Le noir fut total.
Quelqu’un cria quelque part derrière moi.
Puis une main attrapa mon bras.
Je hurlai.
« Rose, c’est moi ! »
Le général Gravier.
Sa voix était juste à côté de moi.
« Ne bouge pas. »
Des lampes rouges de secours s’allumèrent quelques secondes plus tard, plongeant le hall dans une lumière étrange.
Le colonel Moreau avait déjà sorti son arme.
Les agents de sécurité se répartirent autour de nous.
« Coupure générale ? » demanda Gravier.
La femme à la tablette secoua la tête.
« Non, mon général. Seulement ce bâtiment. »
Mon téléphone était toujours contre mon oreille.
« Maman ? »
Aucune réponse.
Je regardai l’écran.
L’appel avait été interrompu.
« Maman ! »
J’essayai de la rappeler.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Rien.
Mon ventre se contracta.
« Il faut aller la chercher. »
Gravier s’accroupit devant moi.
« Nous allons le faire. »
« Maintenant ! »
« Oui. Mais pas en courant vers une porte que quelqu’un vient peut-être précisément d’ouvrir pour nous. »
Je détestais qu’il ait raison.
Moreau reçut un message dans son oreillette.
« Les portes principales sont toujours verrouillées. »
« Et les sorties de service ? »
Silence.
Le visage de Moreau se durcit.
« Une porte technique du sous-sol vient d’être ouverte manuellement. »
Gravier se releva.
« Par qui ? »
« On ne sait pas encore. »
Je regardai autour de moi.
Chaque ombre semblait maintenant cacher quelqu’un.
Puis la femme à la tablette leva brusquement la tête.
« Mon général, l’accès au dossier de Rose vient d’être fermé. »
« Après avoir obtenu sa localisation ? »
« Oui. »
« Donc ils ont ce qu’ils voulaient. »
Cette phrase me glaça.
« Ils ? »
Gravier me regarda.
« Je ne sais pas encore combien ils sont. »
Moreau donna des ordres rapides aux agents.
Deux d’entre eux partirent vers le sous-sol.
Puis il se pencha vers Gravier.
« On doit déplacer Rose. »
« Pas vers la zone sécurisée habituelle », répondit immédiatement Gravier. « Si quelqu’un connaît les protocoles internes, c’est le premier endroit qu’il cherchera. »
Moreau hocha la tête.
« Ancienne salle des transmissions ? »
« Oui. Accès mécanique uniquement. Aucun registre numérique. »
Ils commencèrent à m’emmener dans un couloir.
Je résistai.
« Je ne pars pas sans ma mère. »
Gravier s’arrêta.
« Rose, écoute-moi. La meilleure façon de protéger ta mère maintenant, c’est d’empêcher la personne qui nous observe de savoir où tu vas. »
Je sentis mes yeux se remplir de larmes.
« Et si elle est déjà chez nous ? »
Il ne répondit pas tout de suite.
Puis il dit :
« Alors nous devons agir avant elle. »
Nous descendîmes un escalier étroit.
Le bâtiment semblait complètement différent loin du grand hall.
Les murs étaient nus.
Les portes épaisses.
L’air plus froid.
Moreau ouvrit finalement une petite pièce avec une clé métallique.
À l’intérieur se trouvaient une vieille table, quatre chaises et plusieurs armoires grises.
Aucun écran.
Aucune caméra.
Gravier referma la porte.
« Rose, est-ce que ta mère possède un autre téléphone ? »
« Non. »
« Un voisin à qui elle fait confiance ? »
Je réfléchis.
« Madame Lefèvre, au troisième étage. Elle garde parfois mes affaires quand maman travaille tard. »
Moreau nota le nom.
« On va vérifier discrètement. »
Je secouai la tête.
« Maman m’a toujours dit de ne jamais donner le nom de nos voisins à des inconnus. »
Moreau s’arrêta.
Gravier me regarda avec une expression étrange.
« Elle t’a appris beaucoup de règles de sécurité ? »
« Depuis toujours. »
« Comme quoi ? »
Je comptai sur mes doigts.
