Divertissement

ELLE A FUI L’HOMME QU’ELLE AIMAIT AVEC SON FILS — 4 ANS PLUS TARD, IL LE RECONNAÎT AU MARCHÉ ET DÉCOUVRE UN SECRET TERRIFIANT

Je restai incapable de parler. La voix de ma mère résonnait encore dans ma tête, presque plus réelle que le bruit du moteur sous nos pieds.

**Gabriel est vivant.**

Pendant vingt-neuf ans, j’avais grandi avec l’idée qu’il était mort avant même ma naissance. J’avais accepté son absence comme on accepte une cicatrice dont on ne connaît pas l’origine. Et maintenant, en quelques secondes, ma mère venait de transformer cette absence en mensonge.

« Elle a dit où il était ? » demandai-je.

Damien secoua la tête.

« La ligne a coupé. »

« Rappelle-la. »

Il essaya.

Numéro indisponible.

Adrien regardait la route à travers la vitre.


« Elle n’aurait jamais appelé si elle n’était pas certaine que quelqu’un nous écoutait. »

Je me tournai vers lui.

« Comment peux-tu savoir ça ? »

Il me regarda.

« Parce que je connais ma mère. »

« Claire ? »

Il acquiesça.

« Elle ne laisse jamais quelqu’un parler librement. Elle préfère laisser croire qu’elle perd le contrôle plutôt que de réellement le perdre. »

Damien se pencha vers lui.

« Tu penses qu’elle a enlevé Isabelle ? »


« Je pense qu’elle a organisé quelque chose. Mais je ne sais pas quoi. »

« Tu savais pour Gabriel ? »

Adrien resta silencieux.

« Réponds-moi. »

« Je savais qu’il existait. Je ne savais pas qu’il était vivant. »

Je sentis la colère revenir.

« Vous avez tous des morceaux de ma vie dans vos poches et vous vous étonnez que je ne vous fasse pas confiance. »

Adrien baissa les yeux.

« Tu as raison. »

Cette réponse me désarma plus que je ne l’aurais voulu.


Léo bougea derrière moi.

« Maman… »

Je me retournai immédiatement.

Il était réveillé, les yeux encore lourds de sommeil.

« On va où ? »

Je lui caressai le front.

« Voir quelqu’un qui pourra nous aider. »

« Qui ? »

Je regardai Damien.

Il ne répondit pas.


Je pris une inspiration.

« Ton grand-père. »

Léo fronça les sourcils.

« J’ai un grand-père ? »

La question nous plongea tous dans un silence étrange.

Damien détourna les yeux.

« Apparemment, oui. »

Nous continuâmes vers Bordeaux.

Adrien avait découvert une adresse liée à un ancien associé de Gabriel Laurent : une petite imprimerie abandonnée dans le quartier de Bacalan. Selon les archives, Gabriel y avait travaillé quelques mois avant sa disparition officielle.

Lorsque nous arrivâmes, la nuit était déjà tombée.


La façade semblait morte.

Un volet métallique était à moitié fermé.

À l’intérieur, pourtant, une faible lumière brillait.

Damien fit signe à Julien de rester dehors.

« Je passe devant. »

« Non », dis-je.

Il se retourna.

« Cette fois, je viens avec toi. »

Il voulut protester, puis renonça.

Nous entrâmes.


Une odeur de papier humide et d’encre flottait dans l’air. Les anciennes machines d’impression étaient recouvertes de poussière, mais une table au fond de la pièce était parfaitement propre.

Sur cette table reposait une enveloppe.

Mon nom.

Encore.

**ÉMILIE LAURENT**

Je m’approchai lentement.

« Quelqu’un savait que nous viendrions. »

Damien regarda autour de lui.

« Oui. »

J’ouvris l’enveloppe.


À l’intérieur, il n’y avait qu’une clé et une feuille.

**Si tu veux comprendre pourquoi ils t’ont choisie, cherche la chambre 17 de la clinique Saint-Augustin. Ne viens pas avec Claire. Ne viens pas avec la police. Et surtout, ne laisse personne faire un test ADN sur Léo.**

Je sentis mon cœur accélérer.

« Pourquoi interdire le test ADN ? »

Adrien prit la feuille.

Son expression changea.

« Parce que ce n’est pas seulement une question de filiation. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Le programme Héritage devait comparer plusieurs générations d’une même famille. »

Damien regarda son frère.


« Tu crois qu’ils veulent l’ADN de Léo. »

« Je crois qu’ils l’ont déjà. »

Je me retournai brusquement.

« Comment ? »

Adrien ne répondit pas.

Je compris avant qu’il parle.

Le médaillon.

La clinique.

Le docteur Morel.

Les visites de Claire à l’école.


« Non… »

Damien s’approcha.

« Émilie ? »

Je me rappelai soudain une scène survenue trois mois plus tôt. Léo était tombé dans la cour de l’école. L’infirmière scolaire avait demandé mon autorisation pour effectuer un prélèvement buccal dans le cadre d’un protocole médical de routine.

J’avais signé.

Une simple signature.

Une simple journée.

Je n’avais jamais demandé où les résultats avaient été envoyés.

« Ils ont peut-être pris son ADN à l’école », murmurai-je.

Damien ferma les yeux.


« Il faut vérifier immédiatement. »

À cet instant, une porte claqua à l’arrière du bâtiment.

Nous nous retournâmes.

Un homme apparut dans l’ombre.

Cheveux blancs.

Manteau sombre.

Visage marqué par les années.

Il ne ressemblait pas au souvenir que j’aurais pu avoir d’un père imaginaire.

Mais quelque chose dans ses yeux me frappa immédiatement.

La même façon de me regarder que celle que j’avais vue dans le miroir toute ma vie.

Il prononça mon prénom.

