Je restai figée près du lit.
« Quoi ? »
Les lèvres d’Ethan tremblèrent.
Parler lui coûtait visiblement un effort immense.
« J’ai… choisi… »
Sa voix se brisa.
Je lui pris la main.
« Ne force pas. »
Mais ses doigts se resserrèrent autour des miens.
« Toi. »
Je sentis mon cœur cogner contre mes côtes.
Depuis le mariage, je m’étais répétée que j’avais été vendue.
Que mon père avait échangé ma vie contre l’effacement de ses dettes.
Que j’avais simplement été placée au bon endroit au bon moment pour satisfaire les conditions d’un trust absurde.
Mais Ethan venait de dire que ce n’était pas toute la vérité.
Viviane s’approcha lentement du lit.
« Ethan, est-ce que tu comprends où tu es ? »
Il tourna difficilement les yeux vers elle.
« Oui. »
La vieille femme porta une main à sa bouche.
Pour la première fois, je la vis réellement vaciller.
« Mon Dieu… »
Ethan ferma les yeux quelques secondes, puis les rouvrit.
« Pas… médecin… habituel. »
Viviane comprit immédiatement.
« Tu ne veux pas qu’on appelle le docteur qui te suivait ? »
Deux faibles pressions sur ma main.
Non.
Je regardai Viviane.
« Nous devons faire venir quelqu’un de l’extérieur. Quelqu’un que Julien ne connaît pas. »
Elle hocha la tête.
« Je vais appeler un médecin de confiance. »
« Et pas depuis le téléphone de la maison. »
Son regard rencontra le mien.
Elle comprit.
Avant de sortir, elle se tourna vers Ethan.
« Je suis désolée. »
Il la regarda sans répondre.
La douleur sur le visage de Viviane me confirma qu’une fracture plus ancienne existait entre eux, mais ce n’était pas le moment de l’explorer.
Dès qu’elle fut partie, je me penchai vers Ethan.
« Pourquoi moi ? »
Il inspira lentement.
« Ton père… photo. »
« Il m’a dit que tu l’avais vue. »
Ethan cligna des yeux.
« J’ai demandé… qui tu étais. »
« Mais pourquoi décider de m’épouser ? Tu ne me connaissais même pas. »
Sa mâchoire se contracta.
« Si… quelque chose… m’arrivait… »
Il s’arrêta pour reprendre son souffle.
« Trust… Julien. »
Je compris.
« Tu savais que Julien obtiendrait le contrôle si tu n’étais pas marié avant tes trente ans. »
Une pression.
« Et tu avais peur qu’il provoque quelque chose avant ton anniversaire. »
Une autre pression.
Mon estomac se noua.
Ethan avait donc anticipé sa propre chute.
Pas précisément le coma.
Mais le danger.
« Tu as préparé le mariage avant d’être empoisonné ? »
Il hésita.
Puis secoua très légèrement la tête.
« Instruction… avocat. »
Je pensai au nom que mon père m’avait donné.
« Tu avais laissé des instructions à un avocat ? »
Une pression.
« Pour trouver une épouse si tu devenais incapable de signer toi-même ? »
Une pression.
Je me reculais, bouleversée.
« Et tu as donné mon nom ? »
Une pression.
Je ne savais pas quoi ressentir.
De la colère.
De la peur.
Une étrange compassion.
Peut-être les trois à la fois.
« Tu avais le droit de décider ça pour moi ? »
Ses yeux se fermèrent brièvement.
Lorsqu’ils se rouvrirent, ils étaient remplis de honte.
« Non. »
Ce simple mot me désarma davantage qu’une justification.
« Alors pourquoi ? »
Il regarda vers la porte, puis murmura :
« Ton père… détenait une pièce. »
« Quelle pièce ? »
« Preuve… transferts. »
Je pensai à notre conversation.
Mon père avait prétendu être seulement une victime de la société écran liée à Julien.
« Il m’a dit qu’il était piégé. »
Le regard d’Ethan se durcit.
« Pas seulement. »
Mon sang se refroidit.
« Tu veux dire qu’il savait davantage ? »
Une pression.
Avant que je puisse poser une autre question, des voix éclatèrent dans le couloir.
Julien.
« Où est-elle ? »
La voix de Viviane lui répondit, sèche.
« Vous n’avez aucune raison d’entrer. »
« Emma vient d’interrompre le traitement médical d’Ethan. J’appelle le médecin. »
Je regardai Ethan.
Ses yeux étaient grand ouverts.
Cette fois, je ne lui demandai pas de faire semblant de dormir.
Quelque chose avait changé.
Nous ne pouvions plus gagner en nous cachant éternellement.
La poignée tourna.
Viviane entra la première.
Julien était derrière elle.
Lorsqu’il vit les yeux ouverts d’Ethan, il s’arrêta net.
