Divertissement

À 68 ans, j’ai découvert que mon fils avait mis ma maison en vente pendant mon hospitalisation

Je suis restée derrière le rideau, le téléphone serré dans ma main.

Julien creusait.

À côté de lui, un deuxième homme tenait la lampe.

Je ne distinguais pas encore son visage.

Élodie tremblait.

« Il nous a suivis après être parti. »

Je secouai lentement la tête.

« Non. »

« Quoi ? »

« Il savait déjà où chercher. »


Cette pensée me fit plus mal que je ne voulais l’admettre.

Dans le jardin, Julien s’agenouilla.

Il dégagea la dalle.

Puis la terre fraîche.

Quelques secondes plus tard, il trouva la boîte.

Il la sortit.

L’homme à côté de lui se pencha.

Julien ouvrit le cadenas.

Même depuis la fenêtre, je vis son corps se figer.

Vide.


Il retourna brutalement la boîte.

Rien ne tomba.

L’autre homme attrapa son bras.

Julien se dégagea.

Ils commencèrent à discuter.

Je ne pouvais pas entendre les mots.

Mais le ton montait.

Élodie murmura :

« Je vais appeler la police. »

Je posai une main sur son poignet.


« Attendez. »

Elle me regarda comme si j’étais devenue folle.

« Ils sont dans votre jardin ! »

« Je veux savoir avec qui il est venu. »

Je pris mon téléphone et lançai l’enregistrement vidéo.

Puis j’ouvris légèrement la fenêtre.

Des fragments de voix me parvinrent.

« …je t’avais dit qu’elle avait trouvé quelque chose ! »

C’était Julien.

L’autre homme répondit :


« Et moi, je t’avais dit de ne surtout pas la laisser sortir de l’hôpital avant que le mandat soit finalisé. »

Mon sang se glaça.

Cette voix.

Je l’avais entendue quelques heures plus tôt.

Sur l’enregistrement.

Michel Dervaux.

Élodie comprit elle aussi.

Ses yeux s’agrandirent.

Je continuai à filmer.

Julien lança la boîte au sol.


« Tu m’avais garanti qu’elle ne verrait rien ! »

Dervaux répondit calmement :

« J’avais garanti que Renard réglerait la vente. Tu as paniqué. Comme toujours. »

« Ils ont les fichiers maintenant. »

Silence.

Puis Dervaux demanda :

« Quels fichiers ? »

Julien ne répondit pas.

Dervaux s’approcha de lui.

« Quels fichiers, Julien ? »


« Ceux d’Élodie. »

À côté de moi, Élodie ferma les yeux.

« Il sait », murmura-t-elle.

Dans le jardin, Dervaux reprit :

« Où sont-ils ? »

« Chez Vasseur, probablement. »

Le visage de Dervaux changea.

Même dans l’obscurité, je le vis.

La colère venait enfin de percer son calme.

« Tu avais une seule chose à faire. »


Julien s’emporta.

« Ma mère venait de sortir de l’hôpital ! »

« Ta mère n’était pas le problème. Ton père l’était. Même mort, cet homme continue de me coûter de l’argent. »

Ma respiration se bloqua.

Dervaux donna un coup de pied dans la boîte vide.

« Il a forcément laissé des copies ailleurs. »

Julien répondit :

« Peut-être que Vasseur a déjà tout depuis des années. »

« Non. Si Vasseur avait eu les originaux, j’aurais eu des nouvelles bien avant aujourd’hui. »

Ces mots confirmaient quelque chose d’essentiel.


Dervaux avait peur.

Pas de la maison.

Pas de moi.

Des preuves.

Je pris une décision.

Je composai silencieusement le numéro de Maître Vasseur.

Il répondit à la deuxième sonnerie.

Je murmurai :

« Julien est revenu. Michel Dervaux est avec lui. Ils sont dans mon jardin. »

Le notaire se tut une seconde.


« Appelez la police immédiatement. »

« Je filme. »

« Geneviève, ne sortez surtout pas. »

« Je ne sortirai pas. »

« J’appelle aussi. »

La ligne se coupa.

Dans le jardin, Dervaux attrapa Julien par la veste.

« Écoute-moi bien. Demain matin, tu vas récupérer cette clé USB. »

Julien se dégagea.

« Je ne peux pas. »


« Tu vas la récupérer. »

« Comment ? »

Dervaux approcha son visage du sien.

« Tu es son fils. Elle te laissera entrer. »

Je sentis quelque chose mourir définitivement en moi.

Julien avait voulu rester cette nuit-là.

Pas forcément pour me protéger.

Peut-être pour accéder aux preuves.

Peut-être pour fouiller.

Peut-être même pour les remettre à Dervaux.

Je regardai Élodie.

