASSEUR.
Le commandant expira lentement.
Mais Manon observa l’objet sans émotion.
« Vous avez retrouvé son corps ? »
« Non. »
« Alors il est vivant jusqu’à preuve du contraire. »
À cet instant, un véhicule de sécurité s’arrêta brusquement à quelques mètres.
Un officier en descendit.
Il tenait une enveloppe transparente.
« On vient de vérifier la consigne 214 à Toulon. »
Manon s’approcha.
« Vide ? »
« Non. »
Il sortit une photographie.
Elle montrait plusieurs hommes réunis autour de caisses identiques à celles du hangar.
Vasseur y figurait.
Mais ce n’était pas lui que Manon regardait.
Au centre de la photo se tenait un officier supérieur qu’elle connaissait parfaitement.
L’homme qui avait personnellement approuvé son affectation à cet exercice.
Et qui, trois semaines plus tôt, avait reçu son rapport sur les numéros de série suspects.
Au dos de la photographie, une date et une phrase avaient été écrites :
ELLE A VU LES CAISSES. FAITES-LA VENIR.
Manon releva lentement les yeux.
Son affectation sur cette base n’avait jamais été un hasard.
Quelqu’un l’avait fait venir ici.
**À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour continuer.**







No comments yet