Camille resta pétrifiée, les yeux fixés sur la photographie. Sa main tremblait lorsqu’elle vérifia une nouvelle fois son doigt. L’alliance avait bien disparu. Elle se souvenait pourtant de l’avoir portée lorsqu’elle avait quitté la suite. Elle l’avait même tournée machinalement autour de son doigt pendant qu’elle courait dans le couloir.
« Je ne comprends pas », murmura-t-elle. « Pourquoi prendre mon alliance ? »
Alexandre prit le téléphone sans brusquer sa fille et agrandit la photographie. Le registre était posé sur une table sombre. À côté, l’alliance de Camille brillait sous une lumière blanche. Mais ce qui attira son attention fut un détail presque invisible : une petite marque gravée à l’intérieur de l’anneau.
« Il y a quelque chose d’écrit dedans ? » demanda Élodie.
Camille secoua la tête.
« Seulement nos initiales. C et J. »
Alexandre observa encore l’image.
« Non. Regarde mieux. »
Il augmenta la luminosité.
À l’intérieur de l’alliance apparaissait une minuscule série de chiffres.
Camille fronça les sourcils.
« Je n’avais jamais vu ça. »
Élodie s’approcha.
« Ce n’est pas une date de mariage. »
Alexandre resta silencieux.
Puis il comprit.
« C’est un numéro de référence. »
Camille sentit son cœur accélérer.
« Référence de quoi ? »
« Je ne sais pas encore. Mais Julien veut que nous le trouvions. »
Le téléphone sonna soudainement.
Numéro masqué.
Alexandre répondit immédiatement en mettant le haut-parleur.
La voix de Julien résonna dans l’habitacle.
« Camille, je sais que tu es avec eux. »
Elle serra les poings.
« Tu savais ce que ta mère allait faire. »
Un long silence.
« Oui. »
La réponse fut si simple que Camille eut l’impression de recevoir un coup dans la poitrine.
« Pourquoi ? »
« Parce que je pensais pouvoir l’arrêter avant que ça aille aussi loin. »
« Tu étais derrière la porte ! »
« Je sais. »
Camille éclata en sanglots.
« Tu m’as laissée me faire frapper. »
La voix de Julien trembla pour la première fois.
« Si j’étais entré, ma mère aurait compris que je ne lui obéissais plus. »
Alexandre intervint froidement.
« Et tu pensais qu’elle allait simplement abandonner ? »
« Non. »
« Alors pourquoi avoir épousé ma fille ? »
Silence.
Puis Julien répondit :
« Parce qu’au départ, je voulais la protéger. »
Camille resta immobile.
« Au départ ? »
« Oui. »
Alexandre échangea un regard avec Élodie.
Julien reprit :
« Je savais que ma famille cherchait à récupérer l’appartement depuis des années. Je pensais pouvoir gagner du temps. Je pensais qu’après le mariage, j’aurais suffisamment de contrôle pour empêcher ma mère de faire quoi que ce soit. »
« Tu mens », souffla Camille.
« J’ai fait une erreur. Une énorme erreur. »
« Alors explique-moi l’alliance. »
Julien ne répondit pas.
Alexandre se pencha vers le téléphone.
« Tu l’as prise. Pourquoi ? »
« Parce qu’elle contient une référence que ma mère cherche depuis longtemps. »
Élodie sentit son souffle se couper.
« La référence de quoi ? »
Julien hésita.
« D’un coffre. »
Le mot resta suspendu dans la voiture.
« Quel coffre ? » demanda Alexandre.
« Celui qui contient les preuves originales de ce qui s’est passé en 2008. »
Élodie ferma les yeux.
Tout ce qu’elle avait tenté d’oublier revenait brutalement à la surface.
« Où est-il ? » demanda Alexandre.
« Je ne peux pas vous le dire au téléphone. »
« Alors donne-moi une raison de te faire confiance. »
Julien inspira profondément.
« Parce que je suis actuellement enfermé dans la maison de ma mère. »
Camille se redressa.
« Quoi ? »
« Elle a découvert que j’avais pris l’alliance. Elle sait que j’essayais de vous prévenir. Elle m’a enfermé dans son bureau avant de partir. »
Alexandre regarda Élodie.
« Tu peux sortir ? »
« Non. »
« Il y a quelqu’un avec toi ? »
« Un homme. Je ne sais pas qui c’est. Il garde la porte. »
Un bruit sourd retentit derrière Julien.
Puis sa voix devint plus basse.
« Écoutez-moi. Le coffre n’est pas à Neuilly. Élodie a caché quelque chose dans cet appartement, mais elle n’était pas la seule à avoir une copie. L’homme mort en 2008 avait laissé un second registre. »
Élodie sentit son visage se vider de ses couleurs.
« À qui ? »
« À votre mari. »
Alexandre fronça les sourcils.
« À moi ? »
« Non. À l’époque, il n’était pas encore votre mari. »
Élodie porta une main à sa bouche.
Julien continua :
« Cet homme savait que quelqu’un dans votre couple allait découvrir la vérité. Il a donc préparé deux dossiers. L’un pour Élodie. L’autre pour Alexandre. »
« Où est le second dossier ? » demanda Alexandre.
Un silence.
Puis Julien murmura :
« Véronique l’a retrouvé il y a trois jours. »
Alexandre se figea.
« Alors pourquoi me parler maintenant ? »
La réponse de Julien fut presque inaudible.
« Parce que ce dossier contient aussi quelque chose sur moi. »
Avant que Camille puisse parler, la ligne grésilla.
Une voix féminine apparut soudain derrière Julien.
Calme.
Glaciale.
« Très bien, Julien. Je crois que tu en as assez dit. »
Véronique.
Camille sentit son sang se glacer.
« Maman… » murmura-t-elle.
Mais Véronique s’adressa directement à Alexandre.
« Vous voulez sauver votre fille ? Alors cessez de chercher le coffre. »
Alexandre serra le téléphone.
« Où est Julien ? »
« Il est vivant. Pour l’instant. »
« Si vous lui faites du mal— »
« Je ne lui ferai rien si vous me rendez ce que vous avez pris. »
Alexandre fronça les sourcils.
« Je n’ai rien pris. »
Un léger rire traversa le haut-parleur.
« Vous avez encore la boîte métallique, Alexandre. »
Élodie se raidit.
La boîte était dans sa veste.
Véronique reprit :
« Et maintenant, vous allez comprendre pourquoi je vous ai laissé croire que l’appartement était le véritable objectif. »
La communication fut coupée.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis Alexandre sortit lentement la boîte métallique.
Il l’ouvrit.
Les documents étaient toujours là.
Mais au fond, sous l’enveloppe de 2008, il découvrit quelque chose qu’aucun d’eux n’avait remarqué.
Une seconde clé.
Et une petite étiquette attachée autour d’elle portait seulement quatre chiffres :
1708.
Camille regarda son père.
« Qu’est-ce que ça ouvre ? »
Alexandre ne répondit pas.
Parce qu’au même moment, son téléphone reçut une photographie.
Un coffre-fort.
Et au-dessus de la serrure, gravé dans le métal, se trouvait exactement le même numéro.







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