Divertissement

J’ai Envoyé Par Erreur Un Message Au Mauvais Homme À L’Hôpital — Le Parrain De La Mafia A Donné Son Nom À Ma Fille, Puis J’ai Découvert Pourquoi

Moretti fixa le message de son père sans le toucher. Je pouvais presque voir les calculs se succéder derrière ses yeux, mais pour la première fois, son silence ne m’intimidait plus. Il m’exaspérait.

« Appelez-le. »

Il releva les yeux vers moi.

« Non. »

« Il parle de moi. De ma mère. De ma fille. Vous n’avez plus le droit de décider quelles réponses je peux entendre. »

« Mon père ne donne jamais une réponse sans chercher quelque chose en échange. »

« Alors découvrons ce qu’il veut. »

Marco se tenait près de la porte, manifestement mal à l’aise. Julien, lui, n’osait presque plus me regarder. Tout ce que j’avais cru savoir sur lui s’était effondré en quelques minutes, mais je n’avais pas encore la force de m’occuper de cette trahison.

Moretti finit par rappeler.

Vittorio décrocha dès la première sonnerie.


« Alessandro. »

J’appris ainsi son prénom.

Alessandro Moretti.

« Tu es allé à Saint-Victor », dit-il.

Un léger rire résonna.

« Tu poses toujours des questions dont tu connais déjà la réponse. »

« Qu’as-tu pris dans le coffre 317 ? »

Un silence.

Puis Vittorio demanda :

« Elle est avec toi ? »


Alessandro me regarda.

Je tendis la main.

Après une hésitation, il me donna le téléphone.

« Je suis là. »

La respiration de Vittorio changea.

« Émilie. »

La familiarité avec laquelle cet homme prononça mon prénom me donna la chair de poule.

« Vous connaissiez ma mère ? »

« Mieux que mon propre fils ne l’imagine. »

Alessandro se raidit.


« Pourquoi mon nom était-il inscrit sur ce coffre avant ma naissance ? »

« Parce que Claire savait qu’elle ne pourrait peut-être pas te protéger éternellement. »

« De qui ? »

« De moi, au début. Puis d’hommes bien pires. »

Je serrai ma fille contre moi.

« Pourquoi quelqu’un veut-il son sang ? »

Cette fois, Vittorio resta silencieux si longtemps que je crus l’appel coupé.

« Parce qu’il existe des choses que les morts ont essayé d’emporter avec eux. Ton enfant peut en réveiller une. »

« Arrêtez de parler par énigmes. »

Sa voix se fit plus grave.


« Ta mère n’est pas morte comme tu le crois. »

Tout mon corps se figea.

Je connaissais pourtant chaque détail de cette journée. L’appel de l’hôpital. L’accident sur l’autoroute près d’Aubagne. Le véhicule qui avait quitté la chaussée. L’identification. Les funérailles.

« Elle a eu un accident. »

« On t’a dit qu’elle avait eu un accident. »

Alessandro s’approcha.

« Père, qu’as-tu trouvé dans le coffre ? »

« Pas au téléphone. »

« Alors où ? »

« La maison du Roucas-Blanc. Une heure. Émilie et l’enfant. »


« Non. »

« Alors tu n’auras rien. »

La communication fut coupée.

Je rendis lentement le téléphone à Alessandro.

« Nous y allons. »

« Absolument pas. »

« Vous voulez savoir ce que votre père cache autant que moi. »

Sa mâchoire se contracta.

« C’est précisément pour cette raison que je sais que c’est peut-être un piège. »

Julien parla depuis le fond de la chambre.


« Ça en est probablement un. »

Je me retournai vers lui.

« Tu n’as plus vraiment de voix au chapitre. »

Il baissa les yeux.

« Je sais. Mais il y a quelque chose que vous devez comprendre. Les gens qui m’envoyaient ces messages ne voulaient jamais tuer Émilie. Ils répétaient toujours qu’elle devait rester en vie. »

Alessandro le fixa.

« Pourquoi ? »

« Je l’ignore. »

« Et l’enfant ? »

Julien hésita.


« Ils ne parlaient d’elle que comme de la preuve. »

Le mot me donna la nausée.

Ma fille n’était pas une preuve. Elle dormait paisiblement contre moi, inconsciente des secrets que des adultes avaient enterrés bien avant sa naissance.

Je baissai les yeux vers elle.

« Elle a besoin d’un prénom », murmurai-je soudain.

Les trois hommes me regardèrent, surpris.

Pendant ma grossesse, j’avais évité de choisir définitivement. Julien et moi avions autrefois parlé de dizaines de prénoms, puis son départ avait transformé chaque choix en souvenir douloureux.

Je caressai la joue de mon bébé.

