Divertissement

La fillette sourde posa la main sur le cœur de Damien Volkov — et tout le manoir se figea

Pendant une seconde, personne ne bougea.

Même la pluie semblait avoir cessé de frapper les vitres.

Je regardais Victor.

Puis Damien.

Puis Lila, qui serrait son lapin contre sa poitrine sans comprendre pourquoi tous les adultes autour d’elle avaient soudain cessé de respirer.

« Non », ai-je dit.

Ma voix était si basse que j’ai à peine reconnu le son qui sortait de ma bouche.

Victor ne détourna pas les yeux.

« Je n’ai pas dit que j’en étais certain. J’ai dit que je le croyais. »

Damien s’était redressé malgré la douleur.


« Explique-toi. Maintenant. »

Victor ouvrit sa mallette noire.

Il en sortit un dossier mince, maintenu fermé par un élastique.

« J’ai commencé à enquêter après votre empoisonnement. Pas seulement sur Mercier. Sur tout ce qui pouvait expliquer pourquoi votre état empirait alors que vos analyses officielles prétendaient le contraire. »

Damien tendit la main.

Victor ne lui donna pas immédiatement le dossier.

« Il y a quelque chose que vous devez savoir avant de lire ça. »

Le regard de Damien devint glacial.

« Tu es en train de tester ma patience dans ma propre chambre. »

Victor posa finalement le dossier sur le lit.


À l’intérieur se trouvaient des photocopies de comptes rendus médicaux, des résultats biologiques et une feuille portant plusieurs annotations manuscrites.

Je ne comprenais pas la moitié des termes.

Mais j’ai vu une date.

Quatre ans plus tôt.

L’année de naissance de Lila.

Je me suis figée.

« Où avez-vous trouvé ça ? »

Victor m’a regardée.

« Dans des archives privées liées à une clinique de Marseille. »

Mon cœur a commencé à cogner.


« Quelle clinique ? »

Il prononça son nom.

Mes jambes faillirent céder.

C’était la clinique où j’avais accouché de Lila.

Je reculai d’un pas.

« C’est impossible. »

Damien tourna lentement la tête vers moi.

Pour la première fois, sa colère n’était plus dirigée vers Victor.

Elle était dirigée vers la pièce entière.

Vers une vérité qu’il ne comprenait pas encore.


« Comment vous appelez-vous ? » demanda-t-il.

Je le fixai.

Il connaissait mon prénom. Tout le personnel le connaissait.

Mais je compris qu’il ne parlait pas de mon prénom.

« Élise Moreau. »

« Votre nom avant votre mariage ? »

Ma gorge se serra.

« Je n’ai jamais été mariée. »

Un silence passa.

Victor ouvrit une page du dossier.


« Et le père de Lila ? »

Je baissai les yeux vers ma fille.

Pendant quatre ans, j’avais appris à répondre à cette question sans laisser paraître la moindre émotion.

« Il ne fait pas partie de sa vie. »

Damien eut un rire bref, sans aucune trace d’amusement.

« Ce n’est pas une réponse. »

Je relevai brusquement les yeux.

« Et vous n’avez aucun droit de m’interroger sur ça. »

Les gardes se tendirent.

Personne ne parlait ainsi à Damien Volkov.


Pourtant, il ne se mit pas en colère.

Il observa simplement mon visage.

Comme s’il cherchait quelque chose qu’il avait déjà vu.

« Sortez », ordonna-t-il soudain.

Je crus qu’il parlait à moi.

Mais son regard se posa sur les gardes.

« Tous. Sauf Victor. »

Les hommes hésitèrent.

« Maintenant. »

La porte se referma derrière eux.


Je pris la main de Lila.

« Nous partons aussi. »

« Non. »

Je me retournai.

Damien avait ouvert le dossier à une page précise.

« Vous restez. »

« Monsieur Volkov— »

« Si quelqu’un a falsifié mes médicaments, si quelqu’un a caché des informations médicales pendant des années et si le nom de votre fille apparaît dans cette histoire, vous ne sortirez pas de cette maison avant que je comprenne pourquoi. »

Mon sang se glaça.

« Le nom de Lila apparaît où ? »


Victor et Damien échangèrent un regard.

Victor poussa doucement une feuille vers moi.

Je m’approchai.

Ce n’était pas le nom de Lila.

C’était le mien.

ÉLISE MOREAU.

En dessous figurait une série de références médicales.

Et une mention qui me fit cesser de respirer.

Échantillon néonatal conservé.

Je relevai la tête.


« Pourquoi mon dossier obstétrical se trouve-t-il dans vos archives ? »

Victor secoua la tête.

« Ce ne sont pas les archives de Damien. »

« Alors celles de qui ? »

Il ne répondit pas.

