Élodie resta silencieuse. Le visage de Julien apparu sur l’écran du téléphone de Camille semblait flotter dans l’obscurité, mais ses paroles, elles, étaient parfaitement claires.
« Mon père ? » demanda Camille. « Tu veux dire le père de Julien ? »
Élodie ferma les yeux.
« Oui. »
Camille sentit quelque chose se briser en elle. Elle avait passé toute son enfance à croire que ses parents s’étaient séparés parce qu’ils ne s’aimaient plus. Puis elle avait appris qu’Élodie avait été menacée. Maintenant, elle découvrait qu’au cœur de cette histoire se trouvait également la famille Delcourt.
« Pourquoi étais-tu avec son père ? »
Élodie regarda la photographie entre ses doigts.
« Parce qu’il m’avait demandé de venir. Il m’avait dit qu’il avait découvert des irrégularités dans les propriétés de plusieurs familles. Il voulait me remettre des preuves. »
« Et ensuite ? »
« Ensuite, il m’a dit quelque chose qui m’a terrifiée. »
Julien s’approcha de la caméra.
« Quoi ? »
Élodie inspira profondément.
« Il m’a dit que Véronique n’était pas la personne qui dirigeait réellement tout cela. »
Le silence devint pesant.
Camille murmura :
« Alors qui ? »
Élodie regarda Julien sur l’écran.
« Ton grand-père. »
Julien baissa la tête.
« C’est ce que j’ai découvert il y a six mois. »
Alexandre, qui n’avait presque pas parlé depuis leur arrivée, s’approcha brusquement du téléphone.
« Ton grand-père est mort il y a quinze ans. »
« Je sais. »
« Alors comment pourrait-il encore diriger quoi que ce soit ? »
Julien secoua la tête.
« Il ne dirige plus rien. Mais avant sa mort, il avait créé quelque chose. Un système de sociétés, de comptes et de contrats qui continue de fonctionner automatiquement. Ma mère n’en contrôle qu’une partie. »
Camille sentit une sueur froide couler dans son dos.
« Et mon appartement ? »
Julien hésita.
« Ton appartement est l’une des dernières pièces du système. »
Élodie serra la photographie.
« Voilà pourquoi ils ont attendu ton mariage. »
Julien acquiesça.
« Ils avaient besoin que tu sois mariée à quelqu’un portant notre nom. Cela facilitait certaines procédures juridiques. »
Camille recula d’un pas.
« Alors tu m’as épousée pour ça ? »
« Non ! »
La réponse de Julien fut immédiate.
« Au début, je ne savais rien. Je t’aimais vraiment. Quand j’ai compris ce que ma famille préparait, j’ai essayé de les arrêter. Mais j’ai eu peur. »
« Tu as eu peur pour toi », répondit Camille avec amertume.
Julien baissa les yeux.
« Oui. Et je le regrette chaque seconde. »
Alexandre prit le téléphone.
« Où es-tu ? »
« Toujours dans la maison de ma mère. »
« Tu peux sortir ? »
« Maintenant, oui. Elle est partie. Mais elle a laissé quelqu’un ici. »
Un bruit résonna soudain derrière Julien.
Il se retourna.
« Attendez… »
L’image trembla.
« Julien ? »
La connexion se coupa.
Camille regarda l’écran noir.
« Il faut aller le chercher. »
Alexandre secoua la tête.
« Nous ne savons pas si c’est un piège. »
« C’est mon mari. »
« C’est aussi l’homme qui savait que ta mère allait être agressée et qui n’a pas empêché cela. »
Camille resta silencieuse.
La douleur dans son regard montrait qu’elle savait qu’Alexandre avait raison.
Soudain, Élodie remarqua quelque chose au sol.
La photographie.
Elle la ramassa et la retourna.
Une petite inscription qu’elle n’avait pas vue auparavant apparaissait sous la date.
« Ne cherchez pas le coffre. Cherchez celui qui possède la clé. »
Elle fixa la clé 1708 dans la main d’Alexandre.
« Ce n’est pas le coffre qui compte », murmura-t-elle.
Alexandre comprit.
« La clé. »
« Quelqu’un nous l’a donnée pour nous faire venir ici. »
Camille regarda autour d’elle.
« Mais pourquoi ? »
Un bruit métallique retentit dans le couloir.
Alexandre leva immédiatement la main.
« Personne ne bouge. »
Des pas approchaient.
Lents.
Réguliers.
Puis une silhouette apparut au bout du couloir.
Ce n’était ni Véronique, ni Julien.
C’était un homme âgé, vêtu d’un long manteau sombre.
Élodie le reconnut avant les autres.
Elle lâcha presque la photographie.
« Vous… »
L’homme s’arrêta à quelques mètres d’eux.
« Bonjour, Élodie. Cela fait longtemps. »
Alexandre se plaça devant Camille.
« Qui êtes-vous ? »
L’homme le regarda calmement.
« Celui qui aurait dû mourir en 2008 à la place de mon frère. »
Élodie sentit ses jambes faiblir.
« Votre frère… »
« L’homme dont vous avez vu le corps dans les sous-sols n’était pas la personne qu’on vous a fait croire. »
Il sortit lentement une enveloppe de son manteau.
« Et si vous voulez savoir pourquoi Camille a été choisie, vous devez lire ceci. »
Il tendit l’enveloppe à Alexandre.
Sur celle-ci figurait une date récente.
La veille du mariage de Camille.
Alexandre l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait un certificat de naissance.
Camille regarda le document.
Puis son visage se vida de ses couleurs.
Le nom inscrit dans la case « père » n’était pas celui d’Alexandre.







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