Divertissement

La fillette de huit ans rendit le portefeuille d’un milliardaire… puis il aperçut l’avis d’expulsion dans son sac

Nathanaël resta silencieux à l’autre bout de l’appel.

« Élena, pourquoi tu ne m’as jamais dit ça ? »

Maman fixa l’écran.

« Parce que le lendemain de la disparition de Jonathan, Étienne est venu me voir. »

Je tournai brusquement la tête vers elle.

« Chez nous ? »

« Pas dans cet appartement-là. Je vivais encore dans un studio à Belleville. »

Sa voix tremblait.

« Il savait que j’étais enceinte. Il savait pour l’immeuble. Il savait même que Jonathan m’avait donné une clé. »

Nathanaël se rapprocha de la caméra.


« Qu’est-ce qu’il voulait ? »

« La clé. »

« Tu la lui as donnée ? »

« Non. »

Maman secoua la tête.

« Il m’a dit que Jonathan avait fui après avoir volé de l’argent au groupe. Que la police finirait par venir me chercher si je cachais quoi que ce soit pour lui. Puis il m’a conseillé de disparaître et de ne jamais contacter les Grégoire. »

« Et tu l’as cru ? »

« Je venais de perdre l’homme que j’aimais. J’étais enceinte et terrifiée. Je ne savais pas ce qui était vrai. »

Nathanaël baissa les yeux.

« Pendant toutes ces années, Étienne était à quelques étages de mon bureau. »


Personne ne répondit.

La clé USB se trouvait désormais entre les mains des spécialistes du groupe et de l’avocate. Le fichier audio endommagé était en cours de récupération.

Mais Nathanaël n’attendit pas.

« Faites suspendre immédiatement tous les accès d’Étienne Valois. Comptes, badges, serveurs, archives. Prévenez les autorités et transmettez-leur ce que nous avons. »

Son responsable de la sécurité apparut brièvement à l’écran.

« Monsieur, il a démissionné il y a quarante-sept minutes. Son badge a été utilisé pour la dernière fois à 20 h 12. »

« Où ? »

« Archives souterraines de la tour. »

Nathanaël se figea.

« Qu’est-ce qu’il y a dans cette zone ? »


« Les dossiers historiques antérieurs à la numérisation complète du groupe. »

Il raccrocha presque immédiatement.

Maman comprit.

« Il détruit les originaux. »

« Ou il a déjà commencé. »

Nathanaël quitta la gare avec son équipe.

Nous restâmes dans l’appartement sécurisé.

Je regardais maman.

J’avais huit ans, mais je savais reconnaître quand un adulte cachait encore quelque chose.

« Maman. »


Elle s’assit à côté de moi.

« Oui ? »

« Est-ce que papa est mort ? »

Ses yeux se remplirent de larmes.

« Je ne sais pas, Ruby. »

« Mais tu m’as toujours dit qu’il n’était plus là. »

« Parce que c’était la seule vérité dont j’étais certaine. Il avait disparu. Il n’était jamais revenu. »

« Il savait pour moi ? »

Elle posa sa main contre ma joue.

« Oui. »


Cette réponse me fit plus mal que je ne l’aurais imaginé.

« Alors pourquoi il n’est pas revenu ? »

Maman ferma les yeux.

« C’est la question que je me pose depuis douze ans. »

Son téléphone vibra.

Un message de Nathanaël.

**Nous avons trouvé quelque chose.**

Quelques secondes plus tard, il nous rappela.

Il se trouvait dans une pièce sans fenêtres remplie d’armoires métalliques.

Plusieurs policiers étaient désormais présents.


Une armoire avait été vidée.

Des morceaux de papier brûlé reposaient dans un bac métallique.

« Étienne est parti avant notre arrivée », expliqua Nathanaël. « Mais il n’a pas eu le temps de tout détruire. »

Son avocate leva une chemise cartonnée.

« Nous avons retrouvé les documents originaux de la fiducie. »

Maman expira.

« Alors Ruby est protégée ? »

« Juridiquement, la falsification récente devient beaucoup plus facile à démontrer », répondit l’avocate. « Mais nous avons découvert autre chose. »

Elle ouvrit le dossier.

« Jonathan avait prévu un mécanisme supplémentaire. Si quelqu’un tentait de supprimer Ruby comme bénéficiaire avant ses vingt-cinq ans, l’administrateur de la fiducie devait automatiquement transmettre un dossier scellé aux autorités. »


Nathanaël fronça les sourcils.

