Divertissement

La fillette de huit ans rendit le portefeuille d’un milliardaire… puis il aperçut l’avis d’expulsion dans son sac

« Non. »

Ma mère avait répondu avant même que Nathanaël relève les yeux du téléphone.

« Ruby n’ira nulle part. »

Nathanaël posa l’appareil sur la table.

« Je n’ai pas dit qu’elle irait. »

« Alors il n’y a rien à discuter. »

Les avocats continuaient de fixer la photographie de la consigne B-17.

Moi, je regardais seulement les derniers mots du message.

**Venez avec Ruby. Pas de police.**

Quelqu’un savait où nous étions.


Quelqu’un connaissait mon nom.

Et cette personne savait que nous avions trouvé le morceau d’enveloppe.

« Comment savent-ils pour B-17 ? » demandai-je.

Personne ne répondit immédiatement.

Puis Nathanaël se tourna vers son responsable de la sécurité.

« Combien de personnes savent que nous avons trouvé ce papier ? »

« Les personnes présentes dans la cave. Et votre équipe juridique ici. »

Le regard de Nathanaël parcourut lentement la salle.

Pour la première fois, je compris pourquoi mon père avait dit à maman de ne faire confiance à personne.

Même les murs semblaient soudain dangereux.


Nathanaël récupéra son téléphone.

« Localisez l’origine du message. »

« Ils ont probablement utilisé un numéro temporaire. »

« Essayez quand même. »

Maman s’approcha de moi.

« Nous partons. »

« Où ? »

Elle hésita.

Nous ne pouvions pas rentrer chez nous.

Et quelqu’un semblait déjà savoir que nous étions dans la tour.


Nathanaël regarda l’image une nouvelle fois.

« Je reconnais ces consignes. »

Tout le monde se tourna vers lui.

« Où sont-elles ? »

« Gare du Nord. Ancienne zone de consignes près des accès secondaires. Certaines ont été remplacées, mais cette rangée existe encore. »

Son avocate secoua la tête.

« C’est évidemment un piège. »

« Peut-être. »

Nathanaël agrandit la photographie.

« Mais regardez la serrure. »


Un petit trou rond apparaissait au centre de la porte B-17.

Maman porta instinctivement la main à son cou.

La vieille clé.

« Jonathan », murmura-t-elle.

Nathanaël acquiesça.

« Cette clé n’ouvrait peut-être pas seulement le compartiment de la cave. »

Maman la retira de sa chaîne et la posa sur la table.

« Alors on remet la clé à la police et on les laisse ouvrir la consigne. »

« Si la personne qui nous surveille voit la police, elle peut disparaître avec le reste des preuves. »

« Je préfère perdre des preuves que risquer ma fille. »


Nathanaël la regarda.

« Moi aussi. »

Cette réponse sembla surprendre maman.

Il se tourna vers son responsable de la sécurité.

« Nous allons donner l’impression que j’accepte. Ruby restera ailleurs. »

« Le message exige sa présence. »

« Ils n’ont pas besoin de savoir qu’elle n’est pas dans la voiture. »

Pendant l’heure suivante, tout fut organisé discrètement.

Pas de voitures du Groupe Grégoire devant la gare.

Pas d’agents en costume autour de Nathanaël.


La police fut informée par l’intermédiaire de son avocate, mais resterait suffisamment loin pour ne pas être visible.

Maman refusa toujours que je participe.

J’aurais dû être soulagée.

Pourtant, quelque chose me dérangeait.

Je regardai encore la photographie de B-17.

Puis je remarquai un détail.

« Attendez. »

Nathanaël se pencha vers moi.

« Quoi ? »

« La photo n’a pas été prise aujourd’hui. »


« Comment peux-tu le savoir ? »

Je montrai le coin supérieur droit.

Derrière les consignes se trouvait une affiche publicitaire rouge avec un grand sapin blanc.

« C’est une publicité de Noël. On est en été. »

Tout le monde se tut.

L’avocate agrandit l’image.

« Elle a raison. »

Nathanaël regarda l’heure du rendez-vous.

« Donc quelqu’un nous envoie une vieille photographie. »

Maman serra les lèvres.


« Ou une photographie préparée longtemps à l’avance. »

L’idée me donna froid.

Douze ans.

Combien de choses mon père avait-il préparées avant de disparaître ?

À 21 h 35, Nathanaël partit avec la clé.

Maman et moi fûmes conduites dans un appartement sécurisé appartenant au groupe, à quelques rues de la tour.

Deux agents restèrent devant la porte.

À 21 h 58, Nathanaël nous appela en vidéo.

Il se trouvait devant la consigne B-17.

« Je vais l’ouvrir. »


Maman tenait le téléphone si fort que ses jointures blanchissaient.

Nathanaël inséra la vieille clé.

Elle tourna.

La porte métallique s’ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une petite boîte noire.

Rien d’autre.

Nathanaël l’emporta dans une pièce sécurisée de la gare où son avocate l’attendait.

Lorsqu’il ouvrit la boîte, nous vîmes trois objets.

Une clé USB.

Une montre d’homme arrêtée à 2 h 17.


Et une enveloppe portant un seul prénom.

