Divertissement

ELLE A FUI L’HOMME QU’ELLE AIMAIT AVEC SON FILS — 4 ANS PLUS TARD, IL LE RECONNAÎT AU MARCHÉ ET DÉCOUVRE UN SECRET TERRIFIANT

Je regardai Adrien sans comprendre immédiatement ce qu’il venait de dire. Mon empreinte. La boîte que j’avais volée dans le coffre de Damien, celle que j’avais enterrée sans jamais réussir à l’ouvrir, avait été conçue pour moi.

« C’est impossible. »

« J’aimerais que ça le soit », répondit Adrien.

Je tournai la tête vers Damien.

« Tu savais ? »

« Non. »

« Tu savais que j’étais enceinte. »

« Non. »

« Mon dossier médical était dans ton bureau ! »

Pour la première fois, Damien sembla perdre le contrôle de cette froideur qui lui servait d’armure.


« Je n’ai jamais vu ce document ! Si j’avais su que tu portais mon enfant, tu crois vraiment que j’aurais passé quatre ans à te chercher sans comprendre pourquoi tu avais disparu ? »

« Tu m’as cherchée ? »

Il me fixa.

« Tous les jours. »

Ces deux mots auraient pu me bouleverser autrefois. Maintenant, ils ne faisaient qu’ajouter une nouvelle couche à un mensonge devenu trop vaste.

Adrien eut un rire amer.

« Demande-lui combien de personnes il a payées pour te retrouver. »

Damien se tourna brutalement vers son frère.

« Et toi, explique-lui pourquoi tu savais qu’elle était enceinte. »

Le silence tomba.


Adrien cessa de sourire.

Je sentis immédiatement que quelque chose venait de changer.

« Adrien ? »

Il baissa les yeux.

« Je ne le savais pas avant de trouver le document. »

« Quand l’avez-vous trouvé exactement ? »

« La nuit où je suis venu dans l’appartement. »

« Et qui l’avait mis dans le bureau de Damien ? »

Adrien releva lentement les yeux.

« C’est précisément ce que nous devons découvrir. »


Une sirène lointaine traversa le silence des vignes.

Damien regarda aussitôt Julien.

« On part. »

« Encore ? » demandai-je.

« Ton appartement est une scène de crime. Un médecin lié à ta grossesse y a été retrouvé mort. Si quelqu’un veut attirer la police vers toi, il vient de réussir. »

« Alors je vais parler à la police. »

« Et leur dire quoi ? Que le père de ton fils est Damien Mercier, qu’un homme officiellement mort depuis cinq ans vient de réapparaître, et qu’une boîte contenant des preuves liées à Viktor Sokolov se trouvait chez toi ? »

Je détestais qu’il ait raison.

« Où allons-nous ? »

Damien réfléchit.


« Nulle part qui m’appartienne. »

Adrien parla derrière le portail.

« Je connais un endroit. »

Damien se retourna.

« Tu ne viens pas avec nous. »

« Alors tu peux continuer à chercher seul pendant cinq années supplémentaires. »

Leurs regards se croisèrent. Deux frères séparés par une mort qui n’avait jamais existé, chacun persuadé que l’autre cachait quelque chose.

Je pris ma décision.

« Il vient. »

Damien me fixa.


« Émilie— »

« Si quelqu’un nous ment, je préfère avoir les deux menteurs sous les yeux. »

Une heure plus tard, nous étions dans une ancienne propriété viticole abandonnée au sud de Libourne. Adrien avait expliqué qu’elle appartenait autrefois à leur père sous le nom d’une société qui n’existait plus. La maison n’avait ni caméras modernes ni système connecté. Seulement des murs épais, des volets de bois et une vieille ligne téléphonique débranchée depuis des années.

Léo s’était remis à jouer avec son train comme si changer trois fois de maison dans la même journée constituait simplement une aventure.

Je l’observais depuis l’encadrement de la porte lorsque Damien s’approcha.

« Il est toujours comme ça ? »

« Comme quoi ? »

« Calme. »

Je souris malgré moi.

