Je relus le message trois fois.
**Rose, ne fais confiance à personne.**
Pas même au général ?
Pas même au colonel Moreau ?
Pas même aux hommes qui affirmaient vouloir nous protéger ?
Je levai lentement les yeux.
Gravier observait la photographie sur mon écran.
Moreau aussi.
La pièce sembla soudain beaucoup trop petite.
Je rapprochai aussitôt le téléphone de ma poitrine.
« Je veux parler à ma mère. »
« Rose… » commença Gravier.
« Non. »
Ma voix trembla, mais je continuai.
« Vous dites tous que vous voulez nous aider. Mais ma mère me dit de ne faire confiance à personne. Alors je veux l’entendre elle. »
Moreau hocha lentement la tête.
« C’est raisonnable. »
Gravier, lui, regardait toujours la bague.
« Zoomez sur la main. »
Je refusai d’abord.
Puis je compris qu’il avait remarqué quelque chose.
J’agrandis l’image.
La bague était ancienne, rayée sur le côté.
L’épée et les ailes apparaissaient clairement.
Mais juste sous le symbole se trouvait une petite marque sombre.
Gravier se pencha.
« Ce n’est pas la bague d’Adrien. »
Moreau releva brusquement la tête.
« Tu en es certain ? »
« Oui. »
Il montra l’écran.
« La sienne portait trois étoiles gravées à l’intérieur du cercle. Celle-ci n’en a que deux. »
Je regardai la photo.
Pour moi, les bagues se ressemblaient presque parfaitement.
« Alors quelqu’un en a fait une copie ? »
« Ou appartenait au même groupe », répondit Moreau.
« Quel groupe ? »
Cette fois, ce fut Gravier qui hésita.
Je frappai ma petite main contre la table.
« Arrêtez de me cacher des choses ! »
Le général se tut.
Puis il s’assit en face de moi.
« D’accord. »
Son ton changea.
« Il y a douze ans, Adrien, ta mère et quelques autres personnes travaillaient sur une enquête interne. Ils avaient découvert que des officiers utilisaient des sociétés privées pour détourner des fonds publics. »
« Ceux destinés aux familles ? »
« Entre autres. »
Il désigna la bague.
« Certains de ces hommes appartenaient à un cercle informel d’anciens camarades. Ils portaient ce symbole. Officiellement, ce cercle n’existait pas. »
Moreau ajouta :
« Après le début de l’enquête, le groupe a été dissous. Plusieurs membres ont quitté l’armée. Deux sont morts. Adrien aussi, du moins selon les archives. »
Je regardai Gravier.
« Et vous ? Vous en faisiez partie ? »
Son visage se ferma.
« Non. »
« Ma mère vous fuyait pourtant. »
Cette fois, il ne détourna pas les yeux.
« Parce que quelqu’un a utilisé mon nom pour la pousser à sortir de sa cachette. »
Je pensai immédiatement à la voix de maman.
**Le général Gravier était l’homme que je fuyais.**
« Elle ne le savait pas ? »
« Non. Et moi non plus. »
Moreau posa les mains sur la table.
« Il faut déterminer où cette photo a été prise. »
Je regardai le livre bleu.
« Ce n’est pas chez nous. »
« Comment tu le sais ? »
« Notre table est blanche. Celle-là est en bois foncé. Et maman ne pose jamais ce livre à plat. Elle le range debout, derrière les dictionnaires. »
Gravier me regarda avec étonnement.
« Tu remarques beaucoup de choses. »
« Quand on déménage souvent, on apprend à regarder. »
Personne ne répondit.
Moreau demanda qu’on lui apporte une carte papier du secteur.
Quelques minutes plus tard, nous examinions plusieurs rues autour de notre immeuble.
« Si Émilie est partie par la cour, elle a pu éviter l’entrée principale », dit-il.
« Elle connaît les passages entre les immeubles ? » demanda Gravier.
Je hochai la tête.
« Oui. Elle m’a montré deux chemins au cas où quelqu’un nous suivrait. »
Je posai mon doigt sur une petite rue.
« Par ici. »
Moreau suivit le trajet.
« Ça mène où ? »
« À une laverie. Ensuite à un parking souterrain. »
Il releva la tête.
« Parking avec caméras ? »
« Oui. »
Gravier se leva.
« Alors on commence là. »
Mais avant qu’il puisse donner un ordre, mon téléphone vibra de nouveau.
Même numéro.
Cette fois, pas de photo.
Une suite de chiffres.
**17-10-214-6**
Moreau se figea.
« Ce n’est pas aléatoire. »
« Le 17 octobre », murmurai-je.
Gravier acquiesça.
« Les deux premiers nombres, certainement. »
Je regardai les trois suivants.
« 214 ? »
Moreau prit soudain le dossier scellé et commença à tourner les pages.
« Attendez. »
Il s’arrêta.
Page 214.
La page était presque vide.
Un simple inventaire administratif.
Gravier fronça les sourcils.
« Et le six ? »
Je regardai la feuille.
Six lignes apparaissaient dans un tableau.
Je posai mon doigt sur la sixième.
**Dépôt externe — Archives Saint-Denis — Boîte C-47.**
Moreau pâlit.
« Ces archives ont été fermées il y a neuf ans. »
Gravier se leva immédiatement.
« Mais les bâtiments existent encore. »
Mon téléphone vibra une troisième fois.
Un message vocal.
Je l’ouvris.
Au début, je n’entendis qu’un souffle.
Puis la voix de maman.
Faible.
Très rapide.
« Rose, écoute seulement. Ne réponds pas. Le livre n’est pas le rapport. C’est la clé. »
Un bruit métallique retentit derrière elle.
Puis elle poursuivit :
« Si Gravier est avec toi, demande-lui ce qui s’est passé à Saint-Denis le 17 octobre. S’il te dit qu’il ne sait pas… pars. »
Le message s’arrêta.
Je levai les yeux vers lui.
« Alors ? »
Gravier ne répondit pas.
« Qu’est-ce qui s’est passé à Saint-Denis ? »
Son visage avait changé.
Pour la première fois depuis que je l’avais rencontré, il semblait incapable de parler.
Moreau se leva lentement.
« Nicolas ? »
Le général inspira profondément.
« Il y a douze ans, le 17 octobre, j’ai reçu un appel d’Adrien. Il m’a demandé de venir à Saint-Denis sans prévenir personne. »
« Et vous y êtes allé ? »
« Oui. »
« Qu’avez-vous trouvé ? »
Il baissa les yeux.
« Un entrepôt incendié. »
Je sentis mon cœur cogner.
« Et mon père ? »
Gravier releva enfin la tête.
« Sa voiture était là. Mais pas son corps. »
Le colonel Moreau devint livide.
« Le rapport officiel disait qu’Adrien avait été identifié sur place. »
Gravier secoua lentement la tête.
« C’est ce qu’on m’a ordonné de signer le lendemain. »
Je le fixai.
« Vous avez signé quelque chose que vous saviez faux ? »
Il ne chercha pas à se défendre.
« Oui. »
Le silence qui suivit me fit plus peur que tout le reste.
Puis Moreau murmura :
« Donc Adrien a peut-être survécu. »
Gravier regarda de nouveau la photographie de la bague.
« Ou quelqu’un voulait que nous le croyions mort. »
À cet instant, un dernier message apparut sur mon téléphone.
Cette fois, ce n’était pas ma mère.
Numéro masqué.
Une seule phrase :
**Si tu veux revoir Émilie vivante, viens seule à Saint-Denis avec la clé.**
**À suivre — cliquez sur la Partie 7 pour continuer.**







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