Je regardai son visage.
Il ne manifesta aucune joie.
Aucun soulagement.
Seulement de la peur.
Une fraction de seconde.
Puis son masque revint.
« Ethan ? »
Il fit un pas.
Je me plaçai devant le lit.
« Restez où vous êtes. »
Julien me regarda comme si je n’existais pas.
« Cousin ? Tu m’entends ? »
Ethan tourna lentement la tête vers lui.
Puis, d’une voix faible mais distincte, il murmura :
« Oui. »
Le visage de Julien pâlit.
Viviane le remarqua aussi.
« Vous n’avez pas l’air heureux », dit-elle.
Julien récupéra immédiatement.
« Je suis sous le choc. Nous attendons ça depuis neuf mois. »
« Alors pourquoi votre première réaction est-elle de vouloir appeler le médecin qui le maintenait sous sédatifs ? »
Il se tourna vers moi.
« Vous êtes en train de construire une histoire dangereuse à partir de choses que vous ne comprenez pas. »
« Je comprends très bien qu’Ethan a commencé à reprendre conscience dès qu’on a arrêté certaines injections. »
« Cela ne prouve rien. »
« Peut-être. »
Je sortis mon téléphone.
« Mais ce message, les menaces et les enregistrements d’Ethan commencent à former un ensemble intéressant. »
Son regard changea.
À peine.
Mais suffisamment.
« Quels enregistrements ? »
Je souris pour la première fois.
Je venais de confirmer qu’il ne savait toujours pas exactement ce que nous possédions.
« Vous venez de répondre à ma question. »
Julien fit un pas vers moi.
Viviane s’interposa.
« Sortez. »
« Grand-mère… »
« Maintenant. »
Il la regarda avec une haine froide que je n’avais encore jamais vue.
Puis ses yeux se posèrent sur Ethan.
« Tu ne sais pas ce qu’elle fait. Elle essaie de retourner tout le monde contre moi. »
Ethan le fixa longuement.
Puis il murmura :
« Dossier. »
Julien se figea.
Une seule seconde.
Mais cette seconde suffit.
Viviane et moi échangeâmes un regard.
Il connaissait le dossier.
Julien comprit son erreur.
« Je ne sais pas de quoi tu parles. »
Ethan esquissa presque un sourire.
« Menteur. »
Julien quitta la chambre sans ajouter un mot.
Viviane verrouilla la porte derrière lui.
« Nous n’avons plus beaucoup de temps », dit-elle.
Elle avait raison.
Julien savait désormais qu’Ethan pouvait parler.
Il savait que nous avions découvert l’existence d’un dossier.
Et il savait que nous possédions peut-être les enregistrements.
Une heure plus tard, le médecin extérieur arriva par l’entrée de service.
Le docteur Armand Lefèvre.
Viviane lui expliqua seulement qu’elle soupçonnait une erreur médicamenteuse et exigeait un examen indépendant.
Il passa près de quarante minutes auprès d’Ethan.
Lorsqu’il ressortit dans le petit salon adjacent, son visage était grave.
« Je veux faire transférer monsieur Delcourt dans un établissement hospitalier immédiatement. »
« Pourquoi ? » demandai-je.
« Parce que son dossier ne correspond pas à ce que je constate. »
Il posa plusieurs feuilles sur la table.
« Les doses de sédatifs indiquées ici sont anormalement élevées pour un patient présenté comme étant dans un coma profond et stable. »
Viviane pâlit.
« Cela pourrait l’empêcher de se réveiller ? »
« Cela pourrait certainement ralentir son éveil. Mais il y a autre chose. »
Il désigna une ancienne analyse sanguine.
« Certaines valeurs auraient dû déclencher des tests toxicologiques complémentaires il y a plusieurs mois. Je ne trouve aucune trace qu’ils aient été effectués. »
Je sentis ma gorge se serrer.
« Quelqu’un pouvait-il volontairement ignorer ces résultats ? »
Le médecin me regarda.
« Oui. »
Un bruit de moteur monta soudain depuis la cour.
Je courus jusqu’à la fenêtre.
La voiture de Julien franchissait déjà les grilles de la propriété.
Viviane sortit son téléphone.
« Je vais prévenir la sécurité. »
Mais Ethan appela faiblement depuis la chambre.
« Emma… »
Je me précipitai vers lui.
Il me fit signe de m’approcher.
« Dossier… pas coffre. »
Je fronçai les sourcils.
« Mais tu m’as indiqué le coffre. »
« Enveloppe… leurre. »
Mon cœur accéléra.
« Alors où est le vrai dossier ? »
Il inspira avec difficulté.
« Ton père. »
Je me figeai.
« Mon père possède le dossier ? »
Une pression.
Puis Ethan murmura :
« S’il est encore vivant. »
À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour continuer.







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