Divertissement

À huit ans, j’ai rendu le portefeuille d’un général — puis il a vu mon avis d’expulsion et fait verrouiller toutes les portes

Les lourdes portes claquèrent derrière moi.

Pendant plusieurs secondes, personne ne bougea.

Le général Gravier s’approcha, mais il ne regardait plus le portefeuille. Ses yeux restaient fixés sur l’avis d’expulsion.

« Rose, dit-il lentement en lisant mon nom sur le document. Rose Caron ? »

Mon estomac se noua.

« Oui, mon général. »

Sa main trembla.

« Comment s’appelle ta mère ? »

« Émilie Caron. »

Le général recula brusquement, comme si je venais de le frapper.


L’un des officiers se précipita vers lui, mais Gravier leva une main.

« Faites venir le colonel Moreau. Immédiatement. »

Je serrai mon sac à dos encore plus fort contre moi.

« J’ai fait quelque chose de mal ? »

Son expression s’adoucit aussitôt.

« Non, ma grande. Tu es peut-être la seule personne dans ce bâtiment qui n’ait rien à se reprocher. »

Quelques minutes plus tard, un colonel âgé entra dans le hall, un dossier scellé à la main. Dès qu’il me vit, il s’immobilisa.

« Mon Dieu… » murmura-t-il.

Le général Gravier ouvrit le dossier.

À l’intérieur se trouvait la photographie d’une jeune militaire tenant un nouveau-né dans ses bras.


La jeune femme ressemblait trait pour trait à ma mère.

Mais ce fut l’homme à côté d’elle qui me coupa le souffle.

Il avait les mêmes yeux que moi.

Gravier s’accroupit devant moi.

« Il y a douze ans, ta mère travaillait ici comme analyste du renseignement. Elle a découvert que quelqu’un détournait de l’argent destiné aux familles de militaires. Avant qu’elle puisse témoigner, elle a disparu. »

« Elle n’a pas disparu, murmurai-je. Elle est à la maison. »

Le général fixa le colonel Moreau.

Puis Moreau déclara à voix basse :

« Nicolas… quelqu’un a modifié les dossiers. »

Gravier sortit un autre document du dossier.


Mon nom était imprimé tout en haut.

Juste en dessous figuraient des mots que je comprenais à peine :

**AYANT DROIT — MESURE DE PROTECTION CLASSIFIÉE.**

« Des versements mensuels auraient dû être effectués, dit Gravier. Le logement. La scolarité. La protection. »

Ma gorge se serra.

« On n’a rien de tout ça. »

Son visage se durcit.

« Depuis combien de temps risquez-vous d’être expulsées ? »

« Trois mois. »

Soudain, Gravier ordonna aux enquêteurs de saisir tous les documents financiers liés à ma famille.


À cet instant, mon téléphone sonna dans mon sac à dos.

Maman.

Je décrochai.

« Rose ? murmura-t-elle d’une voix pressante. Où es-tu ? »

« Au quartier général. »

Silence.

Puis j’entendis quelque chose tomber avec fracas.

« Rose, écoute-moi très attentivement, souffla maman. Éloigne-toi du général Gravier. »

Je levai les yeux vers lui.

« Pourquoi ? »


Les mots qu’elle prononça ensuite semblèrent refroidir toute la pièce.

« Parce qu’il y a douze ans… le général Gravier était l’homme que je fuyais. »

À suivre — cliquez sur la Partie 3 pour continuer.

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