« Lucie. »

Le prénom de ma grand-mère maternelle.


Ou du moins, de celle que j’avais toujours cru être ma grand-mère.

« Elle s’appellera Lucie. Et personne ne décidera de sa vie à ma place. »

Alessandro me regarda longuement.

Puis il hocha la tête.

« Très bien. »

Une heure plus tard, contre l’avis furieux du médecin, j’étais installée dans un fauteuil roulant à l’arrière d’un ascenseur de service. Lucie reposait contre moi. Alessandro avait organisé notre sortie sans passer par l’entrée principale. Marco avait vérifié chaque couloir.

Julien n’était pas avec nous.

Alessandro avait ordonné à deux hommes de le garder à l’hôpital jusqu’à ce qu’il ait expliqué chacun des messages présents dans son téléphone.

Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le parking souterrain, je compris réellement dans quel monde j’étais entrée.

Trois voitures noires nous attendaient.


« Vous vivez toujours comme ça ? » demandai-je.

Alessandro m’aida à me lever.

« Non. Seulement quand quelqu’un essaie de prélever le sang d’un nouveau-né sous un faux ordre médical. »

La maison de Vittorio dominait la mer depuis les hauteurs du Roucas-Blanc. Derrière de hauts murs blancs, elle ressemblait davantage à une forteresse élégante qu’à une demeure familiale.

Vittorio nous attendait dans une bibliothèque.

Il devait avoir près de soixante-dix ans. Cheveux argentés, costume gris, même regard bleu qu’Alessandro.

Mais lorsqu’il me vit, toute dureté disparut de son visage.

« Tu as ses yeux », murmura-t-il.

« Ceux de ma mère ? »

Il secoua lentement la tête.


« Non. Ceux de ton père. »

Mon cœur rata un battement.

Alessandro se tourna brusquement vers lui.

« Qui était son père ? »

Vittorio regarda Lucie.

« Ferme la porte. »

Marco obéit.

Sur le bureau se trouvait une boîte métallique ancienne.

Le coffre 317.

Ou plutôt ce qu’il contenait.

Vittorio l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs lettres, une cassette audio et un dossier portant le nom de ma mère.

Il sortit une photographie.

Claire y apparaissait enceinte.

À côté d’elle se tenait Vittorio.

Sa main reposait sur son ventre.

Je sentis le monde vaciller.

« Non… »

Vittorio comprit immédiatement ce que j’imaginais.

« Je ne suis pas ton père. »

Alessandro expira discrètement.

« Alors qui ? »

Vittorio retourna la photographie.

Un nom était écrit derrière.

**Gabriel Bellandi.**

« Ton père était le dernier héritier reconnu des Bellandi », expliqua Vittorio. « Il a été assassiné trois semaines avant ta naissance. Claire savait qu’ils viendraient ensuite pour toi. Je lui ai donné une nouvelle identité et je l’ai aidée à disparaître. »

« Qui l’a tué ? »

Vittorio regarda son fils.

« Mon père. Ton grand-père, Alessandro. »

Le silence devint étouffant.

Je regardai Alessandro. Lui aussi semblait découvrir cette vérité.

Vittorio poursuivit :

« Pendant trente ans, j’ai essayé d’empêcher les conséquences de cette guerre de revenir. Mais quelqu’un a découvert qu’Émilie avait survécu. »

« Qui ? » demanda Alessandro.

Vittorio ouvrit le dossier.

« C’est ce que Claire avait découvert avant sa prétendue mort. »

Je relevai brusquement la tête.

« Prétendue ? »

Il me tendit une feuille.

Ce n’était pas un certificat de décès.

C’était un rapport d’identification génétique établi deux jours après l’accident.

À côté du nom Claire Lefèvre, une phrase était entourée en rouge :

**Incompatibilité ADN — identité du corps non confirmée.**

Mes mains commencèrent à trembler.

« Vous êtes en train de me dire que ma mère pourrait être vivante ? »

Vittorio ne répondit pas immédiatement.

Il sortit une dernière enveloppe de la boîte.

Elle était récente.

Beaucoup trop récente.

Un cachet postal indiquait Marseille.

Trois semaines auparavant.

Et l’écriture sur l’enveloppe était celle que j’avais reconnue quelques heures plus tôt sur la lettre du coffre.

Celle de ma mère.

Mon prénom était écrit au centre.

**Émilie.**

Vittorio posa l’enveloppe devant moi.

« Elle m’a envoyé ça le jour où quelqu’un a découvert ta grossesse. »

Je l’ouvris avec des doigts tremblants.

À l’intérieur, il n’y avait qu’une phrase.

**Vittorio, s’ils cherchent le bébé, c’est qu’ils ont enfin compris qu’Émilie n’est pas ma fille biologique.**

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