Elle pleurait sans bruit.

Puis une sirène retentit au loin.

Dervaux se retourna immédiatement.

« Qu’est-ce que tu as fait ? »

« Rien ! »

« Tu as été suivi ? »

« Non ! »

Les deux hommes se dirigèrent vers le portail.

Je sortis alors de l’ombre.

Pas dans le jardin.

Simplement devant la porte-fenêtre verrouillée.

Julien me vit.

Il s’arrêta.

Nos regards se croisèrent.

La lumière de la cuisine derrière moi éclairait mon visage.

Il comprit immédiatement.

« Maman… »

Dervaux regarda vers la maison.

Puis vers la rue.

Une deuxième sirène se rapprochait.

Il abandonna Julien et partit rapidement vers le côté du terrain.

Mais il était trop tard.

Des lumières bleues apparurent devant la grille.

Deux véhicules de police.

Julien resta immobile près du cerisier.

Comme un enfant surpris en train de faire quelque chose qu’il ne pouvait plus expliquer.

Je n’ouvris la porte que lorsque les policiers furent dans le jardin.

Les minutes suivantes devinrent confuses.

Questions.

Lampes.

Documents.

Identités.

Dervaux avait tenté de sortir par une petite ouverture du mur arrière, mais un agent l’avait intercepté.

Personne ne fut menotté immédiatement.

Je compris vite pourquoi.

Entrer dans mon jardin sans autorisation était une chose.

Prouver tout le reste en était une autre.

Maître Vasseur arriva vingt minutes plus tard.

Quand il vit Dervaux près de la voiture de police, il s’arrêta.

Les deux hommes se regardèrent.

Dervaux sourit.

« Étienne. »

Vasseur ne répondit pas.

Je lui tendis mon téléphone.

« J’ai enregistré une partie de leur conversation. »

Il m’observa.

« Combien ? »

« Assez. »

Dervaux entendit.

Son sourire disparut.

Pour la première fois, je ressentis quelque chose qui ressemblait à de la satisfaction.

Julien, lui, semblait détruit.

Un policier lui demanda de s’asseoir sur une chaise près de la terrasse.

Je m’approchai.

Il releva les yeux.

« Je n’étais pas venu pour te voler. »

Je ne répondis pas.

« Je voulais récupérer la boîte avant Dervaux. »

« Alors pourquoi es-tu venu avec lui ? »

Il ouvrit la bouche.

Puis la referma.

« Parce qu’il m’a suivi. »

« Mensonge. »

« Maman… »

« Je vous ai entendu parler. »

Son visage se décomposa.

Je continuai :

« J’ai entendu Dervaux te demander de récupérer la clé USB demain. J’ai entendu qu’il comptait sur le fait que je te laisserais entrer parce que tu es mon fils. »

Il baissa les yeux.

« Je n’aurais pas fait ça. »

« Comme tu n’aurais jamais falsifié ma signature ? »

Silence.

« Comme tu n’aurais jamais laissé vendre ma maison ? »

Il inspira difficilement.

« Je suis allé trop loin. »

« Oui. »

« Mais je peux réparer. »

Je le regardai longtemps.

« Non, Julien. »

Ses yeux se remplirent de peur.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ça veut dire que cette fois, tu ne vas pas décider de ce que réparer veut dire. »

Je m’éloignai.

Maître Vasseur me rejoignit.

« Il faut que nous allions à l’étude dès demain matin. »

« Pourquoi ? »

Il baissa la voix.

« Parce que Claire vient de finir une première analyse des deux clés USB d’Alain. »

Je sentis mon cœur accélérer.

« Et ? »

Il regarda Dervaux.

Puis moi.

« Les fichiers sont bien plus graves que ce que nous pensions. »

« À quel point ? »

Il hésita.

« Alain avait conservé des copies d’actes modifiés, des enregistrements et des relevés prouvant plusieurs ventes frauduleuses. »

« De combien de propriétés parlons-nous ? »

« Au moins dix-sept. »

Je restai sans voix.

Puis il ajouta :

« Et une de ces propriétés va vous intéresser particulièrement. »

Je fronçai les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle se trouve juste derrière votre terrain. »

Je regardai le vieux mur de pierre au fond du jardin.

« Qu’est-ce que ça change ? »

Maître Vasseur répondit :

« Cette maison n’était peut-être pas la seule chose que Dervaux essayait de récupérer. »

Je sentis un froid descendre le long de mon dos.

« Qu’est-ce qu’il y a derrière ce mur ? »

Il me regarda gravement.

« Un terrain que, selon les documents officiels, Michel Dervaux possède depuis trente et un ans. »

Il marqua une pause.

« Mais selon les preuves laissées par Alain, ce terrain n’aurait jamais dû lui appartenir. »

À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.

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