Divertissement

À huit ans, j’ai rendu le portefeuille d’un général — puis il a vu mon avis d’expulsion et fait verrouiller toutes les portes

Je fixai le message jusqu’à ce que les mots deviennent flous.

**Si tu veux revoir Émilie vivante, viens seule à Saint-Denis avec la clé.**

« Je vais y aller », dis-je.

« Non », répondit immédiatement le général Gravier.

« Ils ont ma mère. »

« Et ils veulent aussi t’avoir, toi. »

Je serrai mon téléphone.

« Alors qu’est-ce que je suis censée faire ? Attendre ici pendant qu’ils lui font du mal ? »

Gravier s’accroupit devant moi.

« Tu vas les laisser croire que tu obéis. Mais tu ne seras jamais seule. »


Le colonel Moreau posa brusquement une main sur la table.

« Nicolas, c’est trop risqué. »

« C’est Émilie qui nous a conduits à Saint-Denis. Celui qui envoie ces messages veut quelque chose qu’il pense que Rose possède. Tant qu’il ne l’a pas, Émilie reste utile. »

Je détestais la manière froide dont il disait cela.

Mais je comprenais.

« Et la clé ? »

Personne ne répondit.

Je regardai la photographie du livre bleu.

**Le livre n’est pas le rapport. C’est la clé.**

Puis quelque chose me revint.


« Maman lisait toujours la même page. »

Moreau se tourna vers moi.

« Quelle page ? »

« Je ne sais pas. Mais elle ouvrait le livre presque toujours au même endroit. Elle avait écrit quelque chose au crayon dans la marge. »

Gravier prit son téléphone sécurisé.

« Trouvez exactement quelle édition du Comte de Monte-Cristo se trouvait chez Émilie. »

Quelques minutes plus tard, une photographie prise dans notre appartement arriva.

L’étagère avait été vidée.

Le livre bleu avait disparu.

Mais un autre détail apparut sur l’image.


Derrière l’endroit où il se trouvait, maman avait écrit directement sur le mur.

Trois caractères.

**C47.**

Moreau pâlit.

« La boîte des archives. »

Gravier hocha lentement la tête.

« Le livre devait permettre de comprendre comment l’ouvrir. »

« Mais ils ont le livre maintenant », dis-je.

« Peut-être pas ce qu’il contient », répondit Gravier.

Nous partîmes peu après dans une voiture banalisée.


Je fus installée à l’arrière, entre deux agents en civil.

Gravier était devant.

Moreau suivait dans un autre véhicule.

Personne ne parlait.

Paris défila derrière les vitres.

Je pensais à maman seule quelque part.

Je pensais à mon père.

À cet homme que je n’avais jamais connu et que tout le monde croyait mort.

Quand nous arrivâmes près des anciennes archives de Saint-Denis, le soleil commençait à descendre.

Le bâtiment était gris, abandonné, entouré d’un grillage couvert de rouille.


Une partie des fenêtres était condamnée par des plaques métalliques.

« C’est ici ? » demandai-je.

Gravier regarda le bâtiment.

« Oui. »

Sa voix avait changé.

« Je n’étais pas revenu depuis douze ans. »

Une équipe avait déjà sécurisé plusieurs accès sans se montrer.

Le plan était simple.

Je devais entrer dans l’ancien hall avec mon téléphone visible.

Gravier et les autres resteraient suffisamment loin pour que la personne qui nous observait pense que j’étais seule.


Je n’aimais pas le plan.

Personne ne l’aimait.

Mais nous n’en avions pas d’autre.

Je franchis la porte.

L’intérieur sentait la poussière et l’humidité.

Chaque pas résonnait.

« Maman ? »

Aucune réponse.

Mon téléphone vibra.

**Deuxième étage. Salle 214.**


Je regardai autour de moi.

Une vieille flèche indiquait l’escalier.

Je montai.

Une marche grinça sous mon pied.

Puis une autre.

Lorsque j’arrivai au deuxième étage, je trouvai une longue rangée de portes numérotées.

210.

211.

212.

