Divertissement

J’ai Découvert les Ecchymoses de Ma Fille Enceinte — Puis Elle M’a Suppliée de Ne Pas Défier Son Mari, Directeur de l’Hôpital

La route vers Saint-Rémy traversait une campagne plongée dans l’obscurité.

Marc conduisait.

Deux véhicules banalisés nous suivaient à distance.

Sur la banquette arrière, un analyste travaillait sur une tablette reliée aux serveurs saisis de l’hôpital.

Je regardais défiler les arbres noirs derrière la vitre.

Trente-deux ans.

Pendant trente-deux ans, j’avais cru que l’exposition de notre unité n’était qu’un accident de mission.

Un nuage toxique.

Une zone mal cartographiée.

Une opération qui avait mal tourné.


Puis des examens médicaux.

Des prises de sang.

Des formulaires.

Des médecins qui répétaient que nous étions simplement surveillés par précaution.

À présent, tout cela ressemblait moins à une surveillance qu’à une sélection.

Marc rompit le silence.

« Nous avons localisé Thomas. »

Je me tournai vers lui.

« Où ? »

L’analyste répondit depuis l’arrière.


« Son téléphone personnel est éteint depuis quarante minutes. Mais sa voiture a franchi le portail de Saint-Rémy il y a vingt-deux minutes. »

« Seul ? »

« Non. »

Il agrandit une image de caméra.

Thomas descendait d’un véhicule.

À côté de lui marchait Antoine Varenne.

Mon ancien supérieur.

Je fixai son visage.

L’âge l’avait marqué, mais sa posture n’avait pas changé.

Même dos droit.


Même manière de garder le menton légèrement relevé.

L’homme qui m’avait appris à ne jamais abandonner un soldat venait de passer trente ans à surveiller nos enfants.

« Thomas sait-il ce qui se passe ? » demanda Marc.

« Impossible à confirmer. »

Je regardai l’heure.

Minuit approchait.

« Alors nous partons du principe qu’il est une victime jusqu’à preuve du contraire. »

Marc acquiesça.

Quelques minutes plus tard, Saint-Rémy apparut au loin.

Le complexe ne ressemblait pas à un laboratoire clandestin.


C’était précisément le problème.

Façade moderne.

Vitres propres.

Éclairage discret.

Parking presque vide.

Une plaque indiquait :

CENTRE SAINT-RÉMY — RECHERCHE BIOMÉDICALE ET THÉRAPIES INNOVANTES.

Aucun signe de ce qui se cachait derrière ces murs.

Les équipes judiciaires encerclèrent les accès.

Marc reçut une communication.


Son expression se durcit.

« L’autorisation de perquisition vient d’être contestée. »

« Par qui ? »

« Cabinet du ministère. »

Je souris sans joie.

« Varenne. »

« Ou quelqu’un au-dessus de lui. »

C’était la première fois que Marc prononçait cette possibilité.

Elle resta suspendue entre nous.

Peut-être que Varenne n’était pas au sommet.


Je sortis du véhicule.

« On entre. »

À l’accueil, une femme en blouse nous barra le passage.

« Le centre est fermé. »

Marc présenta l’ordonnance.

« Plus maintenant. »

Deux agents sécurisèrent le hall.

Les portes automatiques furent bloquées.

L’équipe informatique se dirigea vers les serveurs.

Puis une alarme retentit.


Pas une sirène d’évacuation.

Un signal court.

Trois impulsions.

Je connaissais ce rythme.

Verrouillage interne.

Les portes derrière nous se refermèrent.

Marc jura.

« Ils savaient que nous arrivions. »

Une voix surgit des haut-parleurs.

« Vous avez toujours été incapable de respecter les ordres, Claire. »


Je me figeai.

Varenne.

Il n’avait pas utilisé mon grade.

Seulement mon prénom.

Comme autrefois.

« Antoine », répondis-je en levant les yeux vers une caméra. « Où est Thomas ? »

Un silence.

Puis :

« En sécurité. »

« C’est ce que Delorme disait de Chloé. »


La voix se durcit.

« Julien a perdu le contrôle. Il n’aurait jamais dû la brutaliser. »

Je sentis une colère froide monter en moi.

« Voilà donc votre défense ? Le programme était acceptable jusqu’à ce qu’il laisse des ecchymoses ? »

Marc me fit signe.

Un agent venait de trouver un escalier secondaire.

Nous avançâmes.

Varenne continuait de parler.

