Divertissement

J’ai Découvert les Ecchymoses de Ma Fille Enceinte — Puis Elle M’a Suppliée de Ne Pas Défier Son Mari, Directeur de l’Hôpital

Je regardai Julien sans répondre.

Huit minutes.

Pour lui, c’était une menace.

Pour moi, c’était un calendrier opérationnel.

À ma gauche, deux hommes maintenaient Marc au sol. À ma droite, Morel respirait trop vite. Devant moi, Chloé était immobilisée sur un brancard, les poignets retenus par des sangles médicales qu’aucun protocole obstétrical normal ne pouvait justifier.

Julien avait fait verrouiller le bloc.

Il pensait avoir fermé une cage autour de nous.

Il venait simplement de réduire le champ de bataille.

« Relâchez-la », dis-je.

Il sourit.


« Vous n’êtes pas en position de donner des ordres ici. »

« Vous confondez votre fonction avec du pouvoir. »

Son sourire disparut légèrement.

« Et vous confondez votre passé militaire avec une autorité dans mon hôpital. »

Je regardai les caméras au plafond.

« Votre hôpital ? »

Je laissai volontairement passer une seconde.

« C’est intéressant. Vous devriez répéter ça devant les enquêteurs qui viennent de recevoir les images du niveau moins trois. »

Son visage changea.

Très peu.


Mais suffisamment.

Morel tourna la tête vers moi.

Julien comprit.

« Vous êtes descendue. »

« Oui. »

Pour la première fois depuis qu’il était apparu, il perdit totalement son masque.

« Qu’est-ce que vous avez vu ? »

Je souris.

« Assez. »

Il fit un pas vers moi.


« Vous bluffez. »

« B-17. Compatibilité maternelle : 98,7 %. Descendance viable confirmée. Transfert néonatal autorisé. »

Chloé cessa de se débattre.

Les deux hommes près de Marc échangèrent un regard.

Et Julien pâlit.

Je venais de faire ce que l’on m’avait appris à faire face à une structure ennemie : semer le doute entre ceux qui exécutaient les ordres et celui qui prétendait tout contrôler.

Je désignai les hommes.

« Vous savez ce que signifie “transfert néonatal autorisé” ? »

Julien cria :

« Ne l’écoutez pas ! »


Trop tard.

Je continuai.

« Cela signifie que cet homme prévoit de retirer un enfant à sa mère après une intervention placée sous une fausse identité. »

L’un des hommes desserra légèrement sa prise sur Marc.

« On nous avait dit qu’il s’agissait d’une extraction de sécurité », murmura-t-il.

Julien se retourna brutalement.

« Taisez-vous. »

Je mémorisai la phrase.

Extraction de sécurité.

Donc tous n’étaient pas informés du meurtre prévu.


Excellent.

« On vous a menti », dis-je. « Comme on a menti au docteur Morel. Comme on a probablement menti à la moitié des personnes présentes dans ce couloir. »

Morel fit un pas en avant.

Sa voix tremblait.

« C’est vrai. »

Julien le fixa.

« Adrien, réfléchissez bien. »

« J’ai réfléchi pendant six ans. »

Quelque chose venait de changer chez l’anesthésiste.

La peur était toujours là.


Mais elle avait cessé de commander.

Il désigna Chloé.

« Je ne l’anesthésierai pas. »

Julien éclata d’un rire bref.

« Vous pensez avoir le choix ? »

« Oui. »

Morel sortit son badge rouge et le laissa tomber au sol.

« Maintenant, oui. »

Julien leva la main vers l’un des hommes.

« Emmenez-le. »


Personne ne bougea.

Je regardai Marc.

Toujours au sol.

Mais son visage avait retrouvé ce calme particulier que je connaissais chez les officiers lorsqu’un plan venait de commencer.

Il bougea légèrement deux doigts.

Signal simple.

Attendre.

Je compris.

Il n’avait jamais cessé de contrôler la situation.

Je tournai les yeux vers Julien.


« Vous avez encore six minutes. »

Cette fois, ce fut lui qui me regarda avec incompréhension.

« Six minutes avant quoi ? »

« Avant que vous découvriez pourquoi je n’avais pas besoin de garder mon téléphone allumé au sous-sol. »

Un bruit métallique retentit derrière les portes verrouillées.

Puis un second.

Julien se retourna.

La lumière au-dessus d’une issue passa du rouge au jaune.

Marc sourit.