213.


214.

Je posai ma main sur la poignée.

« Maman ? »

J’ouvris.

La pièce était vide.

Au centre se trouvait seulement une table.

Dessus reposait le vieux livre bleu.

Le Comte de Monte-Cristo.

Je courus vers lui.

« Maman ! »


Toujours rien.

Le téléphone vibra encore.

**Page 214. Ligne 6.**

Mes mains tremblaient lorsque j’ouvris le livre.

Page 214.

Je cherchai la sixième ligne.

Une phrase avait été soulignée au crayon.

Mais ce n’était pas le texte du roman qui attira mon attention.

Dans la marge, maman avait écrit :

**Le nom ouvre ce que la clé ferme.**


Je ne comprenais pas.

Puis je remarquai que certains mots de la ligne étaient encerclés.

Leurs premières lettres formaient :

**A D R I E N.**

Adrien.

Mon père.

Je tournai rapidement les pages.

Une petite découpe avait été faite dans la couverture arrière.

Elle était vide.

Quelque chose y avait été caché.

Une clé, probablement.

Mais quelqu’un l’avait déjà prise.

Un bruit retentit derrière moi.

Je me retournai.

Un homme se tenait dans l’encadrement de la porte.

Grand.

Cheveux gris.

Veste sombre.

Et à sa main droite brillait la bague d’argent aux deux étoiles.

Je reculai.

« Où est ma mère ? »

Il ne répondit pas.

« Où est-elle ? »

Il me regarda longuement.

Puis ses yeux se remplirent d’une émotion étrange.

Pas de colère.

De douleur.

« Tu lui ressembles tellement. »

Mon cœur se mit à battre violemment.

« Qui êtes-vous ? »

Il entra lentement dans la pièce.

« Quelqu’un qui a passé douze ans à essayer de rester mort. »

Je cessai de respirer.

« Adrien ? »

Il eut un mouvement presque imperceptible.

Puis il secoua la tête.

« Non. »

Une voix retentit soudain dans le couloir.

« Rose ! Recule ! »

Gravier.

L’homme leva les mains.

« Ne tirez pas ! »

Gravier apparut, arme baissée mais prête.

Lorsqu’il vit l’homme, son visage se décomposa.

« Laurent ? »

Moreau arriva juste derrière lui.

Et là, quelque chose changea.

L’homme à la bague fixa Moreau.

Toute douceur disparut de son visage.

« Enfin. »

Moreau s’immobilisa.

« Je ne vous connais pas. »

L’homme eut un rire sans joie.

« Tu me connaissais assez bien pour signer mon ordre de transfert la nuit où Adrien a disparu. »

Je regardai Moreau.

Il pâlit.

Gravier se tourna vers lui.

« Qu’est-ce qu’il raconte ? »

« Il ment. »

L’homme sortit lentement une enveloppe de sa veste.

« Alors explique ça. »

Il la lança sur la table.

À l’intérieur se trouvait une copie d’un ordre militaire daté du 17 octobre, douze ans plus tôt.

Tout en bas apparaissait une signature.

**Colonel Étienne Moreau.**

Je relevai les yeux.

Moreau ne disait plus rien.

« Où est maman ? » répétai-je.

L’homme regarda enfin vers moi.

« Vivante. Pour l’instant. Elle est venue ici parce qu’elle savait que quelqu’un fouillait encore les archives. »

« Où est-elle ? »

« Dans le bâtiment. Mais je ne peux pas vous y conduire tant que lui est armé. »

Il désigna Moreau.

Gravier fit un pas de côté.

« Moreau, pose ton arme. »

« Nicolas, tu ne vas quand même pas croire un homme qui s’est introduit ici avec une identité falsifiée ? »

« Pose ton arme. »

Moreau ne bougea pas.

Puis mon téléphone vibra.

Cette fois, c’était un message de maman.

Seulement trois mots.

**Rose, cours maintenant.**

Je levai la tête.

Moreau venait de verrouiller la porte derrière lui.

**À suivre — cliquez sur la Partie 8 pour continuer.**

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