Damien parcourait les pages avec une concentration terrifiante.

Puis son doigt s’arrêta.

« Ici. »

Victor se pencha.

Damien lut à voix haute.


« Patient masculin, porteur confirmé de la mutation familiale. Descendance biologique à surveiller. »

Il leva les yeux.

« Quelle mutation ? »

Victor désigna les comprimés blancs.

« Celle pour laquelle ces médicaments sont prescrits. »

Je sentis la pièce tourner.

« Attendez. Vous dites que Lila pourrait avoir une maladie cardiaque ? »

« Je dis qu’elle doit être examinée », répondit Victor.

Je serrai ma fille contre moi.

« Elle a déjà vu des médecins toute sa vie. »

« Pour son audition », dit Victor. « Pas pour ça. »

Damien ne regardait plus les documents.

Il regardait Lila.

Elle, en revanche, regardait son appareil auditif qui venait de glisser légèrement derrière son oreille.

Puis elle releva les yeux vers lui.

Et sourit.

Ce simple sourire sembla le frapper plus violemment que tout ce qui venait d’être dit.

Il détourna le regard.

« Qui est son père ? »

Cette fois, la question ne ressemblait pas à un ordre.

Elle ressemblait presque à une crainte.

Je sentis mes doigts devenir froids.

« Je ne sais pas où il est aujourd’hui. »

« Son nom. »

Je pris une longue inspiration.

« Adrien Delcourt. »

Victor pâlit.

Damien, lui, ne bougea plus du tout.

« Répète. »

« Adrien Delcourt. »

Un bruit sec retentit.

Le dossier venait de tomber des mains de Damien.

Victor ferma les yeux une seconde.

Je les regardai tour à tour.

« Quoi ? »

Damien parla le premier.

« Il vous a dit que c’était son vrai nom ? »

Un frisson parcourut mon dos.

« Bien sûr que c’était son vrai nom. »

Personne ne répondit.

Alors quelque chose que je n’avais pas ressenti depuis quatre ans remonta brutalement à la surface.

Le visage d’Adrien.

Son sourire facile.

Ses longues absences.

Son refus absolu de rencontrer ma famille.

Puis cette nuit où il avait disparu deux semaines avant que je découvre ma grossesse.

Sans message.

Sans explication.

Comme s’il n’avait jamais existé.

« Qui était-il ? » ai-je demandé.

Damien baissa les yeux vers Lila.

Puis il prononça lentement :

« Adrien Delcourt n’a jamais existé. »

Ma respiration s’arrêta.

Victor ramassa une photographie tombée du dossier.

Il la retourna.

Je reconnus immédiatement l’homme sur l’image.

Plus jeune.

Les cheveux plus longs.

Mais c’était lui.

Adrien.

Je tendis la main.

Victor ne me donna pas la photo.

Il la posa devant Damien.

Et sous l’image, imprimé en lettres noires, figurait un autre nom.

NIKOLAÏ VOLKOV.

Je levai les yeux vers Damien.

Son visage avait perdu toute couleur.

« Qui est Nikolaï ? »

Il resta silencieux plusieurs secondes.

Puis sa mâchoire se contracta.

« Mon frère. »

J’eus l’impression que le sol se dérobait.

Mais Damien n’avait pas terminé.

« Mon frère mort il y a cinq ans. »

Je regardai Lila.

Quatre ans.

La chronologie ne collait pas.

Et Damien venait manifestement de s’en rendre compte lui aussi.

Victor saisit soudain le dossier et retourna plusieurs pages.

« Damien. »

Sa voix avait changé.

« Regardez la date du décès. »

Damien lut.

Puis ses yeux devinrent froids.

Dangereusement froids.

« Ce document est faux. »

« Exactement », souffla Victor.

Un téléphone vibra dans sa poche.

Il consulta l’écran.

Son visage se durcit.

« On vient d’essayer d’accéder au serveur médical privé depuis l’intérieur du manoir. »

Damien releva la tête.

« Qui ? »

Victor hésita.

Puis il nous montra l’écran.

La tentative d’accès provenait d’un terminal précis.

Aile médicale.

Bureau du docteur Mercier.

Au même instant, trois coups frappèrent doucement à la porte.

Tout le monde se figea.

Puis la voix calme du médecin retentit depuis le couloir.

« Monsieur Volkov ? J’ai appris que votre état s’était aggravé. Ouvrez-moi. »

Lila agrippa ma manche.

Damien regarda les comprimés blancs.

Puis la photographie de son frère officiellement mort.

Enfin, il fixa la porte.

Et murmura :

« Ne faites aucun bruit. »

À suivre — cliquez sur la Partie 4 pour lire la suite.

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