Divertissement

ELLE A FUI L’HOMME QU’ELLE AIMAIT AVEC SON FILS — 4 ANS PLUS TARD, IL LE RECONNAÎT AU MARCHÉ ET DÉCOUVRE UN SECRET TERRIFIANT

Je regardai Gabriel comme s’il venait de prononcer une phrase dans une langue que je ne comprenais pas.

« Qu’est-ce que ça veut dire, il n’était pas censé être notre enfant ? »

Gabriel ouvrit la bouche, mais Damien le devança.

« On n’a pas le temps. »

À l’extérieur, un moteur venait de s’arrêter.

Puis un autre.

Les lumières des phares traversèrent les interstices des vieux volets et dessinèrent des bandes blanches sur le sol de l’imprimerie.

Julien verrouilla la porte.

« Ils sont au moins quatre. »

Damien prit Léo dans ses bras.


« On sort par derrière. »

« Non », dit Gabriel.

Tout le monde se tourna vers lui.

Il désigna le vieux sol de l’atelier.

« Il y a un passage sous les machines. »

Adrien s’agenouilla aussitôt et souleva une plaque métallique dissimulée sous une vieille bâche. Un escalier étroit apparut.

« Vous aviez ça ici depuis combien de temps ? » demanda Damien.

« Depuis que j’ai compris qu’ils me retrouveraient un jour. »

Nous descendîmes rapidement. Je gardais une main sur le dos de Léo pendant que Damien le portait. L’air devenait humide et froid à mesure que nous avancions dans le tunnel.

Derrière nous, la porte de l’imprimerie vola brusquement contre le mur.


Des voix résonnèrent.

« Fouillez tout ! »

Je reconnus cette voix.

Claire.

Ma belle-mère.

La femme que je croyais élégante, distante, mais parfaitement respectable.

Je m’arrêtai.

« C’est elle. »

Damien me regarda.

« Tu es sûre ? »


« Oui. »

Il voulut remonter.

Je lui attrapai le bras.

« Non. »

« C’est ma mère. »

« Et elle est venue chercher Léo. »

Il resta immobile.

Pour la première fois, je vis dans ses yeux le combat entre le fils et le père.

Puis il continua d’avancer.

Le tunnel déboucha dans une ancienne cave située derrière le bâtiment. Gabriel nous conduisit jusqu’à une petite porte donnant sur une ruelle.


Nous sortîmes un par un.

Une voiture attendait.

À l’intérieur, une femme âgée était assise au volant.

Elle se retourna.

Je cessai de respirer.

« Maman ? »

Isabelle Laurent était là.

Pâle, fatiguée, une petite coupure sur la tempe, mais vivante.

Je me précipitai vers elle.

Elle ouvrit les bras et me serra contre elle.


Pendant quelques secondes, je ne fus plus une femme traquée, ni la mère d’un enfant recherché, ni la fille d’un homme disparu.

J’étais simplement sa fille.

« Je suis désolée », murmura-t-elle contre mes cheveux.

« Ils t’ont fait du mal ? »

« Pas encore. »

Je reculai.

« Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de Gabriel ? »

Elle regarda l’homme derrière moi.

Ses yeux se remplirent de larmes.

« Parce que je pensais qu’en effaçant son nom de ta vie, je pouvais effacer leur intérêt pour toi. »


« Ça n’a pas marché. »

« Je sais. »

Gabriel s’approcha.

« Isabelle, ils savent pour Léo. »

Elle regarda mon fils.

Son visage se décomposa.

« Alors nous n’avons plus beaucoup de temps. »

Nous montâmes dans la voiture.

Pendant que nous quittions la ruelle, Damien resta silencieux à côté de moi.

Puis il demanda :


« Gabriel, qu’est-ce que Léo porte exactement ? »

Gabriel regarda Isabelle.

Elle ferma les yeux.

« Une séquence génétique héritée de trois familles. »

Je fronçai les sourcils.

« Trois ? »

« Les Laurent. Les Mercier. Et une troisième lignée que nous pensions disparue. »

Adrien se pencha.

« Laquelle ? »

Ma mère répondit :


« Les Morel. »

Je pensai immédiatement au docteur retrouvé mort dans mon appartement.

« Le médecin ? »

Gabriel acquiesça.

« Le docteur Morel appartenait à cette famille. »

Damien regarda son frère.

« Mais pourquoi Léo ? »

Gabriel inspira profondément.

« Parce qu’Étienne croyait que cette combinaison pouvait permettre de retrouver une maladie génétique très rare. »

« Et c’est tout ? »


Personne ne répondit.

Je compris qu’il manquait quelque chose.

« Ce n’est pas tout. »

Gabriel me regarda.

« Non. »

Il sortit la clé USB qu’il avait montrée plus tôt.

« Étienne n’a pas seulement étudié cette combinaison. Il cherchait à savoir si elle pouvait être transmise naturellement à la génération suivante. »

Je regardai Léo.

« Moi. »

« Oui. »


« Et Damien ? »

Gabriel baissa les yeux.

« Damien était nécessaire parce que son patrimoine génétique complétait le tien. »

Le silence dans la voiture devint étouffant.

