Divertissement

La fillette sourde posa la main sur le cœur de Damien Volkov — et tout le manoir se figea

Le monde entier sembla se réduire à une seule phrase.

Sa chambre est vide.

« Retrouvez-la ! » ai-je crié.

Victor parlait déjà dans son téléphone.

« Fermez toutes les sorties. Personne ne quitte Valombre. Vérifiez les véhicules, les tunnels de service, les caméras hors réseau. »

Nikolaï descendit les dernières marches.

« Mercier. »

Damien se retourna vers lui.

« Il était sous surveillance. »

« Mercier connaît cette maison mieux que tes gardes. Il prépare ça depuis des années. »


Je saisis Nikolaï par la veste.

« S’il arrive quelque chose à ma fille— »

« Élise. »

« Ne prononce pas mon nom comme si tu avais encore le droit de me calmer ! »

Il ne tenta pas de se dégager.

« Tu as raison. Mais si nous voulons retrouver Lila, il faut partir maintenant. »

Nous étions déjà presque dehors lorsque Damien leva brusquement une main contre le mur.

Son visage se contracta.

Victor le rattrapa.

« Damien. »


« Ça va. »

« Non. »

Nikolaï s’approcha de son frère.

Pendant une seconde, leur haine sembla disparaître.

« Tes médicaments actuels aggravent l’arythmie », dit-il.

Damien releva les yeux.

« Tu le savais ? »

« Je savais qu’on modifiait ton traitement. C’est pour ça que j’ai essayé de revenir. »

« Après cinq ans ? »

« On se disputera si Lila survit à cette nuit. »


Ces mots me frappèrent comme un coup.

« Qu’est-ce qu’ils comptent lui faire ? »

Nikolaï me regarda.

« Prélever son sang. Peut-être provoquer une réponse cardiaque pour confirmer le phénotype. »

Je cessai de respirer.

« Provoquer ? »

« Mercier n’a jamais voulu tuer Damien immédiatement. Il voulait obtenir des données pendant une crise contrôlée. »

Damien pâlit de colère.

« Mon empoisonnement était une expérience. »

Nikolaï acquiesça.


« Et Lila est leur dernier élément. »

Nous roulâmes vers Valombre sous une pluie si forte que les phares découpaient à peine la route.

Dans la voiture, Nikolaï me donna enfin la photographie de ma mère.

« Explique. »

Il fixa l’image.

« Ta mère, Sophie Moreau, travaillait autrefois comme technicienne dans un programme privé financé par mon père. »

« Elle n’était pas médecin. »

« Non. Mais elle faisait partie des premiers volontaires testés. »

Je fronçai les sourcils.

« Pourquoi ? »


« Parce qu’elle portait une variation génétique extrêmement rare. Pas la maladie des Volkov. Une variation capable d’en modifier l’expression. »

Je regardai Damien.

« Alors Lila… »

Nikolaï hocha la tête.

« Elle a peut-être hérité de ma mutation et de la variation de ta famille. Ensemble, elles pourraient expliquer son audition, son cœur… et pourquoi son profil intéresse tellement Mercier. »

« Pour la soigner ? »

Nikolaï eut un rire sans joie.

« Pour breveter ce qu’ils peuvent apprendre d’elle. »

Mon estomac se retourna.

« Une enfant de quatre ans. »


« Pour eux, elle est un dossier scientifique qui pourrait valoir des centaines de millions. »

Damien ferma les yeux.

« Mon père a financé ça ? »

« Au début, il cherchait un traitement pour nous. Puis d’autres personnes ont compris ce que les données pouvaient valoir. Il a voulu arrêter le programme. »

« Et toi, tu as simulé ta mort. »

« Parce qu’ils avaient commencé à faire disparaître les dossiers et les témoins. »

Je le fixai.

« Et moi ? Pourquoi m’approcher ? »

Cette question me faisait plus peur que toutes les autres.

Nikolaï me regarda longtemps.


