Le déclic de la serrure me traversa comme une décharge.
Moreau venait de nous enfermer.
Je reculai instinctivement.
Gravier leva lentement son arme.
« Étienne. Éloigne-toi de la porte. »
Moreau ne bougea pas.
« Tu ne comprends toujours pas, Nicolas. »
Sa voix avait changé.
Elle n’avait plus rien du colonel calme qui m’avait accompagnée depuis le quartier général.
« Comprendre quoi ? »
« Que certaines vérités détruisent davantage de vies qu’elles n’en sauvent. »
L’homme à la bague, Laurent, eut un rire amer.
« C’est exactement ce que tu disais il y a douze ans. »
Moreau tourna brusquement la tête vers lui.
« Tu aurais dû rester mort. »
Le silence tomba.
Gravier serra la mâchoire.
« Donc tu le connais. »
Moreau ne répondit pas.
« Et tu connaissais Adrien », poursuivit Gravier.
Toujours rien.
Je regardai mon téléphone.
Le message de maman était encore affiché.
**Rose, cours maintenant.**
Mais où ?
Nous étions enfermés.
Puis je remarquai une seconde porte derrière les anciennes étagères métalliques.
Petite.
Presque invisible.
Une sortie de service.
Je fis lentement un pas en arrière.
Moreau le vit.
« Rose, ne bouge pas. »
Je me figeai.
Gravier se plaça légèrement devant moi.
« Tu ne lui donnes aucun ordre. »
Moreau soupira.
« Nicolas, réfléchis. Cette enfant ne sait rien. Émilie aurait dû la tenir loin de tout ça. »
« Cette enfant a huit ans », répondit Gravier. « Et quelqu’un détourne depuis des années l’argent destiné à la protéger. »
Laurent ajouta :
« Quelqu’un qui avait accès aux procédures internes. Aux identifiants. Aux dossiers de protection. »
Moreau le fixa.
« Tu n’as aucune preuve. »
Laurent désigna l’enveloppe sur la table.
« J’en ai assez pour commencer. »
Moreau eut un sourire froid.
« Une photocopie d’un ordre de transfert ? »
« Non. »
Laurent sortit quelque chose de sa poche.
Une petite clé métallique.
Mon cœur bondit.
« La clé du livre », murmurai-je.
Il me regarda.
« Oui. »
Moreau pâlit.
« Donne-la-moi. »
Pour la première fois, sa voix trahit son inquiétude.
Laurent referma sa main.
« Non. »
« Tu ne sais pas ce qu’elle ouvre. »
« Si. Boîte C-47. »
Gravier se tourna vers Moreau.
« Pourquoi cela t’intéresse autant ? »
Moreau fit un pas.
« Parce que cette boîte contient des documents classifiés qui n’auraient jamais dû survivre. »
Laurent sourit sans joie.
« Voilà enfin quelque chose de vrai. »
Un bruit sourd retentit soudain derrière le mur.
Puis un deuxième.
Je tournai la tête.
« Maman ? »
Moreau cria :
« Rose, reste là ! »
Je n’écoutai pas.
Je courus vers la petite porte.
Il se lança derrière moi.
Gravier l’intercepta.
Les deux hommes se heurtèrent violemment contre la table.
Laurent me cria :
« À gauche ! »
J’ouvris la porte.
Un couloir étroit apparut.
Je courus.
Derrière moi, des voix éclataient.
Des meubles tombaient.
Puis un coup de feu retentit.
Je hurlai mais continuai.
« Maman ! »
« Rose ! »
Sa voix.
Faible.
Derrière une porte au bout du couloir.
Je tirai sur la poignée.
Fermée.
« Maman ! »
« Recule ! »
Quelques secondes plus tard, Laurent surgit derrière moi.
Il utilisa une vieille barre métallique posée contre le mur et força la serrure.
La porte céda.
Maman était là.
Assise par terre, les poignets attachés devant elle.
Je me jetai contre elle.
« Maman ! »
Elle m’enlaça si fort que j’eus mal.
« Rose… mon Dieu, Rose… »
Je pleurais sans pouvoir m’arrêter.
« Je croyais qu’ils t’avaient tuée. »
« Je suis là. »
Laurent coupa ses liens.
Elle leva les yeux vers lui.
Son visage se transforma.
« Laurent ? »
Il hocha la tête.
« Émilie. »
Elle resta figée.
« Je te croyais mort. »
« C’était le but. »
Puis elle regarda derrière lui.
