Isabelle resta immobile au milieu de l’escalier, serrant la petite boîte métallique contre elle comme si sa vie en dépendait. Pendant quelques secondes, personne ne parla. Je regardais cette femme que je n’avais pas vue depuis des années, incapable de comprendre pourquoi elle avait attendu aussi longtemps pour revenir.
« Pourquoi maintenant ? » demandai-je finalement.
Isabelle descendit les dernières marches.
« Parce que ton père vient de commettre une erreur. »
Le doyen Delcourt fronça les sourcils.
« Quelle erreur ? »
Elle posa la boîte sur la table du salon.
« Il a utilisé l’identité de Clara pour accéder à des archives scientifiques. Il a également permis qu’une fausse invitation soit créée. Jusqu’à aujourd’hui, il pouvait encore prétendre que tout cela n’était qu’une série de malentendus. Mais maintenant, les traces existent partout. »
Je fixai la boîte.
« Qu’est-ce qu’il y a dedans ? »
Isabelle posa sa main sur le couvercle.
« Les raisons pour lesquelles ta mère avait peur de mourir. »
Mon souffle se coupa.
Chloé s’assit lentement sur une chaise.
« Tante Isabelle… est-ce que mon père savait ? »
Isabelle la regarda avec tristesse.
« Ton père savait que ta mère avait découvert quelque chose. Il ne savait pas qu’elle avait réussi à en conserver les preuves. »
Je me penchai vers la boîte.
« Ouvre-la. »
Elle secoua la tête.
« C’est toi qui dois le faire. »
Elle me tendit la clé.
Mes doigts tremblaient lorsque je l’introduisis dans la serrure.
Un petit clic retentit.
À l’intérieur se trouvaient une clé USB noire, plusieurs enveloppes jaunies et un carnet manuscrit.
Sur la première enveloppe, je reconnus immédiatement l’écriture de ma mère.
« Pour Clara. À ouvrir uniquement lorsqu’elle sera suffisamment forte pour connaître toute l’histoire. »
Je sentis les larmes monter.
« Elle savait que je finirais par trouver ça… »
« Elle espérait que tu le ferais », répondit Isabelle.
J’ouvris l’enveloppe.
Une lettre.
Je dépliai lentement la feuille.
Ma Clara, si tu lis ces lignes, c’est que je n’ai pas réussi à te protéger comme je le voulais. Ne crois jamais que ton père n’a pas vu ta valeur. Le problème n’est pas qu’il ne la voyait pas. Il la voyait trop bien.
Je m’arrêtai.
Ces quelques mots me firent plus mal que tout ce que mon père m’avait dit pendant des années.
Je poursuivis.
Il sait que tu es capable de faire quelque chose que personne dans notre famille n’a réussi à faire. Il sait aussi que certaines personnes sont prêtes à payer très cher pour obtenir ce que tu découvriras.
Une seconde enveloppe tomba de la boîte.
Sur celle-ci était inscrit un nom.
Marc Varenne.
Le doyen Delcourt s’approcha immédiatement.
« Ne l’ouvrez pas seule. »
Je levai les yeux vers lui.
« Pourquoi ? »
« Parce que si votre mère a conservé un document portant son nom, nous devons savoir exactement ce que nous avons entre les mains avant de le transmettre à qui que ce soit. »
Je regardai la clé USB.
« Et ça ? »
Isabelle répondit :
« C’est une copie de sauvegarde. Ta mère m’avait demandé de la cacher. »
« Une copie de quoi ? »
Elle hésita.
« Des comptes. »
Le silence tomba.
« Quels comptes ? »
« Ceux de la fondation Varenne. »
Chloé porta une main à sa bouche.
« Mon Dieu… »
Je me tournai vers Isabelle.
« Est-ce que mon père était impliqué ? »
Elle ne répondit pas immédiatement.
Puis elle prononça les mots que je redoutais.
« Oui. Mais pas de la manière que tu imagines. »
Je me levai.
« Alors explique-moi. »
« Ton père n’a pas créé le système. Il en faisait partie. Il servait d’intermédiaire. »
Je reculai d’un pas.
Tout ce que j’avais vécu depuis des années prenait soudain une autre signification.
Mes bourses mystérieusement retardées.
Les documents administratifs qui disparaissaient.
Les courriers universitaires que je ne recevais jamais.
Les invitations que ma famille disait ne pas avoir reçues.
Même certaines récompenses dont je n’avais découvert l’existence que des mois plus tard.
Ce n’était pas de la négligence.
Quelqu’un avait organisé mon invisibilité.
« Pourquoi ? » demandai-je d’une voix brisée.
Isabelle me regarda.
« Parce que ta mère avait compris que ton projet médical pouvait devenir extrêmement important. Et certaines personnes voulaient contrôler ses résultats avant même qu’ils soient publiés. »
Le doyen prit le carnet.
Il tourna quelques pages.
Puis son expression changea.
« Clara… »
Je m’approchai.
Sur une page, ma mère avait écrit plusieurs dates.
À côté de chacune figurait le nom d’une personne.
Certains étaient des chercheurs.
D’autres étaient des administrateurs.
Et l’un d’eux me donna froid dans le dos.
Antoine Delcourt.
Je levai lentement les yeux vers le doyen.
Il resta silencieux.
« Pourquoi votre nom est-il dans le carnet de ma mère ? »
Il ne répondit pas.
Chloé se leva brusquement.
« Clara, attends. »
Mais je n’écoutais plus.
Delcourt prit une profonde inspiration.
« Votre mère m’avait demandé de protéger vos recherches. »
« Alors pourquoi votre nom est-il écrit à côté de celui de Varenne ? »
Il tourna le carnet vers une autre page.
Une annotation apparaissait sous leurs deux noms.
« L’un protège Clara. L’autre prétend la protéger. Je ne sais pas encore lequel ment. »
Le doyen pâlit.
Puis son téléphone sonna.
Il regarda l’écran.
Un appel provenant de l’université.
Il décrocha.
Son visage se transforma en quelques secondes.
« Quoi ? »
Il resta silencieux.
Puis il regarda droit vers moi.
« Clara… le coffre contenant les archives originales du projet L-17 vient d’être ouvert. »
« Par qui ? »
Il ne répondit pas.
La voix de son interlocuteur semblait paniquée à l’autre bout du fil.
Enfin, Delcourt murmura :
« Avec votre empreinte digitale. »
Je regardai mes propres mains.
Je n’avais jamais été dans cette salle des archives.
Et pourtant, quelqu’un venait d’y entrer avec mon identité.
Puis Isabelle saisit brusquement la clé USB.
« Ce n’est pas possible… »
« Quoi ? »
Elle retourna la clé.
Une minuscule inscription était gravée sur le métal.
L-17 — ORIGINAL — CLARA LEFÈVRE.
Son visage devint livide.
« Clara… ta mère ne t’a pas laissé une copie. »
Elle regarda le doyen.
« Elle t’a laissé quelque chose qui prouve que les résultats originaux du projet n’ont jamais été ceux que Varenne prétendait avoir. »







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