Alexandre regarda la photographie pendant plusieurs secondes, incapable de détacher ses yeux du numéro gravé sur le coffre. Élodie comprit immédiatement que quelque chose venait de changer. Jusqu’ici, ils avaient poursuivi des traces laissées dix-huit ans auparavant. Désormais, quelqu’un les guidait volontairement vers un endroit précis.
« Tu sais où il se trouve », murmura Élodie.
Alexandre ne répondit pas tout de suite.
« Oui. »
Camille se pencha vers lui.
« Où ? »
« Dans les anciens locaux d’une société qui appartenait à mon père. »
Élodie fronça les sourcils.
« Ton père ? Mais il est mort depuis longtemps. »
« Justement. »
Alexandre rangea la clé dans sa poche.
« Après notre divorce, j’ai vendu presque tout ce qui me rattachait à cette période. Mais il y avait un ancien bureau que personne ne voulait acheter. Un local abandonné près de la Seine. Mon père y conservait ses archives. »
Camille sentit une nouvelle inquiétude monter en elle.
« Et tu penses que le coffre est là ? »
« Je pense que quelqu’un veut que nous le croyions. »
Cette distinction glaça Élodie.
Alexandre appela son ancien contact juridique, mais tomba immédiatement sur sa messagerie. Il tenta un deuxième numéro. Même résultat.
« Ce n’est pas normal », dit-il.
Puis il regarda Camille.
« Nous allons quand même y aller. Mais personne ne sortira de la voiture avant que je vérifie les lieux. »
Ils reprirent la route.
Paris commençait lentement à s’éveiller. Les premières lumières apparaissaient derrière les immeubles, les cafés ouvraient leurs portes et les rues se remplissaient de voitures. Pour Camille, cette ville qu’elle aimait tant semblait soudain étrangère. Quelques heures auparavant, elle était une jeune mariée. Maintenant, elle avait l’impression de traverser Paris au milieu d’un cauchemar dont elle ne connaissait même pas la fin.
« Papa », murmura-t-elle après plusieurs minutes, « est-ce que tu crois que Julien disait la vérité ? »
Alexandre regarda la route.
« Je crois qu’il nous cache encore quelque chose. »
« Mais il essayait peut-être vraiment de me protéger. »
Élodie intervint doucement.
« Protéger quelqu’un ne signifie pas le laisser se faire frapper. »
Camille baissa les yeux.
Cette phrase lui fit mal parce qu’elle était vraie.
Lorsqu’ils arrivèrent devant l’ancien bâtiment, Alexandre descendit seul. Il resta quelques instants devant la porte métallique avant de sortir une vieille clé de son portefeuille. Elle fonctionnait encore.
À l’intérieur, l’air sentait la poussière et le bois humide. Des cartons étaient empilés contre les murs. Alexandre alluma une lampe.
« Restez derrière moi. »
Ils avancèrent dans un long couloir jusqu’à une pièce au fond.
Alexandre s’arrêta.
« Mon père gardait ses coffres ici. »
Il passa la main sur une rangée de panneaux en bois. Puis il remarqua une rayure récente sur le sol.
« Quelqu’un est venu récemment. »
Élodie sentit son cœur accélérer.
« Véronique ? »
« Peut-être. »
Alexandre suivit les marques jusqu’à un ancien meuble métallique. Il déplaça plusieurs dossiers et découvrit une porte dissimulée derrière une étagère.
Camille murmura :
« Le coffre… »
Alexandre sortit la clé 1708.
Il l’inséra dans la serrure.
Un déclic retentit.
La porte s’ouvrit.
Mais le coffre était vide.
À l’intérieur ne se trouvait qu’une enveloppe blanche.
Alexandre la prit.
Sur le devant, une seule phrase était écrite :
« À Élodie, parce qu’elle a été la seule à comprendre trop tard. »
Élodie recula.
« Non… »
Ses mains tremblaient.
« Je connais cette écriture. »
Alexandre la regarda.
« Celle de l’homme mort en 2008 ? »
Elle acquiesça.
Camille s’approcha.
« Ouvre-la. »
Élodie hésita, puis déchira doucement l’enveloppe.
Une photographie tomba au sol.
Ils se penchèrent tous les trois.
C’était une image ancienne de l’immeuble où se trouvait l’appartement de Camille.
Mais quelque chose était différent.
Une femme se tenait devant l’entrée.
Jeune, élégante, souriante.
Camille fixa la photographie.
« Qui est-ce ? »
Élodie ne répondit pas.
Alexandre prit l’image.
Son visage devint livide.
« Ce n’est pas possible. »
Camille regarda encore.
Puis elle comprit.
La femme sur la photographie n’était pas Véronique.
C’était Élodie.
Au dos de l’image, une date avait été inscrite :
17 octobre 2008.
Et juste sous la date :
« Elle n’était pas une victime. Elle était témoin. »
Élodie ferma les yeux.
« Je ne vous ai jamais menti sur tout », murmura-t-elle. « Mais je vous ai menti sur une chose. »
Camille sentit sa gorge se nouer.
« Laquelle ? »
Élodie regarda sa fille.
« Le soir où cet homme est mort… je n’étais pas simplement venue chercher les documents. J’étais venue rencontrer quelqu’un. »
Alexandre se figea.
« Qui ? »
Avant qu’Élodie ne puisse répondre, le téléphone de Camille sonna.
Un appel vidéo.
Le nom affiché à l’écran était :
Julien.
Elle décrocha.
L’image apparut.
Julien était assis dans une pièce sombre. Son visage portait une expression épuisée.
« Camille… écoute-moi. Ta mère vient de te dire une partie de la vérité. »
Il baissa les yeux.
« Mais elle ne t’a pas encore dit pourquoi elle était avec mon père le 17 octobre 2008. »
Camille se retourna lentement vers Élodie.
Et cette fois, sa mère ne nia pas.







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