« Tu ne comprends pas ce que nous avons découvert. »

« Alors expliquez-moi. »


« Après l’exposition, certains membres de votre unité ont développé des réponses biologiques uniques. Régénération accélérée. Tolérance cellulaire. Résistance à des agents qui auraient dû provoquer des dégâts irréversibles. »

« Nous étions des soldats, pas du matériel de laboratoire. »

« Vous étiez les deux. »

Ces quatre mots me frappèrent plus violemment que je ne l’aurais cru.

Nous descendîmes d’un étage.

L’analyste ouvrit une porte sécurisée.

Derrière se trouvait une salle remplie de dossiers physiques.

Des centaines.

Je pris le premier.

Une photographie d’un homme de mon unité.

Puis celle de son fils.

Puis celle de sa petite-fille.

Trois générations.

« Mon Dieu », murmura Marc.

Varenne parla encore.

« Nous avons protégé des recherches qui pourraient sauver des millions de vies. »

Je tournai une page.

Des annotations.

Des grossesses.

Des prélèvements.

Des enfants suivis dès leur naissance.

« Vous avez volé des vies pour sauver une idée. »

« L’Histoire ne retient pas les hésitations morales. Elle retient les résultats. »

Je fermai le dossier.

« C’est ce que disent toujours les hommes qui ont besoin que les autres paient le prix de leurs convictions. »

Un bruit éclata au bout du couloir.

Nous courûmes.

Derrière une porte vitrée, un homme frappait contre la paroi.

Thomas.

Il avait une perfusion au bras.

Deux infirmiers tentaient de le maintenir.

À l’intérieur, Varenne se tenait face à lui.

Je cognai contre la vitre.

« Antoine ! »

Il se retourna.

Nos regards se croisèrent.

Pour la première fois, il ne pouvait plus se cacher derrière un téléphone, une institution ou Julien.

Il était là.

Thomas cria :

« Qu’est-ce qu’ils m’ont injecté ? »

Varenne posa une main sur son épaule.

« Calme-toi. »

Thomas la repoussa.

« Vous m’avez amené ici en disant que vous faisiez un malaise ! »

Voilà notre réponse.

Il ne savait rien.

Marc ordonna qu’on force la porte.

Les agents commencèrent à travailler sur le verrou électronique.

Je levai la voix.

« Antoine, ouvrez. »

Varenne me regarda.

« Si j’ouvre cette porte, trente ans de recherche disparaissent. »

« Si vous ne l’ouvrez pas, vous perdez votre fils. »

Il détourna les yeux vers Thomas.

Et quelque chose vacilla enfin dans son visage.

Pas assez.

Une infirmière regarda un écran.

« Général Varenne, nous devons commencer maintenant. »

Thomas recula.

« Commencer quoi ? »

Je frappai la vitre.

« N’approchez pas de lui ! »

Varenne ferma les yeux.

Puis il dit :

« Préparez le prélèvement. »

Thomas tenta de fuir.

Les deux infirmiers le saisirent.

La porte céda au même instant.

Nous entrâmes.

Marc immobilisa le premier infirmier.

Un agent maîtrisa le second.

Je me plaçai devant Thomas.

« Retirez cette perfusion. »

Personne ne bougea.

Je l’arrachai moi-même.

Varenne me regardait comme s’il ne me reconnaissait plus.

« Tu viens de détruire la seule chance que nous avions. »

« Non. »

Je me tournai vers Thomas.

« J’ai sauvé votre fils. »

Thomas fixa son père.

« De quoi parle-t-elle ? »

Varenne resta silencieux.

Puis l’ordinateur derrière lui émit une alerte.

L’analyste s’approcha.

Son visage changea.

« Général… vous devez voir ça. »

Une série de fichiers venait de s’ouvrir automatiquement.

Liste des sujets actifs.

Chloé.

Thomas.

Camille Perrin.

Puis plusieurs enfants.

Certains avaient moins de dix ans.

Mais une ligne clignotait en rouge.

SUJET PRIORITAIRE — TRANSFERT EN COURS.

Je regardai le nom.

Et mon sang se glaça.

Ce n’était ni Chloé ni Thomas.

C’était le nourrisson officiellement déclaré mort quatre ans plus tôt.

Statut actuel :

VIVANT.

Localisation :

UNITÉ PÉDIATRIQUE SAINT-RÉMY — NIVEAU -2.

Je levai les yeux vers Varenne.

« Vous saviez. »

Il ne répondit pas.

Et son silence fut la première confession véritable de toute cette nuit.

À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.

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