« Émilie. »

Je ne bougeai plus.

Damien passa instinctivement devant moi.

L’homme le regarda.

« Tu es Damien Mercier. »

« Et vous êtes Gabriel Laurent. »

L’homme acquiesça.

« Oui. »

Adrien s’avança.

« Gabriel… »

Gabriel le regarda avec une expression douloureuse.

« Tu as survécu. »

Adrien eut un rire sans joie.

« C’est ce que j’ai essayé de faire pendant cinq ans. »

Gabriel regarda Damien.

« Ton frère n’est pas celui que tu crois. »

Damien se raidit.

« Ça suffit avec les énigmes. Vous êtes le père d’Émilie. Vous connaissez ma famille. Vous connaissez Héritage. Alors dites-nous la vérité. »

Gabriel fixa longuement Damien.

« Ton père m’a demandé de créer le programme. »

Le silence tomba.

« Quoi ? » murmurai-je.

« Au départ, c’était une étude médicale. Rien de plus. Nous cherchions à identifier certaines maladies héréditaires. Puis Étienne a changé les objectifs. »

« Pour sélectionner des enfants », dit Adrien.

Gabriel acquiesça.

« Des enfants présentant certaines combinaisons génétiques rares. »

Je serrai la main de Léo.

« Et moi ? »

Gabriel me regarda.

« Tu étais la première. »

Je sentis mon visage devenir froid.

« La première quoi ? »

« La première enfant née après qu’Étienne eut compris qu’il pouvait prédire certaines caractéristiques génétiques à partir des données de tes parents. »

Je secouai la tête.

« Vous êtes en train de dire que ma naissance était planifiée ? »

« Pas ta naissance. Ton profil. »

Je reculai.

« Pourquoi personne ne m’a jamais dit ça ? »

Gabriel regarda Adrien.

« Parce que quelqu’un a détruit les archives. »

Damien demanda :

« Qui ? »

Gabriel hésita.

Puis il prononça :

« Claire. »

Damien resta figé.

« Ma mère ? »

« Elle a découvert que j’allais dénoncer Étienne. Elle m’a fait suivre. Quand elle a compris que j’avais emporté une copie des données, elle a essayé de me faire disparaître. »

« Mais vous êtes vivant. »

« Parce que quelqu’un m’a aidé. »

Il regarda Adrien.

« Ton frère. »

Je me tournai vers Adrien.

« Tu savais tout ça ? »

« Pas tout. »

Gabriel s’approcha.

« Adrien a découvert que Claire travaillait encore avec Sokolov. Il m’a aidé à falsifier ma mort. »

Damien fixa son frère.

« Alors pourquoi m’avoir laissé croire qu’il était mort ? »

Gabriel répondit à sa place.

« Parce que nous pensions que tu travaillais pour eux. »

Damien sembla frappé en plein cœur.

« Vous pensiez que j’étais leur homme ? »

« Les documents portaient ta signature. Les transferts étaient effectués depuis tes comptes. Les ordres venaient de ton identité. »

Damien secoua lentement la tête.

« Je n’ai jamais signé ces documents. »

Gabriel s’approcha encore.

« Nous le savons maintenant. »

Il sortit une clé USB de son manteau.

« Mais à l’époque, toutes les preuves désignaient Damien. »

Je regardai Damien.

Une partie de moi voulait croire Gabriel.

Une autre se souvenait de tout ce que Damien m’avait caché.

« Et moi ? Pourquoi m’avoir laissée vivre sans rien savoir ? »

Gabriel baissa les yeux.

« Parce que Claire te surveillait. »

« Depuis quand ? »

« Depuis ta naissance. »

Je fermai les yeux.

« Et Damien ? »

Gabriel regarda mon compagnon d’un air grave.

« Votre rencontre n’a pas été entièrement arrangée. Mais quelqu’un a fait en sorte que vos chemins se croisent. »

Damien pâlit.

« Qui ? »

Gabriel ne répondit pas.

Il regardait Léo.

Son visage changea soudain.

« Oh mon Dieu… »

Je serrai mon fils contre moi.

« Quoi ? »

Gabriel s’approcha lentement.

« Léo a quelque chose que ni toi ni Damien n’avez. »

« Quoi ? »

Il regarda son petit-fils comme s’il venait de comprendre une vérité qu’il redoutait depuis des années.

« Une combinaison génétique que nous pensions impossible. »

La porte de l’imprimerie s’ouvrit brusquement derrière nous.

Julien entra, le visage tendu.

« Nous devons partir. Maintenant. »

Damien se retourna.

« Pourquoi ? »

Julien regarda son téléphone.

« Une voiture vient de s’arrêter devant l’entrée. »

« Combien d’hommes ? »

« Je ne sais pas. »

Il marqua une pause.

« Mais ils ont envoyé une photo. »

Il tendit son téléphone à Damien.

La photographie montrait Léo dormant dans la voiture, prise quelques minutes auparavant.

Sous l’image, un message :

**Nous ne voulons pas l’enfant. Nous voulons seulement ce qu’il porte dans son sang.**

Gabriel fixa l’écran.

Puis son visage se vida de toute couleur.

« Non… »

Je le regardai.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Il murmura :

« Si Sokolov sait ce que Léo porte, alors il sait aussi pourquoi Étienne vous a fait rencontrer. »

Damien serra les poings.

« Pourquoi ? »

Gabriel releva lentement les yeux.

« Parce que Léo n’était pas censé être votre enfant. »

Le silence fut absolu.

Je regardai mon fils.

Puis Damien.

Et pour la première fois, une pensée plus terrifiante encore que toutes les précédentes traversa mon esprit :

**Et si quelqu’un avait attendu quatre ans pour découvrir si Léo naîtrait réellement ?**

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