Je fixai Julien sans bouger.
Ethan, derrière moi, était redevenu parfaitement immobile.
« Rendez-moi mon téléphone. »
Julien eut un sourire sans chaleur.
« Vous devriez plutôt vous demander qui vous a envoyé ce message. »
« Je suppose que vous avez une idée. »
« Dans cette maison, beaucoup de gens ont des idées. Très peu ont des preuves. »
Il poussa mon téléphone vers moi du bout des doigts.
Je ne le pris pas.
« Pourquoi l’avez-vous dans les mains ? »
« Il était dans le couloir. »
« Non. Il était près de mon fauteuil. »
Son sourire disparut.
« Vous m’accusez de quelque chose ? »
Je sentais l’enregistreur contre ma peau, caché sous ma robe.
Je devais rester calme.
« Je vous demande simplement comment mon téléphone a quitté cette chambre. »
Julien me regarda longuement.
Puis ses yeux glissèrent vers Ethan.
« Vous êtes arrivée ici depuis moins d’une journée, Emma. Et pourtant vous vous comportez déjà comme si vous connaissiez cette famille. »
« Je sais seulement qu’on vient de me menacer de mort. »
« Alors partez. »
La réponse fut si rapide que je me figeai.
« Quoi ? »
« Quittez la propriété. Demandez l’annulation du mariage. Retournez auprès de votre père. »
« Et Ethan ? »
Julien haussa légèrement les épaules.
« Ethan survivait très bien avant votre arrivée. »
Cette phrase me donna envie de rire.
Ou de le frapper.
« Vous appelez ça survivre ? »
Pour la première fois, une véritable dureté apparut dans son regard.
« Faites attention à ce que vous dites. »
Je pris enfin mon téléphone.
« Sortez de cette chambre. »
Julien me dévisagea comme s’il évaluait jusqu’où il pouvait aller.
Puis il se dirigea vers la porte.
Avant de sortir, il s’arrêta.
« Certaines portes devraient rester fermées, Emma. Certaines vérités aussi. »
« Vous semblez avoir beaucoup réfléchi à la question. »
Sa mâchoire se crispa.
Puis il partit.
Je verrouillai immédiatement.
Cette fois, je ne retournai pas directement auprès d’Ethan.
Je regardai mon téléphone.
Si quelqu’un pouvait entrer dans cette chambre, déplacer mes affaires, m’observer et couper l’électricité, alors rester ici à attendre était exactement ce qu’ils espéraient de moi.
Je devais commencer à agir.
Je pris une photo du message de menace avec mon ancien téléphone, resté au fond de mon sac, puis j’envoyai cette copie à une adresse électronique que mon père ne connaissait pas.
Ensuite, je photographiai le mot d’Ethan.
MON COMA EST UN EMPOISONNEMENT.
Une deuxième sauvegarde.
Puis je sortis l’enregistreur.
Il était petit, ancien, sans connexion apparente.
Je trouvai une prise pour casque audio sur le côté.
Mon ordinateur portable était encore dans mes bagages.
Quelques minutes plus tard, j’étais assise sur le sol de la salle de bains, la porte fermée, le volume presque au minimum.
Le premier fichier ne contenait que du silence.
Le deuxième aussi.
Au troisième, une voix apparut.
Faible.
Lointaine.
Celle d’Ethan.
« Si quelqu’un trouve ceci… je n’ai pas confiance en Julien. »
Je plaquai une main sur ma bouche.
La voix était enregistrée avant son coma.
« Il insiste pour que je signe des documents liés au trust. Il dit que c’est une formalité. Grand-mère pense qu’il est seulement impatient. Je ne crois pas que ce soit tout. »
Un bruit de verre se fit entendre.
Puis Ethan reprit.
« J’ai commencé à être malade après les dîners chez lui. Nausées. Vertiges. Troubles de mémoire. Le médecin parle de stress. Mais hier soir, j’ai échangé mon verre avec celui de Julien quand il ne regardait pas. Il l’a remarqué. Il ne l’a pas touché. »
Le fichier s’arrêta.
Je restai assise dans le silence.
Ce n’était pas encore une preuve d’empoisonnement.
Mais c’était beaucoup plus qu’une intuition.
Je lançai le fichier suivant.
Des voix.
Ethan et quelqu’un d’autre.
Julien.
« Tu deviens paranoïaque », disait Julien.
« Alors explique-moi pourquoi les versements apparaissent sous trois sociétés différentes. »
« Parce que les comptes du groupe sont complexes. »
« Et pourquoi l’une de ces sociétés a été créée à ton nom ? »
Un silence.
