Les coups contre la porte retentirent de nouveau, plus forts cette fois. Chloé sursauta, mais je restai immobile, les yeux fixés sur la dernière phrase du carnet. Ce n’est pas la clé qu’ils doivent craindre. C’est ce qui se trouve déjà entre les mains de Clara.
« Qu’est-ce que ça signifie ? » demandai-je.
Isabelle secoua la tête.
« Je ne sais pas. Ta mère ne me l’a jamais expliqué. Elle m’a seulement dit une chose : si un jour quelqu’un venait chercher la clé USB, je devais te conduire à la faculté et ne surtout pas la laisser tomber entre leurs mains. »
Le doyen Delcourt comprit immédiatement.
« À la faculté… »
Il se tourna vers moi.
« Clara, qu’avez-vous fait de vos recherches originales ? »
Je fronçai les sourcils.
« Tout est dans les archives du laboratoire. »
« Non. Je parle de vos propres copies. »
Je réfléchis.
Puis un souvenir me revint.
Quatre ans auparavant, au début de mes recherches, j’avais pris l’habitude de sauvegarder chaque résultat sur un ancien serveur universitaire. Un serveur que presque personne n’utilisait plus.
« Le serveur B-12. »
Delcourt me regarda avec surprise.
« Il existe encore ? »
« Je crois. J’y ai enregistré les premières données du projet avant même qu’il porte le nom L-17. »
Isabelle ferma les yeux.
« Voilà ce que ta mère voulait dire. »
Un bruit de verre brisé retentit dans le couloir.
Les hommes étaient entrés.
Delcourt se leva immédiatement.
« Nous devons partir. »
Mais je regardai la boîte métallique.
« Pas avant de savoir ce qu’il y a dans cette enveloppe. »
Je pris celle portant le nom de Varenne.
À l’intérieur se trouvait une photocopie d’un transfert bancaire et une photographie.
La photographie représentait quatre personnes devant un laboratoire.
Mon père.
Marc Varenne.
Un homme que je ne connaissais pas.
Et ma mère.
Je retournai la photo.
Une date était inscrite au dos.
17 octobre 2021.
Puis une phrase :
« Ils pensent que Clara ne sait rien. Elle sait déjà plus qu’ils ne l’imaginent. »
Je levai les yeux vers Isabelle.
« Qui est cet homme ? »
Elle blêmit.
« Le docteur Laurent Morel. »
Delcourt se figea.
« Morel est mort. »
« Non », répondit Isabelle.
Sa voix tremblait.
« C’est ce qu’ils ont fait croire. »
Un silence glacial tomba dans la pièce.
« Que voulez-vous dire ? »
Isabelle regarda vers la porte.
« Laurent Morel était le chercheur qui travaillait avec ta mère sur les premières données du projet. Il avait découvert que quelqu’un falsifiait les rapports. Quelques jours après avoir menacé de parler, il a disparu. »
Je sentis ma gorge se serrer.
« Et personne n’a rien fait ? »
« Ta mère a essayé. »
« Alors pourquoi ne m’a-t-elle jamais parlé de lui ? »
Isabelle me regarda avec une tristesse infinie.
« Parce qu’elle savait qu’ils surveillaient ses communications. »
Un coup violent frappa la porte.
« Docteure Lefèvre ! »
La poignée bougea.
Delcourt attrapa la clé USB.
« Maintenant, nous partons. »
Nous traversâmes la cuisine et sortîmes par une porte arrière donnant sur un petit jardin. La pluie avait recommencé à tomber. Nous courûmes jusqu’à la voiture pendant que les voix des hommes résonnaient derrière nous.
Une fois dans le véhicule, Delcourt démarra immédiatement.
Je serrai le carnet de ma mère contre ma poitrine.
« Nous allons au serveur B-12. »
« Non », répondit Delcourt.
Je le regardai.
« Pourquoi ? »
« Parce que si quelqu’un a réussi à utiliser votre empreinte digitale pour ouvrir les archives, il peut probablement surveiller vos anciens accès. »
« Alors où allons-nous ? »
Il réfléchit quelques secondes.
« Chez quelqu’un en qui votre mère avait confiance. »
« Qui ? »
Il ne répondit pas.
La voiture traversa les rues détrempées de Versailles.
Puis, après plusieurs minutes, il s’arrêta devant un petit immeuble ancien.
Nous descendîmes.
Delcourt monta jusqu’au troisième étage et frappa trois coups.
La porte s’ouvrit.
Un homme âgé apparut.
Je le reconnus après quelques secondes.
« Professeur Morel ? »
Il me regarda.
Puis son visage se décomposa.
« Clara… »
Je reculai.
« Vous êtes vivant. »
Il hocha lentement la tête.
« Ta mère m’a demandé de disparaître. »
« Pourquoi ? »
Il regarda Delcourt.
« Parce qu’elle savait que ceux qui voulaient ses recherches ne s’arrêteraient pas à elle. »
Je sentis mes jambes trembler.
« Est-ce que vous savez ce qu’elle avait découvert ? »
Morel resta silencieux.
Puis il me fit entrer.
Sur son bureau se trouvait un dossier épais.
Il posa la main dessus.
« J’ai attendu quatre ans avant de pouvoir te remettre ceci. »
« Pourquoi aujourd’hui ? »
Il me regarda droit dans les yeux.
« Parce que ta mère m’avait donné une condition. »
« Laquelle ? »
« Je ne devais te révéler la vérité que le jour où tu serais officiellement docteure et où ton nom serait impossible à effacer. »
Je restai silencieuse.
Il ouvrit le dossier.
À l’intérieur se trouvaient les résultats originaux du projet.
Tous.
Aucune falsification.
Aucune suppression.
Et les chiffres étaient bien meilleurs que ceux publiés officiellement.
Mais la dernière page contenait quelque chose de plus troublant encore.
Une liste de noms.
Je reconnus immédiatement mon père.
Marc Varenne.
Deux administrateurs de l’université.
Puis un dernier nom.
Je levai les yeux vers Morel.
« Cette personne était impliquée aussi ? »
Il acquiesça.
« Elle était même au cœur du système. »
« Qui est-ce ? »
Morel hésita.
Puis il posa son doigt sur le dernier nom.
Professeur Antoine Delcourt.
Je me tournai lentement vers le doyen.
Il était devenu livide.
Mais avant qu’il puisse parler, Morel ajouta :
« Attention, Clara. Ce document ne prouve pas qu’Antoine t’a trahie. »
Il marqua une pause.
« Il prouve seulement qu’il a menti à ta mère. »
Delcourt ferma les yeux.
Puis il murmura :
« Oui. Je lui ai menti. Mais je l’ai fait parce qu’elle me l’avait demandé. »
Et, dans le silence qui suivit, je compris que le doyen me cachait encore une partie essentielle de la vérité.







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