Les lourdes portes claquèrent derrière moi.
Pendant plusieurs secondes, personne ne bougea.
Le général Gravier s’approcha, mais il ne regardait plus le portefeuille. Ses yeux restaient fixés sur l’avis d’expulsion.
« Rose, dit-il lentement en lisant mon nom sur le document. Rose Caron ? »
Mon estomac se noua.
« Oui, mon général. »
Sa main trembla.
« Comment s’appelle ta mère ? »
« Émilie Caron. »
Le général recula brusquement, comme si je venais de le frapper.
L’un des officiers se précipita vers lui, mais Gravier leva une main.
« Faites venir le colonel Moreau. Immédiatement. »
Je serrai mon sac à dos encore plus fort contre moi.
« J’ai fait quelque chose de mal ? »
Son expression s’adoucit aussitôt.
« Non, ma grande. Tu es peut-être la seule personne dans ce bâtiment qui n’ait rien à se reprocher. »
Quelques minutes plus tard, un colonel âgé entra dans le hall, un dossier scellé à la main. Dès qu’il me vit, il s’immobilisa.
« Mon Dieu… » murmura-t-il.
Le général Gravier ouvrit le dossier.
À l’intérieur se trouvait la photographie d’une jeune militaire tenant un nouveau-né dans ses bras.
La jeune femme ressemblait trait pour trait à ma mère.
Mais ce fut l’homme à côté d’elle qui me coupa le souffle.
Il avait les mêmes yeux que moi.
Gravier s’accroupit devant moi.
« Il y a douze ans, ta mère travaillait ici comme analyste du renseignement. Elle a découvert que quelqu’un détournait de l’argent destiné aux familles de militaires. Avant qu’elle puisse témoigner, elle a disparu. »
« Elle n’a pas disparu, murmurai-je. Elle est à la maison. »
Le général fixa le colonel Moreau.
Puis Moreau déclara à voix basse :
« Nicolas… quelqu’un a modifié les dossiers. »
Gravier sortit un autre document du dossier.
Mon nom était imprimé tout en haut.
Juste en dessous figuraient des mots que je comprenais à peine :
**AYANT DROIT — MESURE DE PROTECTION CLASSIFIÉE.**
« Des versements mensuels auraient dû être effectués, dit Gravier. Le logement. La scolarité. La protection. »
Ma gorge se serra.
« On n’a rien de tout ça. »
Son visage se durcit.
« Depuis combien de temps risquez-vous d’être expulsées ? »
« Trois mois. »
Soudain, Gravier ordonna aux enquêteurs de saisir tous les documents financiers liés à ma famille.
À cet instant, mon téléphone sonna dans mon sac à dos.
Maman.
Je décrochai.
« Rose ? murmura-t-elle d’une voix pressante. Où es-tu ? »
« Au quartier général. »
Silence.
Puis j’entendis quelque chose tomber avec fracas.
« Rose, écoute-moi très attentivement, souffla maman. Éloigne-toi du général Gravier. »
Je levai les yeux vers lui.
« Pourquoi ? »
Les mots qu’elle prononça ensuite semblèrent refroidir toute la pièce.
« Parce qu’il y a douze ans… le général Gravier était l’homme que je fuyais. »
À suivre — cliquez sur la Partie 3 pour continuer.







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