**Nathanaël.**

Il l’ouvrit.

Je voyais ses yeux parcourir rapidement les lignes.

Puis il s’assit.

« Qu’est-ce que Jonathan a écrit ? » demanda maman.

Nathanaël resta silencieux.

« Nathanaël ? »

Il leva enfin les yeux vers la caméra.

« La lettre est datée de deux jours avant sa disparition. »

Sa voix tremblait.

Puis il commença à lire certains passages.

Jonathan avait découvert que des sociétés liées au Groupe Grégoire servaient à détourner de l’argent de plusieurs projets énergétiques.

Il soupçonnait leur père, Auguste, d’avoir découvert une partie du système.

Mais une phrase changeait tout.

« Il écrit qu’Auguste n’en était probablement pas l’organisateur », dit Nathanaël.

Maman fronça les sourcils.

« Alors pourquoi son nom apparaît partout ? »

Nathanaël continua.

« Parce que quelqu’un préparait déjà les documents nécessaires pour faire porter toute la responsabilité sur lui si l’affaire était découverte. »

Il tourna la page.

« Jonathan avait copié les preuves sur la clé USB. »

L’avocate prit l’objet avec précaution.

« Nous allons en faire une copie avant de l’ouvrir. »

Mais Nathanaël continuait de lire.

Soudain, il s’arrêta.

« Quoi ? » demanda maman.

Il relut la même ligne.

Puis une autre.

Son visage changea.

« Jonathan savait que tu étais enceinte. Il savait que Ruby serait protégée par la fiducie. Mais il écrit aussi que la fiducie avait une seconde fonction. »

« Laquelle ? »

Nathanaël regarda directement la caméra.

« Empêcher quelqu’un de prendre le contrôle d’un actif détenu par Jonathan. Tant que Ruby reste bénéficiaire, certaines opérations anciennes ne peuvent pas être clôturées sans examen juridique. »

Je ne comprenais pas tout.

Maman, elle, comprit.

« Voilà pourquoi ils veulent effacer Ruby de la fiducie. »

« Oui. »

L’avocate venait de connecter une copie sécurisée de la clé USB à un ordinateur isolé.

Des dizaines de dossiers apparurent.

Factures.

Contrats.

Relevés bancaires.

Enregistrements audio.

Puis un dossier portant une date attira l’attention de Nathanaël.

Le jour où Jonathan avait disparu.

Il l’ouvrit.

Il contenait un fichier audio.

Nathanaël appuya sur lecture.

Au début, il n’y eut que des bruits de circulation.

Puis la voix de Jonathan retentit.

Maman porta aussitôt une main à sa bouche.

Même après douze ans, elle l’avait reconnu.

« Si quelqu’un écoute ceci, c’est que je n’ai probablement pas réussi à revenir. »

Je cessai de respirer.

C’était la première fois que j’entendais la voix de mon père.

« Élena, pardonne-moi. Nathanaël, si c’est toi qui trouves cet enregistrement, ne crois pas ce qu’ils vont te montrer. Papa n’est pas celui que tu dois craindre. »

Un bruit se fit entendre dans l’enregistrement.

Jonathan parla plus vite.

« La personne qui contrôle les sociétés connaît toutes nos signatures, tous nos accès et tous les comptes du groupe. Elle peut fabriquer une opération qui semblera venir de n’importe lequel d’entre nous. »

Puis sa voix baissa.

« J’ai découvert qui c’est. »

Un autre bruit.

Une portière.

Jonathan murmura alors un nom.

Mais au même instant, le fichier se coupa.

L’écran devint noir.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » cria maman.

L’avocate tapa sur le clavier.

« Le fichier est endommagé. »

Nathanaël se leva.

« Récupérez-le. »

Avant qu’elle puisse répondre, mon regard fut attiré par la télévision allumée sans son dans l’appartement où maman et moi nous trouvions.

Un journal économique diffusait des images du Groupe Grégoire.

Puis une photographie apparut à l’écran.

Je me levai.

« Maman… »

Elle se retourna.

Le bandeau annonçait la démission soudaine d’un membre historique du conseil d’administration du groupe.

Je connaissais ce visage.

Je l’avais vu quelques heures plus tôt.

Dans le hall.

L’homme qui s’était présenté sous le nom de Marc Delorme.

Maman resta figée.

Son téléphone sonna presque immédiatement.

Nathanaël venait de recevoir la même information.

« Nous avons son vrai nom », dit-il.

Il regarda quelqu’un hors caméra.

Puis revint vers nous.

« Étienne Valois. Il travaille pour le Groupe Grégoire depuis vingt-sept ans. »

Maman recula lentement.

« Valois… »

« Tu le connais ? »

Ses yeux se remplirent soudain de terreur.

« Jonathan avait prononcé ce nom la dernière nuit où je l’ai vu. »

Nathanaël se figea.

Mais maman continua.

« Il ne m’avait pas dit qu’Étienne travaillait pour lui. »

Elle regarda la vieille photographie posée devant elle.

« Il m’avait dit qu’Étienne était la seule personne qui savait où il allait cette nuit-là. »

**À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour continuer.**

No comments yet