« Pourquoi cela n’a-t-il pas été déclenché ? »

« Parce que l’administrateur officiel est mort il y a cinq ans. Et son remplaçant n’a jamais été enregistré. »

« Qui était l’administrateur ? »

Elle lui montra la page.

Nathanaël pâlit.

« Marc Delorme. »

Le véritable Marc Delorme.

Tout s’emboîtait.

Étienne n’avait pas choisi ce nom au hasard.


Il savait précisément qui Marc avait été.

« Pourquoi se faire passer pour lui ? » demandai-je.

Nathanaël m’entendit.

« Peut-être pour nous conduire vers la fiducie sans révéler immédiatement sa propre identité. »

« Mais pourquoi nous aider s’il essaie de voler l’immeuble ? »

Cette fois, personne ne répondit.

C’était ce qui ne collait pas.

Étienne nous avait donné la photographie.

Sans lui, nous n’aurions peut-être jamais compris B-17.

Sans B-17, nous n’aurions jamais trouvé la clé USB.


« Il voulait qu’on trouve les preuves », murmurai-je.

Maman me regarda.

Puis Nathanaël.

« Ruby a raison. »

Nathanaël resta immobile.

« Alors Étienne ne cherche peut-être pas à détruire les preuves. »

Son avocate regarda les papiers brûlés.

« Peut-être qu’il cherche quelque chose parmi elles avant quelqu’un d’autre. »

À ce moment-là, un technicien entra précipitamment dans les archives.

« Monsieur Grégoire, le fichier audio a été partiellement restauré. »


Nathanaël activa le haut-parleur.

La voix de Jonathan revint.

« J’ai découvert qui c’est. »

Cette fois, le son continua.

Un souffle.

Puis :

« Étienne m’aide à sortir les preuves. S’il lui arrive quelque chose, c’est parce que quelqu’un aura découvert ce que nous faisons. »

Nathanaël releva brusquement les yeux.

Maman se couvrit la bouche.

La voix de Jonathan poursuivit.

« La personne derrière les sociétés n’est pas Étienne. Il a essayé de m’avertir. »

Un grésillement.

Puis une phrase parfaitement audible.

« C’est quelqu’un qui siège à la table familiale depuis le début. »

Le fichier sauta encore.

Nathanaël ordonna au technicien de poursuivre la restauration.

Quelques minutes plus tard, un second fragment apparut.

La voix de Jonathan était plus faible.

« Nathanaël, vérifie les signatures de Papa. Vérifie surtout qui avait procuration lorsqu’il était malade. »

Nathanaël devint immobile.

« Papa n’était pas malade à cette époque », murmura-t-il.

Maman le regarda.

« Tu es sûr ? »

« C’est ce que je croyais. »

L’avocate se mit immédiatement à chercher dans les archives.

Après plusieurs minutes, elle trouva un dossier médical administratif lié aux délégations de signature.

Auguste Grégoire avait effectivement subi une intervention cardiaque discrète trois mois avant la disparition de Jonathan.

Pendant sa convalescence, une seule personne avait obtenu une procuration étendue sur plusieurs holdings familiales.

L’avocate posa le document devant Nathanaël.

Je vis ses mains trembler.

« Qui ? » demanda maman.

Il ne répondit pas.

Alors l’avocate lut le nom.

« Claire Grégoire. »

Je regardai Nathanaël.

« C’est qui ? »

Il ferma les yeux.

« Ma mère. »

Le silence devint glacial.

Maman secoua lentement la tête.

« Jonathan ne m’a jamais parlé d’elle. »

« Parce qu’elle est morte il y a neuf ans », répondit Nathanaël.

Il regarda encore la procuration.

« Et pendant douze ans, j’ai cru qu’elle avait passé les dernières années de sa vie à chercher Jonathan avec moi. »

Son téléphone vibra.

Un agent venait de transmettre une nouvelle information.

Étienne Valois avait été localisé.

Il ne fuyait pas Paris.

Il se trouvait devant une résidence privée appartenant autrefois à Auguste et Claire Grégoire, fermée depuis des années.

Et il venait d’envoyer un message directement à Nathanaël.

**Vous cherchez la mauvaise personne. Claire n’a jamais contrôlé ces sociétés. Quelqu’un a utilisé sa procuration comme il a utilisé votre signature.**

Puis un second message arriva.

Une photographie.

Elle montrait Jonathan, prise après sa disparition officielle.

La date imprimée dans le coin inférieur indiquait trois semaines plus tard.

Jonathan était vivant.

À côté de lui se tenait Étienne.

Et derrière eux, parfaitement reconnaissable, se trouvait Nathanaël lui-même.

**À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.**

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