« Transmission différée », dit-il.


Je ne quittai pas Julien des yeux.

« Mon téléphone a envoyé notre dernier niveau connu dès que le signal est revenu. »

Les alarmes changèrent de tonalité.

Quelque part dans le bâtiment, quelqu’un venait de reprendre la main sur une partie du système de sécurité.

Julien sortit précipitamment son téléphone.

Aucun réseau.

Il essaya de nouveau.

Puis hurla :

« Qui a coupé les communications ? »

Marc répondit depuis le sol :


« Nous. »

L’un des hommes qui le retenaient recula.

L’autre fit de même.

Marc se releva lentement.

Personne ne tenta de l’arrêter.

« L’ordonnance judiciaire permet la saisie immédiate des systèmes en cas de risque de destruction de preuves », expliqua-t-il. « En verrouillant le bloc et en modifiant une intervention en urgence sans justification médicale, vous venez de nous fournir ce risque. »

Julien regarda autour de lui.

Ses alliés disparaissaient.

Pas physiquement.

Psychologiquement.

C’était souvent ainsi qu’un empire commençait à tomber.

Chloé murmura :

« Maman… »

Je m’approchai du brancard.

Julien se plaça devant moi.

« Elle ne va nulle part. »

Je m’arrêtai à cinquante centimètres de lui.

« Écartez-vous. »

« Non. »

« Julien. »

La voix venait de Chloé.

Nous nous tournâmes tous vers elle.

Ma fille avait cessé de pleurer.

Elle le regardait avec une expression que je ne lui avais pas vue depuis longtemps.

Pas de peur.

Du dégoût.

« Tu m’as dit que personne ne me croirait. »

Julien ne répondit pas.

« Tu m’as dit que ma mère était vieille, qu’elle ne comprenait plus comment fonctionnait le monde. »

Je sentis quelque chose se serrer dans ma poitrine.

Chloé continua.

« Tu m’as dit que si je parlais, tu prendrais mon enfant et que tout le monde penserait que j’étais instable. »

« Chloé, tu es bouleversée. »

Sa voix reprit immédiatement cette douceur calculée.

« Laisse-moi t’aider. »

Elle le regarda comme s’il était devenu un étranger.

« Ne me touche plus jamais. »

Marc s’approcha du brancard et détacha une première sangle.

Puis la seconde.

Julien recula.

La porte principale du bloc émit soudain un signal.

Verrouillage levé.

Elle s’ouvrit.

Évelyne apparut, accompagnée de plusieurs agents habilités par l’État.

Derrière eux, deux infirmières et le chirurgien-obstétricien indépendant attendaient avec un nouveau brancard.

Je laissai enfin sortir l’air que je retenais.

Évelyne vint immédiatement vers Chloé.

« Nous allons vous transférer dans une aile sécurisée. Votre bébé va bien. Personne de l’équipe de Delorme ne participera à votre prise en charge. »

Chloé attrapa ma main.

« Tu viens avec moi ? »

« Jusqu’au bout. »

Mais alors que les agents avançaient vers Julien, toutes les lumières s’éteignirent.

Une seconde.

Deux.

Puis l’éclairage d’urgence rouge s’alluma.

Un cri retentit.

Lorsque la lumière revint suffisamment pour distinguer le couloir, Julien avait disparu.

« Fermez les sorties ! » cria Marc.

Un agent courut vers l’escalier.

Un autre vérifia l’ascenseur.

Je regardai au sol.

Là où Julien se tenait quelques secondes plus tôt se trouvait son téléphone.

Écran allumé.

Un appel venait d’arriver.

Aucun nom.

Seulement une suite de chiffres.

Puis un message apparut.

**Le transfert est compromis. Activez le protocole Varenne. Évacuation de la cible secondaire immédiatement.**

Je montrai l’écran à Marc.

« Cible secondaire ? »

Évelyne pâlit.

« Si Chloé est la cible principale… »

Nous nous regardâmes.

Puis je compris.

Le laboratoire Saint-Rémy n’avait pas seulement conservé mes données génétiques.

Il avait conservé celles de toute mon unité exposée.

Je saisis mon téléphone.

« Marc, contactez immédiatement tous les survivants de cette mission. »

Il me fixa.

« Pourquoi ? »

Je regardai le message une seconde fois.

« Parce que Chloé n’est peut-être pas la seule enfant qu’ils ont choisie. »

À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour continuer.

No comments yet