« Seulement quand il sent que je ne le suis pas. »


Damien regarda son fils.

« Il fait ça pour toi. »

« Il a dû apprendre tôt. »

La culpabilité traversa son visage.

« Je ne savais pas, Émilie. »

Je ne répondis pas.

Après quelques secondes, Léo leva les yeux.

« Damien ? »

Il s’accroupit immédiatement.

« Oui ? »


« Tu peux réparer ça ? »

Une roue du petit train s’était détachée.

Damien prit le jouet avec une précaution presque absurde pour un homme que j’avais vu autrefois commander une pièce entière d’un seul regard.

« Je peux essayer. »

Léo s’approcha.

« Maman dit que mon papa savait réparer plein de choses. »

Le visage de Damien se figea.

Mon cœur aussi.

Je n’avais jamais raconté à Léo qui était son père. Lorsqu’il posait des questions, je lui donnais seulement quelques détails vrais : il aimait le café trop fort, savait réparer presque tout, détestait perdre aux cartes.

Damien remit la roue en place.


« Ta maman t’a parlé de ton papa ? »

« Un peu. »

« Et elle t’a dit où il était ? »

Léo secoua la tête.

Puis il posa la question que j’avais redoutée depuis le marché.

« C’est toi ? »

Je fermai les yeux une seconde.

Damien ne bougea plus.

« Léo… » commençai-je.

Mais mon fils regardait Damien.


« Tu es mon papa ? »

Damien chercha mon regard.

Pour une fois, il ne décida pas à ma place.

Je m’assis près de Léo.

« Oui, mon cœur. Damien est ton papa. »

Léo resta silencieux.

Puis il regarda le train réparé.

« Pourquoi il n’était pas avec nous ? »

Aucune réponse simple n’existait.

« Parce que maman et papa ont eu de gros problèmes avant ta naissance. »


« Vous étiez fâchés ? »

Damien murmura :

« Oui. Mais jamais contre toi. »

Léo réfléchit longuement avant de tendre son train à Damien.

« Alors tu peux jouer avec moi. »

Damien baissa la tête.

Je vis ses yeux briller.

Et quelque chose se fissura en moi.

Pas assez pour pardonner.

Mais assez pour me rappeler pourquoi je l’avais aimé.

Plus tard, lorsque Léo s’endormit, nous nous retrouvâmes tous les trois autour d’une vieille table. Adrien avait étalé plusieurs documents qu’il conservait depuis cinq ans.

« Regardez ça. »

Il poussa vers moi une photographie.

On y voyait Étienne Mercier, le père des deux frères, devant une clinique privée parisienne.

À côté de lui se trouvait le médecin retrouvé dans mon appartement.

La photo datait de six ans avant ma grossesse.

« Ils se connaissaient », murmurai-je.

« Très bien », répondit Adrien.

Damien prit la photographie.

« Pourquoi père fréquentait-il un gynécologue ? »

Adrien sortit un second document.

« Parce que le docteur Morel n’était pas seulement gynécologue. Avant sa clinique privée, il travaillait dans un laboratoire spécialisé en génétique. »

Je sentis un malaise grandir.

« Quel rapport avec moi ? »

Adrien ouvrit un dossier.

« Après mon accident, j’ai découvert que notre père lui versait de l’argent chaque mois. Les paiements ont continué après sa mort. »

« Par qui ? » demanda Damien.

Adrien posa son doigt sur une ligne.

Une société : Asterion Conseil.

Damien pâlit.

« Je connais ce nom. »

« Moi aussi », répondit Adrien. « C’est la société qui a autorisé l’intervention sur ma voiture. »

Je regardai les deux frères.

« Qui la possède ? »

Adrien sortit une feuille plus récente.

« Officiellement ? Personne que nous connaissons. Mais j’ai trouvé le bénéficiaire réel il y a trois semaines. »

Il retourna le document.

Un nom apparaissait.

**Claire Mercier.**

Damien se leva si brutalement que sa chaise tomba.