« Et Adrien ? »
Laurent ne répondit pas immédiatement.
Maman comprit quelque chose avant moi.
« Il est vraiment mort ? »
Laurent baissa les yeux.
« Oui. »
Elle ferma les paupières.
Je sentis son corps trembler.
« Quand ? »
« Trois jours après l’incendie. »
Mon cœur se serra.
« Mais son corps n’était pas dans l’entrepôt. »
Laurent me regarda.
« Parce qu’Adrien avait survécu à l’incendie. Nous l’avons sorti de là. »
« Nous ? »
« Moi et une autre personne de son unité. »
Maman murmura :
« Pourquoi ne m’a-t-il jamais contactée ? »
Laurent prit une longue inspiration.
« Parce qu’il avait découvert qu’on surveillait déjà ton appartement. Il savait que s’il revenait vers toi, ils vous trouveraient toutes les deux. »
Je serrai la main de maman.
« Qui ? »
Laurent regarda vers le couloir.
« Ceux qui détournaient l’argent. »
« Moreau ? »
Il hésita.
« Moreau faisait partie du système. Mais il n’était pas seul. »
Cette réponse me glaça.
Maman se releva difficilement.
« La boîte C-47. »
Laurent hocha la tête.
« Elle existe toujours. »
« Et le rapport ? »
« Adrien l’y a placé avant de mourir. Avec des copies de virements, des signatures et les noms de ceux qui ont organisé sa fausse mort officielle. »
Un autre bruit retentit.
Des pas.
Gravier apparut au bout du couloir, légèrement blessé à la tempe.
« Rose ! Émilie ! »
Maman se raidit.
Gravier leva les mains.
« Moreau s’est enfui par l’escalier de service. »
Laurent jura à voix basse.
« Il va vers les archives. »
Gravier regarda la clé.
« Alors nous aussi. »
Maman hésita.
Puis elle observa Gravier.
« Tu as signé le rapport de décès d’Adrien. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Gravier resta silencieux une seconde.
« Parce qu’on m’a montré des preuves falsifiées et qu’on m’a menacé de révéler ton identité et celle de Rose si je refusais. »
Maman le fixa.
« Tu aurais dû me le dire. »
« Oui. »
Il ne chercha aucune excuse.
« Et ce silence vous a coûté douze ans. »
Maman détourna les yeux.
Nous descendîmes ensuite dans les niveaux inférieurs du bâtiment.
Laurent nous guida jusqu’à une ancienne salle d’archives dont les portes métalliques étaient couvertes de rouille.
Sur l’un des murs se trouvaient des dizaines de compartiments numérotés.
C-42.
C-43.
C-44.
Puis C-47.
Laurent inséra la clé.
Elle tourna.
À l’intérieur se trouvait une petite boîte noire.
Maman la sortit avec des mains tremblantes.
Gravier regarda autour de nous.
« Ouvrez-la ici. »
Laurent secoua la tête.
« Pas avant d’être en sécurité. »
Mais maman avait déjà soulevé le couvercle.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs enveloppes, une clé USB ancienne et une photographie.
Je pris la photo avant que quelqu’un ne puisse m’en empêcher.
On y voyait mon père.
Adrien Valette.
À côté de lui se tenait le général Gravier.
Et derrière eux…
le colonel Moreau.
Mais une quatrième personne se trouvait également sur l’image.
Je ne la connaissais pas.
Maman, elle, la reconnut immédiatement.
Elle devint blanche.
« Impossible. »
Gravier regarda la photographie.
Puis son visage changea lui aussi.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demandai-je.
Maman posa un doigt sur le quatrième homme.
« Cet homme contrôlait tous les fonds destinés aux familles protégées. »
« Qui est-ce ? »
Sa voix n’était plus qu’un murmure.
« Le général Delmas. »
Gravier recula d’un pas.
« Delmas dirige toujours le service central financier de l’armée. »
Je sentis mon ventre se nouer.
Puis un téléphone vibra.
Pas le mien.
Celui de Gravier.
Il regarda l’écran.
Son visage devint livide.
« Quoi ? » demanda maman.
Il nous montra le message.
Une photographie prise quelques secondes plus tôt.
Nous quatre devant la boîte C-47.
Quelqu’un nous observait.
En dessous, une seule phrase :
**Vous auriez dû laisser les morts enterrés.**
Puis toutes les lumières des archives s’éteignirent.
**À suivre — cliquez sur la Partie 9 pour découvrir la fin.**







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