La voix de Véronique derrière la porte provoqua chez Élodie une peur si brutale qu’elle sentit ses doigts devenir glacés. Pendant un instant, elle revit le visage de cette femme lors de leur première rencontre, son sourire calculé, ses yeux qui parcouraient chaque pièce de l’appartement comme si elle en connaissait déjà la valeur. Mais cette fois, il n’y avait plus aucune politesse dans sa voix.
« Élodie, ouvrez. Nous devons parler. »
Alexandre fit signe aux deux femmes de rester silencieuses. Il s’approcha de la porte sans toucher à la poignée.
« Véronique Delcourt, éloignez-vous de cette porte. »
Un silence.
Puis un petit rire étouffé.
« Alexandre… Toujours aussi dramatique. »
Le visage d’Alexandre se ferma.
« Comment avez-vous trouvé cette adresse ? »
« Vous savez très bien comment. »
Camille serra la couverture contre elle.
« Papa… »
Alexandre posa un doigt sur ses lèvres.
De l’autre côté, Véronique reprit d’une voix étonnamment calme :
« Je suis venue récupérer ce qui appartient à ma famille. Je ne veux pas de scandale. Je ne veux pas que cette affaire sorte de l’hôtel. Vous non plus, je suppose. »
Élodie sentit une colère sourde monter en elle.
« Votre famille a frappé ma fille quarante fois », lança-t-elle finalement. « Et vous osez parler de scandale ? »
Le silence qui suivit fut glacial.
« Votre fille est adulte », répondit Véronique. « Elle savait parfaitement ce qu’elle faisait lorsqu’elle a refusé de coopérer. »
Alexandre se retourna lentement vers Élodie.
« Elle vient de reconnaître qu’elle était là. »
Il sortit son téléphone et lança discrètement un enregistrement.
« Continuez », dit-il.
Véronique reprit :
« Camille aurait pu éviter tout cela. Nous lui avons expliqué avant le mariage ce que nous attendions d’elle. Elle devait simplement signer les documents et nous remettre la gestion de l’appartement. En échange, elle aurait reçu une compensation généreuse. »
Camille se leva brusquement malgré ses blessures.
« Je n’ai jamais accepté ça ! »
Sa voix tremblante traversa l’appartement.
Derrière la porte, Véronique répondit immédiatement :
« Tu as surtout refusé de comprendre ce qui était bon pour ton mari. »
Camille blêmit.
« Julien savait ? »
Cette fois, aucune réponse ne vint.
Alexandre regarda sa fille.
« C’est une réponse en soi. »
Puis un bruit de pas se fit entendre dans le couloir.
Plusieurs personnes étaient présentes.
Alexandre se dirigea vers la cuisine, ouvrit un tiroir et en sortit une vieille enveloppe. Il y glissa rapidement les documents de la boîte métallique.
« Élodie, prends ça. »
« Où allons-nous ? »
« Pas par la porte principale. »
Il regarda par la fenêtre.
L’appartement se trouvait suffisamment bas pour rejoindre l’escalier de service par le petit balcon intérieur, mais Camille était blessée.
« Elle ne peut pas descendre seule », murmura Élodie.
Alexandre réfléchit quelques secondes.
Puis il appela quelqu’un.
« J’ai besoin d’une voiture devant l’entrée arrière. Maintenant. »
Il raccrocha.
À cet instant, la poignée de la porte bougea.
Une fois.
Deux fois.
Alexandre s’approcha.
« Si vous forcez cette porte, tout ce qui se passe ici sera considéré comme une intrusion. »
Véronique répondit d’une voix plus froide :
« Vous faites une grave erreur, Alexandre. Vous ne savez pas à qui vous vous attaquez. »
« Je commence justement à le découvrir. »
Un silence.
Puis Véronique prononça une phrase qui fit perdre à Élodie toute couleur :
« Demandez plutôt à votre ex-femme pourquoi elle n’a jamais raconté ce qui s’est passé dans cet immeuble le 17 octobre 2008. »
Alexandre se retourna.
Élodie ferma les yeux.
Camille regarda sa mère avec incompréhension.
« Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? »
Élodie secoua la tête.
« Je t’ai déjà tout dit. »
« Non », répondit Alexandre. « Pas tout. »
Élodie sentit ses jambes trembler.
Elle aurait voulu continuer à mentir, juste quelques minutes encore. Mais elle comprit que les événements étaient désormais hors de son contrôle.
« Le 17 octobre… quelqu’un est mort », murmura-t-elle.
Camille resta figée.
« Qui ? »
Élodie regarda la boîte métallique.
« Un homme qui travaillait dans l’immeuble. Il avait découvert quelque chose sur les transferts de propriété. Le lendemain, on a retrouvé son corps dans les sous-sols. La police a conclu à un accident. »
Alexandre pâlit.
« Et toi, tu savais que ce n’était pas un accident ? »
« J’avais vu les documents. J’avais vu son nom. Et quelques heures avant sa mort, il m’avait donné une copie d’un registre. »
« Où est cette copie ? »
Élodie ne répondit pas.
Camille s’approcha d’elle.
« Maman… où est-elle ? »
Élodie posa une main tremblante sur son front.
« Je l’ai cachée dans l’appartement de ton père. »
Alexandre fronça les sourcils.
« Quel appartement ? »
« Celui que tu avais avant notre divorce. »
Il resta silencieux.
« Je l’ai vendu il y a quinze ans », murmura-t-il.
Élodie releva brusquement la tête.
« Non. »
« Si. »
« Alexandre… je l’avais cachée derrière une cloison. »
Il comprit soudain.
« La maison de Neuilly ? »
Élodie acquiesça.
Alexandre sortit son téléphone.
Mais avant qu’il puisse appeler qui que ce soit, son écran s’alluma.
Un message venait d’un numéro inconnu.
Une photographie était jointe.
Alexandre ouvrit l’image.
On y voyait une pièce vide, couverte de poussière, avec une cloison éventrée.
Au sol reposait une enveloppe jaunie.
Et juste à côté, quelqu’un avait posé une feuille blanche.
Quelques mots étaient écrits dessus :
« Vous avez cherché trop tard. Le registre n’est plus là. »
Camille s’approcha.
« Papa… regarde la date de la photo. »
Alexandre agrandit l’image.
Son visage se décomposa.
La photographie avait été prise vingt minutes auparavant.
Et dans le reflet d’une vitre, on distinguait une silhouette.
Une silhouette qu’Alexandre reconnut immédiatement.
Julien.







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