Claire sentit son dos heurter l’armoire métallique. Le mot « sœur » résonna dans la pièce avec une violence silencieuse. Isabelle, elle, ne bougeait plus. Son regard était fixé sur l’homme comme si elle essayait de superposer son visage à un souvenir ancien.
« Qui êtes-vous ? » demanda Claire.
L’homme ne répondit pas immédiatement. Il regarda Madeleine, puis le dossier que tenait Isabelle.
« Vous avez ouvert l’armoire. »
« Répondez-moi ! » cria Claire.
Il finit par avancer d’un pas.
« Je m’appelle Antoine Morel. »
Claire sentit son souffle se couper.
« Morel… »
L’homme hocha la tête.
« Oui. Le nom que tu portes depuis vingt-deux ans. »
Isabelle se précipita vers Claire.
« Éloignez-vous d’elle. »
Antoine eut un sourire triste.
« Vous êtes toujours aussi courageuse lorsqu’il s’agit de protéger ce que vous croyez être à vous. »
« Vous avez volé ma fille. »
« Non. »
Il regarda Claire.
« Je l’ai sauvée. »
Isabelle leva la main, furieuse.
« Ne prononcez plus jamais ce mot. Vous n’avez aucune idée de ce que j’ai vécu. »
Antoine baissa les yeux.
« J’en sais davantage que vous ne l’imaginez. »
Claire sentit sa colère remplacer peu à peu sa peur.
« Vous avez dit que vous cherchiez l’autre sœur. Où est-elle ? »
Antoine resta silencieux.
Madeleine intervint :
« Antoine, il est temps de lui dire la vérité. »
Il se tourna vers elle.
« Vous avez déjà trop parlé. »
« Pendant vingt-deux ans, j’ai gardé le silence parce que j’avais peur. Je ne recommencerai pas. »
Antoine regarda de nouveau Claire.
« Ta sœur est vivante. »
Isabelle porta une main à sa bouche.
« Où ? »
« Je ne sais pas. »
Claire secoua la tête.
« Vous venez de dire que vous la cherchez depuis vingt-deux ans. Comment pouvez-vous ne pas savoir où elle est ? »
« Parce qu’elle a été déplacée plusieurs fois. »
Antoine ouvrit le dossier sans demander la permission. Il sortit une feuille portant plusieurs adresses barrées.
« Après votre naissance, les deux enfants ont été séparés. Toi, tu as été confiée aux Morel. L’autre a été envoyée dans une autre famille. »
Claire fixa les noms.
« Quelle famille ? »
Antoine hésita.
« Une famille Delcourt. »
Isabelle devint livide.
« Non. »
« Si. »
« Je n’ai jamais eu une deuxième fille avec moi. »
« Pas avec vous. »
Antoine posa un doigt sur une ligne.
« Elle a été élevée sous le nom de Delcourt, mais vous n’avez jamais su qu’elle existait. »
Julien apparut soudain dans l’encadrement de la porte.
Son visage était marqué par une coupure légère au front, mais il était debout.
« Maman ! »
Isabelle se retourna.
« Julien ! »
Il entra dans la pièce, suivi de Marc.
« Nous avons été enfermés dans une salle de stockage. Cet homme nous a échappé. »
Marc aperçut Antoine et se tendit immédiatement.
« Ne bougez pas. »
Antoine leva les mains.
« Je ne suis pas venu vous faire du mal. »
« Alors pourquoi nous avoir suivis ? »
Antoine regarda Claire.
« Parce que quelqu’un d’autre veut la tuer. »
Le silence tomba.
Claire sentit son cœur accélérer.
« Qui ? »
Antoine secoua la tête.
« Je n’ai pas son nom. Mais je sais ce qu’il cherche. »
Il sortit de sa poche une vieille cassette audio.
« Cette cassette appartenait à Henri Delcourt. »
Isabelle la regarda comme si elle venait de voir un fantôme.
« Comment l’avez-vous obtenue ? »
« Henri me l’a donnée trois jours avant sa mort. »
Julien fronça les sourcils.
« Pourquoi vous aurait-il donné ça ? »
Antoine répondit calmement :
« Parce qu’il regrettait ce qu’il avait fait. »
Marc prit la cassette.
« Il nous faut un lecteur. »
Madeleine désigna une vieille salle située au fond des archives. Quelques minutes plus tard, ils trouvèrent un appareil poussiéreux encore fonctionnel.
La cassette tourna.
Un souffle.
Puis une voix vieillie par les années.
Celle d’Henri.
« Si quelqu’un écoute ceci, c’est que le plan a échoué. »
Isabelle ferma les yeux.
La voix continua.
« La première enfant n’était pas celle que nous devions prendre. »
Claire regarda Julien.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Personne ne répondit.
La cassette grésilla.
« La fille d’Isabelle devait être protégée. Mais quelqu’un a découvert qu’elle avait une sœur. Une sœur dont l’existence pouvait révéler toute l’affaire. »
Un bruit de respiration se fit entendre sur l’enregistrement.
Puis Henri prononça une phrase qui fit trembler Isabelle :
« Nous avons donc échangé les deux enfants. »
Claire recula.
« Non… »
La voix poursuivit :
« Celle qui devait disparaître a été donnée aux Morel. Celle qui devait rester auprès des Delcourt a été envoyée ailleurs. »
Julien se tourna lentement vers Claire.
« Alors… »
Claire secoua la tête.
« Je ne comprends plus rien. »
La cassette continua.
« Mais il y avait une erreur. Une erreur que personne n’a remarquée pendant vingt-deux ans. »
La bande s’arrêta brutalement.
Marc frappa l’appareil.
« C’est tout ? »
Antoine acquiesça.
« La suite a été enregistrée sur une deuxième cassette. »
Isabelle le fixa.
« Où est-elle ? »
Antoine sortit une petite clé USB.
« Chez moi. »
Marc la prit.
« Alors nous y allons. »
Antoine ne bougea pas.
« Non. »
« Pourquoi ? »
Il regarda Claire.
« Parce que cette clé contient quelque chose de plus dangereux que la vérité sur sa naissance. »
Claire sentit une peur froide descendre le long de son dos.
« Qu’est-ce qu’il y a dessus ? »
Antoine répondit enfin :
« Une vidéo enregistrée il y a six ans. »
« Par qui ? »
Il fixa Isabelle.
« Par votre mari, juste avant sa mort. »
Isabelle devint livide.
« Mon mari est mort d’un cancer. Il était incapable de parler les dernières semaines. »
Antoine secoua lentement la tête.
« Il n’était pas malade quand cette vidéo a été enregistrée. »
Julien regarda sa mère.
« Maman… »
Antoine ajouta d’une voix grave :
« Votre mari savait que l’une de ses deux filles était encore cachée dans sa propre famille. »
Et avant que quiconque puisse répondre, le téléphone de Claire vibra.
Un message venait d’arriver.
Une photographie.
Claire l’ouvrit.
Elle représentait une jeune femme qui lui ressemblait presque trait pour trait.
Sous la photo, un seul mot :
« Sœur. »







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