« Non. »

Je connaissais ce nom.

Tout le monde dans la famille Mercier le connaissait.

Claire était leur mère.

La femme qui m’avait accueillie autrefois avec une élégance glaciale, qui m’avait toujours répété que je ne comprendrais jamais vraiment le monde de son fils.

« Ta mère est vivante ? » demandai-je.

Damien me regarda comme si ma question était absurde.

« Bien sûr. »

Adrien secoua lentement la tête.

« Damien, tu ne comprends toujours pas. »

Il sortit une dernière photographie.

Claire Mercier quittant la clinique du docteur Morel.

La date apparaissait dans un coin.

Deux jours avant que je découvre ma grossesse.

À côté d’elle marchait Viktor Sokolov.

Je sentis ma respiration se couper.

« Pourquoi ta mère était-elle avec lui ? »

Personne ne répondit.

Puis un petit bruit nous parvint depuis le couloir.

Je me retournai.

Léo se tenait dans l’encadrement de la porte, pieds nus, son train contre la poitrine.

« Maman ? »

Je me levai.

« Tu devrais dormir, mon cœur. »

Mais il ne me regardait pas.

Ses yeux étaient fixés sur la photographie posée sur la table.

Il s’approcha et pointa Claire du doigt.

« Je connais cette dame. »

Damien devint immobile.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Léo regarda son père avec innocence.

« Elle est venue à l’école. »

Mon sang se glaça.

Je m’accroupis devant lui.

« Quand ? »

« Plusieurs fois. »

« Elle t’a parlé ? »

Il hocha la tête.

« Elle disait qu’elle connaissait papa. »

Damien s’accroupit à son tour.

« Qu’est-ce qu’elle t’a demandé, Léo ? »

Mon fils réfléchit.

« Des choses sur maman. Où on habite. Quand on va au marché. »

Je dus m’appuyer contre la table.

Claire connaissait donc l’existence de Léo bien avant ce matin.

« Tu lui as dit notre adresse ? »

« Non. Madame Sophie est arrivée. La dame est partie. »

Un soulagement bref me traversa.

Puis Léo ajouta :

« Mais elle m’a donné quelque chose. »

Il courut vers son petit sac posé près du canapé et fouilla dans une poche intérieure. Lorsqu’il revint, il tenait une pièce métallique ronde.

Damien la prit.

Son visage se décomposa.

« Où est-ce que tu as eu ça ? »

« La dame. »

Adrien se leva lentement.

« Fais voir. »

Damien posa l’objet sur la table.

Ce n’était pas une pièce.

C’était un petit médaillon portant le symbole gravé de la famille Mercier.

Je connaissais ce symbole.

Il figurait sur le coffre où j’avais trouvé la boîte noire.

Adrien retourna le médaillon.

Au dos, une série de chiffres était gravée.

**0711-ÉL-23**

Damien fixa le code.

Puis il me regarda.

« ÉL… Émilie Laurent. »

« Et 0711 ? »

Adrien ne répondit pas immédiatement. Il avait cessé de regarder le médaillon.

Il regardait Léo.

« Ce n’est pas une date », murmura-t-il.

« Alors quoi ? »

Adrien prit lentement le dossier médical retrouvé dans ses documents, compara un numéro imprimé au bas de la page, puis devint livide.

« C’est un numéro d’échantillon génétique. »

Un silence terrible remplit la pièce.

Je regardai mon fils.

« Quel échantillon ? »

Adrien releva les yeux vers moi.

« Le tien. »

Puis il regarda Damien.

« Prélevé quatre ans avant qu’Émilie ne te rencontre. »

Je cessai de respirer.

Damien secoua lentement la tête.

« Ça n’a aucun sens. »

Adrien referma le dossier.

« Si. Et c’est probablement pour ça que père avait fait fabriquer une boîte qu’Émilie seule pouvait ouvrir. »

Il posa sa main sur la photographie de Claire et Sokolov.

« Votre rencontre n’était peut-être pas un hasard. »

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