« Au début, je ne savais pas qui tu étais. »

« Au début ? »

« J’ai découvert le nom de ta mère plusieurs mois après notre rencontre. »

« Et tu es resté. »

« Parce que je t’aimais. »

« Mais tu es parti. »

Sa voix se brisa presque.

« Parce que j’ai découvert ta grossesse et compris exactement ce que notre enfant pouvait représenter pour eux. »

Les portes de Valombre apparurent.

Avant même l’arrêt complet de la voiture, je courus vers l’entrée.


Le manoir était plongé dans une pénombre rouge, éclairé uniquement par le système de secours.

Victor nous rejoignit.

« Mercier a disparu. Un garde a été retrouvé inconscient près du passage de service. »

« Lila ? »

« Pas encore. »

Nikolaï leva les yeux vers le plafond.

« L’ancienne infirmerie. »

Damien fronça les sourcils.

« Elle est condamnée depuis quinze ans. »

« Officiellement. »


Nous traversâmes l’aile est.

Nikolaï s’arrêta devant un panneau de bois décoratif et appuya sur une moulure.

Un passage étroit s’ouvrit.

Damien le fixa.

« Tu savais ça depuis toujours ? »

« Père l’utilisait pour rejoindre le laboratoire sans que le personnel le voie. »

Nous descendîmes un escalier sombre.

Puis j’entendis quelque chose.

Trois petits coups.

Pause.


Trois autres.

Je m’arrêtai.

« Lila. »

Je connaissais ce rythme.

Quand elle avait peur, elle tapait trois fois sur les meubles pour m’appeler.

Je courus.

Au bout du corridor, une porte métallique était fermée.

Victor la força avec l’aide d’un garde.

À l’intérieur, sous une lumière blanche, Lila était assise sur une table d’examen.

Mercier se tenait derrière elle.

Une seringue à la main.

« Maman ! »

Elle ne pouvait pas entendre ma voix normalement.

Mais elle vit mon visage.

Elle tendit les bras.

Je fis un pas.

Mercier plaça la seringue près de son bras.

« Plus loin. »

Damien s’immobilisa.

« Laisse-la partir. »

« Vous ne comprenez toujours pas », dit Mercier. « Cette enfant peut prouver vingt ans de recherches. »

Nikolaï avança.

« Alors prends-moi. »

Mercier sourit.

« Ton profil est incomplet. Le sien ne l’est peut-être pas. »

Je regardai Lila.

Elle pleurait sans bruit.

Puis ses yeux descendirent vers la poitrine de Mercier.

Elle se figea.

Et fit le même signe qu’elle avait fait devant Damien.

Trois tapotements sous la clavicule.

Rythme anormal.

Mercier regarda sa main.

Trop tard.

Elle tremblait.

La seringue tomba.

Victor bondit.

Les gardes plaquèrent Mercier contre le sol pendant que je courais vers ma fille.

Je la serrai contre moi si fort qu’elle enfouit son visage dans mon cou.

« Maman est là. »

Derrière moi, Damien ouvrit un ordinateur resté allumé.

Son expression changea.

« Victor. »

À l’écran se trouvaient les résultats d’analyse de Lila.

Mercier avait déjà obtenu suffisamment de sang lors d’un ancien prélèvement hospitalier.

Le test avait donc été effectué.

Nikolaï s’approcha.

Une ligne clignotait en rouge.

COMPATIBILITÉ GÉNÉTIQUE : CONFIRMÉE.

Mais juste en dessous figurait une seconde conclusion.

Damien la lut.

Puis regarda Lila.

« Mon Dieu… »

Je me retournai.

« Quoi ? »

Il releva les yeux vers moi.

Et dans son regard, je compris que le véritable secret n’était pas seulement de savoir qui était le père de Lila.

C’était ce que son sang venait de révéler sur toute la famille Volkov.

À suivre — cliquez sur la Partie 9 pour lire la suite.

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