Puis Julien répondit :
« Tu devrais te reposer. »
La voix d’Ethan devint plus dure.
« Ne touche pas à mon verre. »
Un choc brutal.
Le fichier se coupa.
Je fixai l’écran.
Les versements.
Des sociétés.
Le trust.
Quelque chose dépassait largement la simple succession.
Je copiai immédiatement tous les fichiers sur mon ordinateur.
Puis sur une clé USB.
Je cachai celle-ci dans la doublure de ma valise.
L’enregistreur, lui, retourna dans ma poche.
Lorsque je revins dans la chambre, Ethan avait les yeux ouverts.
Je m’approchai.
« J’ai écouté. »
Une pression.
« Tu enquêtais sur Julien avant ton coma. »
Une pression.
« Les sociétés dont tu parles… elles sont importantes ? »
Une pression.
« Plus importantes que le trust ? »
Ethan hésita.
Puis une pression.
Je compris que nous devions trouver un autre moyen de communiquer.
Je pris une feuille de papier.
« Je vais réciter l’alphabet. Une pression quand j’arrive à la bonne lettre. »
Ses yeux se fixèrent sur moi.
Je commençai.
A.
B.
C.
À la quatrième lettre, sa main pressa la mienne.
D.
Je recommençai.
Après plusieurs minutes, quatre lettres apparurent sur la feuille.
D O S S.
Il était épuisé.
« Dossier ? »
Une pression.
« Il existe un dossier ? »
Une pression.
Je poursuivis péniblement.
B.
U.
R.
E.
A.
U.
« Dans ton bureau ? »
Une pression.
Puis il forma un autre mot.
C O F F R E.
Un coffre.
Je me redressai.
« Tu veux que je trouve ce dossier dans ton coffre ? »
Une pression.
« Julien sait qu’il existe ? »
Deux.
Cette fois, je savais exactement ce que je devais faire.
Au lever du jour, lorsque l’infirmière entra pour vérifier Ethan, je jouai le rôle de l’épouse épuisée.
Je bâillai.
Je lui dis que je voulais prendre une douche et changer de vêtements.
Puis je quittai la chambre.
Mais au lieu d’aller dans la mienne, je descendis jusqu’au rez-de-chaussée.
La demeure était presque silencieuse.
Je me souvenais avoir aperçu une porte avec le nom d’Ethan gravé sur une plaque de cuivre près de la bibliothèque.
Son bureau.
La porte était verrouillée.
Je regardai autour de moi.
Personne.
Puis une voix retentit derrière moi.
« Vous cherchez quelque chose ? »
Viviane.
Je me retournai lentement.
Elle se tenait au bout du couloir, vêtue d’une robe de chambre sombre.
Son regard descendit vers la poignée que je tenais encore.
Je pouvais mentir.
Mais quelque chose dans les réponses d’Ethan me revint.
Viviane essaie-t-elle de te protéger ?
Une pression.
Je pris le risque.
« Ethan m’a demandé d’entrer. »
Pour la première fois depuis notre rencontre, Viviane perdit totalement son expression impassible.
Elle pâlit.
« Il vous a parlé ? »
« Pas avec sa voix. »
Elle resta silencieuse.
Puis elle marcha vers moi.
Je crus qu’elle allait appeler la sécurité.
À la place, elle sortit une clé de la poche de sa robe.
« Si Julien découvre que je vous ai donné ça, nous aurons toutes les deux un problème. »
Je pris la clé.
« Pourquoi m’aider ? »
Ses yeux se remplirent d’une émotion que je n’avais encore jamais vue chez elle.
De la culpabilité.
« Parce que j’ai compris trop tard que mon petit-fils essayait de me prévenir. »
Elle déverrouilla le bureau.
« Vous avez dix minutes. »
À l’intérieur, tout était couvert d’une fine couche de poussière.
Je trouvai le coffre derrière un tableau.
Mais lorsque je l’ouvris avec le code qu’Ethan m’avait indiqué lettre après lettre, mon cœur s’arrêta.
Il n’y avait aucun dossier.
Seulement une enveloppe déchirée.
Et au fond du coffre, une photographie.
Ethan et Julien se tenaient côte à côte.
Entre eux se trouvait mon père.
Au dos, une date avait été inscrite.
Deux semaines avant le coma d’Ethan.
À suivre — cliquez sur la Partie 5 pour continuer.







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