Damien murmura :

« Ils ont donc provoqué notre rencontre. »

« Pas entièrement », répondit Gabriel. « Mais ils ont arrangé suffisamment de choses pour augmenter les chances que vous vous rencontriez. »

Je me rappelai le restaurant.

La serveuse qui m’avait proposé une table précise.

Le dossier professionnel que Damien avait reçu quelques jours avant.

La personne qui m’avait recommandé cet emploi.

Tout ce que j’avais toujours considéré comme des coïncidences prenait soudain une autre forme.

« Mon Dieu… »

Damien posa sa main sur la mienne.

Je la retirai doucement.

Il ne protesta pas.

Après quelques kilomètres, ma mère demanda au conducteur de s’arrêter près d’un petit parking désert.

« Nous devons parler seuls », dit-elle.

Nous descendîmes.

Léo resta dans la voiture avec Julien.

Ma mère me prit les mains.

« Émilie, il y a une chose que Gabriel ne t’a pas dite. »

Gabriel baissa la tête.

« Isabelle… »

« Elle doit savoir. »

Je regardai Gabriel.

« Quoi ? »

Ma mère inspira.

« Lorsque tu es tombée enceinte, j’ai découvert que quelqu’un avait déjà enregistré Léo dans les bases d’Asterion. »

« Avant sa naissance ? »

« Oui. »

« Comment pouvaient-ils savoir qu’il existerait ? »

Elle me fixa.

« Parce qu’ils avaient prélevé tes ovocytes des années auparavant. »

Je reculai.

« Quoi ? »

« Tu avais dix-sept ans. Tu avais été hospitalisée après un malaise. Ils ont profité d’un protocole médical pour effectuer un prélèvement. »

Je secouai la tête.

« Je ne me souviens de rien. »

« Tu n’étais pas censée t’en souvenir. »

Je sentis les larmes monter.

« Et mon père ? »

« Gabriel a découvert la vérité. C’est pour ça qu’il a voulu détruire le programme. »

Je me tournai vers lui.

« Pourquoi ne m’avez-vous jamais dit tout ça ? »

Gabriel avait les yeux brillants.

« Parce que je croyais que te protéger signifiait te laisser vivre dans l’ignorance. »

« Vous vous êtes tous trompés. »

Personne ne répondit.

Soudain, le téléphone de Damien sonna.

Il regarda l’écran.

Un message.

**Vous cherchez encore à comprendre pourquoi Léo est spécial. Vous posez la mauvaise question.**

Un second message arriva.

**La vraie question est : qui a choisi Émilie ?**

Je sentis un froid parcourir mon corps.

Puis une troisième notification.

Une photographie.

Je la regardai.

C’était une image ancienne prise dans une clinique.

On y voyait ma mère tenant un bébé.

Moi.

À côté d’elle se trouvait Étienne Mercier.

Et derrière eux, une femme beaucoup plus jeune.

Claire.

Mais ce n’était pas cela qui me glaça.

Sur la photo, Claire portait le même médaillon que Léo avait reçu à l’école.

Au dos de l’image, une date.

**12 juin 1997.**

Je regardai ma mère.

« J’avais trois ans. »

Elle hocha lentement la tête.

« Oui. »

« Pourquoi Claire était-elle là ? »

Ma mère pleurait maintenant.

« Parce qu’elle était présente au moment où ils ont décidé ce que tu deviendrais. »

Damien s’approcha.

« Qui sont “ils” ? »

Ma mère leva les yeux vers lui.

« Étienne, Claire et Viktor Sokolov. »

Damien devint livide.

« Ma mère connaissait Sokolov depuis avant ma naissance ? »

« Oui. »

Adrien recula.

« Alors pourquoi Sokolov voulait-il tuer Gabriel ? »

Ma mère répondit d’une voix faible :

« Parce que Gabriel n’a pas seulement découvert le programme. »

Elle regarda son ancien compagnon.

« Il a découvert que Claire n’était pas la personne qui avait choisi Émilie. »

Je sentis mon cœur s’arrêter.

« Alors qui ? »

Gabriel ne répondit pas.

Il prit la clé USB et la plaça dans ma main.

« Il faut que tu voies la dernière vidéo. »

« Quelle vidéo ? »

« Celle qu’Étienne a enregistrée avant sa mort. »

Damien regarda la clé.

« Tu m’as dit qu’elle avait été détruite. »

« Je t’ai menti. »

Gabriel regarda directement Damien.

« Parce qu’Étienne y donne le nom de la personne qui dirigeait réellement Héritage. »

Je serrai la clé dans ma paume.

« Qui ? »

Gabriel s’approcha.

« Je ne sais pas si tu es prête. »

« Après tout ce qui s’est passé aujourd’hui, je le suis. »

Il hésita.

Puis il prononça un seul nom.

« Isabelle Laurent. »

Je me retournai lentement vers ma mère.

Elle ne nia pas.

Elle ne pleura pas.

Elle ferma simplement les yeux.

Et dans ce silence, je compris que depuis le début, la personne qui semblait avoir passé toute sa vie à me protéger pouvait être celle qui connaissait le mieux la raison pour laquelle j’avais été choisie.

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