« Ne jamais dire à quelqu’un quand maman travaille. Ne jamais ouvrir la porte si quelqu’un dit qu’il vient de l’armée. Ne jamais écrire notre adresse complète à l’école sauf si maman est là. Et si quelqu’un prononce le nom d’Adrien… »
Je m’arrêtai.
Les deux hommes se figèrent.
« Quoi ? » demanda Gravier.
Je sentis soudain que cette règle-là était différente.
« Je devais rentrer immédiatement et ne parler à personne. »
Moreau échangea un regard avec Gravier.
« Elle pensait donc que quelqu’un pouvait encore utiliser son nom. »
Je baissai les yeux.
« Je croyais qu’Adrien était juste quelqu’un qu’elle détestait. »
Gravier s’assit lentement en face de moi.
« Ta mère essayait de te protéger avec les seules choses qu’elle avait : des règles. »
Quelques minutes passèrent.
Puis Moreau reçut un appel.
Il écouta sans parler.
Son visage devint de plus en plus fermé.
« Compris. Ne touchez à rien. »
Il raccrocha.
« Qu’est-ce qui se passe ? » demandai-je.
Il regarda Gravier avant de répondre.
« Une équipe en civil est arrivée près de votre immeuble. »
Mon cœur s’arrêta presque.
« Maman ? »
« Elle n’est pas dans l’appartement. »
Je me levai si vite que la chaise tomba derrière moi.
« Quoi ? »
« Il n’y a aucun signe de lutte. »
« Alors où est-elle ? »
Moreau continua.
« La porte était verrouillée de l’intérieur, mais une fenêtre donnant sur la cour était ouverte. »
Je commençai à trembler.
« Elle ne laisse jamais cette fenêtre ouverte. »
Gravier demanda :
« Et madame Lefèvre ? »
« Elle dit avoir entendu quelqu’un frapper chez Émilie environ dix minutes après la coupure de l’appel. »
« Qui ? »
« Elle n’a pas vu son visage. »
« Uniforme ? »
« Non. »
Puis Moreau ajouta :
« Mais elle a entendu une phrase. »
Je le fixai.
« Laquelle ? »
Il hésita.
« L’homme a dit : “Émilie, tu sais pourquoi je suis là. Donne-moi le rapport et tout s’arrête.” »
Je sentis mes jambes faiblir.
Gravier me rattrapa avant que je tombe.
« Elle est partie à cause du rapport », murmurai-je.
Moreau hocha lentement la tête.
« Probablement. »
« Donc elle sait où il est. »
Personne ne répondit.
Soudain, je me souvenais de quelque chose.
Un détail ridicule.
Petit.
Presque invisible.
Trois semaines plus tôt, maman m’avait demandé de l’aider à ranger une boîte de vieux livres.
Elle en avait pris un à couverture bleue.
Puis elle l’avait gardé contre elle beaucoup trop longtemps.
À ce moment-là, j’avais cru qu’elle était simplement triste.
Je relevai la tête.
« Je sais peut-être où elle a caché quelque chose. »
Gravier et Moreau se tournèrent vers moi.
« Où ? » demanda Gravier.
« Dans notre appartement. Il y a un vieux livre bleu que maman ne me laisse jamais toucher. »
Moreau attrapa immédiatement son téléphone.
« Quel titre ? »
Je fermai les yeux.
Je revis l’étagère.
La poussière.
Les lettres dorées presque effacées.
Puis je murmurai :
« Le Comte de Monte-Cristo. »
Le général Gravier pâlit.
« Tu es sûre ? »
« Oui. Pourquoi ? »
Il regarda Moreau.
« Parce que c’était le livre préféré d’Adrien Valette. »
Un silence lourd tomba dans la pièce.
Puis mon téléphone vibra soudain.
Un message venait d’arriver depuis le numéro de maman.
Je l’ouvris immédiatement.
Il ne contenait qu’une photographie.
On y voyait le vieux livre bleu posé sur une table que je ne reconnaissais pas.
À côté, une main d’homme portait une grosse bague en argent.
Une épée.
Et des ailes.
Sous la photo, six mots étaient écrits :
**Rose, ne fais confiance à personne.**
**À suivre — cliquez sur la Partie 6 pour continuer.**







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